Pour ses 60 ans, Luis Sepúlveda publie un recueil de nouvelles dont le maître-mot serait souvenirs.
Souvenirs littéraires tout d’abord car ce sont des personnages connus que le lecteur retrouve dans la première nouvelle. Ultime hommage à un personnage qui l’a fait connaître, revoici le temps de quelques pages le Vieux (du livre Le Vieux qui lisait des romans d’amour), mais aussi le dentiste un peu boucher sur les bords. De nouveau, le souffle chaud de l’Amazonie est palpable. Puis le narrateur nous emmène vers un hôtel qui a la particularité d’être envahi par la forêt. C’est à la fois la plus fidèle cliente de l’hôtel, mais aussi la plus envahissante. Mais après tout, la forêt n’est-elle pas en droit de réclamer et d’envahir les constructions humaines ? Elle était là avant eux …
Souvenirs fictifs ensuite avec ce mystérieux café Miramar, lieu de rendez-vous d’une femme qui se décrit comme une des dernières grecques d’Alexandrie.
Au terme des ces trois nouvelles, je pensais avoir entre les mains un recueil de contes merveilleux et fantastiques. La quatrième « Un dîner en compagnie de poètes morts » a déjoué mes attentes. Ce ne sont plus des souvenirs littéraires ou fictifs, mais des souvenirs réels que convoque l’auteur. Au centre de cette nouvelle, un ami de l’auteur Hugo Araya, dit « Le Sauvage », assassiné par les militaires chiliens en 1973. Hugo Araya avait tout de même tout du géant des contes : C‘était un type énorme de plus d’un mètre quatre-vingt-dix. Il ressemblait à un piedrolari basque et sa chevelure noire prématurément blanchie lui arrivait aux épaules. Sa barbe, elle aussi semée de fils d’argent, couvrait la moitié de sa poitrine. Il était comme ça, le Sauvage.
Poète romantique, acteur et miniaturiste, ce géant poilu était aussi un passionné d’image et avait réussi à être le meilleur caméraman de Canal 9, la chaîne rebelle de l’Université du Chili.
Cette nouvelle est pour lui, pour lui rendre un dernier hommage. Après tout la littérature a aussi le pouvoir de maintenir à jamais en vie des personnes mortes.
La suite du recueil oscille entre la fiction et la réalité. Je ne savais plus si j’allais lire une nouvelle fantastique, inventée ou réelle. Mais est-ce vraiment important de savoir d’où provient l’inspiration de l’auteur ?
Il est difficile pour moi de faire un résumé de ces nouvelles. On y croise las cosas del amor, la mort, l’engagement de l’auteur envers la Nature, son profond désarroi envers les hommes au pouvoir, mais aussi l’inébranlable espoir que l’auteur conserve en ces petites gens que nous croisons chaque jour. C’est un mélange hétéroclite qui m’a fait sourire de nombreuses fois et j’ai été touchée par de nombreux personnages remplis d’humanité.
Finalement en refermant ce livre, je me demande si l’auteur n’a pas voulu, à 60 ans, écrire ces nouvelles pour rendre compte de toute la richesse des choses de la Vie.
Editions Métailié, 134p, 16 €. Sorti en janvier 2009
Thomas Flamerion pour Evène a écrit : Nourries d’un lyrisme parfois renversant, d’un souffle poétique qui transperce le cœur, mieux que de vaincre l’oubli ces histoires-là transportent littéralement dans un monde exubérant, mi-réel mi-rêvé. Elles sont signées de l’une des plumes les plus affûtées de la littérature contemporaine. Une plume d’oiseau rare dans une main calleuse, forte et incommensurablement généreuse.
Delphine Peras pour TV5 monde : Tour à tour fantasques – voire fantastiques – nostalgiques, drolatiques, ces 12 contes témoignent de la truculence et de l’empathie jamais épuisées de Luis Sepulveda.
L’Express livres reproduit intégralement la nouvelle « Café Miramar » ici.

De mon côté, je ne sais pas si je le lirai, je n’avais pas été conquise par l’histoire du Vieux, justement.
Mais peut-être les nouvelles donnent-elles un autre souffle ?
Qu’est-ce qui t’a déplu, Stephie, dans « Le Vieux » ?
@ Keisha :
Pourquoi pas, oui.
Je ne sais pas s’il te plairait du coup.
Je peux comprendre.
@ Lolo :

Peut-être pour sa sortie en poche ?
(Tu n’as pas à avoir honte. Souvent je ne connais pas les auteurs « récents » moi non plus. Au contraire, ne pas les connaître permet peut-être de tomber sur un p’tit bijou ignoré ! Et ça, c’est que du bon !)
Pour moi qui suis conquis par le travail de Sépulveda, je ne peux que prendre note et dire d’une voix gutturale « voilà une lecture à entreprendre! ».
Peut-être qu’un jour seras-tu tentée ?
@ Aifelle :
Si » Le Vieux … » ne t’a pas plu, inutile de lire celui-ci. J’ai retrouvé les mêmes thèmes que dans « Le Vieux ».
@ Gangoueus :

AAAAaaaaaah ! Je commençais à me dire que j’étais la seule à aimer Sepúlveda !
En plus, ta voix gutturale couvre les autres voix. Parfait !
Oh, merci !
@ Antigone :
Je suis à près certaine que tu te laisseras bercer par son style.