Suite à un coup de sang, un homme part de chez lui pour se réfugier dans son pays natal, l’Espagne.
Lui, l’Italien d’adoption, compte donc renouer avec ses racines et il espère secrètement qu’il pourra atténuer toute cette hargne qu’il sent monter en lui.
Cette colère vient surtout du monde actuel, de cette fatigue longue comme la muraille de Chine, mais en moins joli comme il dit. Mais tout de même, suspendre une fillette de sept ans au-dessus du vide, non, cela ne lui ressemble pas.
Le voici donc à Barcelone au début du roman. Il est en train d’appeler tout son répertoire pour leur annoncer que dans un an, il sera définitivement fou.
Pourquoi ? Eh bien, ce qu’il ne savait pas, c’était qu’en allant se réfugier à Barcelone, il plongeait tout droit dans la gueule du loup du monde moderne. S’il y a bien une ville qui représente la folie moderne, c’est bien Barcelone.
Barcelone et ses touristes, Barcelone et ses jeunes, Barcelone et ses bars à tapas. Une ville qui ne dort jamais peut-elle être à l’abri de la folie ?
Le lecteur suivra donc le périple d’Igor Ramirez dans cette ville de fous.
Raconté ainsi, le livre semble être bien sombre. On pourrait en effet se poser les questions suivantes : quel est ce personnage antipathique qui suspend une fillette au-dessus du vide ? Va-t-on assister à la prochaine démence d’Igor ? Ce roman ne va-t-il que s’attarder à décrire la déchéance de Barcelone ?
Questions légitimes au vu du résumé, mais finalement elles n’ont pas lieu d’être. En effet, dès le premier paragraphe, le lecteur se rend compte du ton désopilant de ce roman.
Même si le fond est sombre, la forme ne l’est pas, ce qui donne à l’intrigue une légèreté bien agréable.
Souvent, le chapitre se clôt par un pied-de-nez ou un jeu de mots qui fait naître le sourire sur le visage du lecteur.
Bien habile.
L’ingéniosité vient aussi du fait que le narrateur se met lui-même en scène dès le début, procédé qui permet d’associer le lecteur à l’intrigue et de le faire participer au récit, d’être plus proche du narrateur, comme le montre la première phrase du roman :
Il n’existe, à ma connaissance; aucune autre façon de commencer un roman sur Barcelone que celle-ci …
Voici le lecteur dans le même bateau, ou plutôt la même galère que le personnage principal.
Commence alors un dialogue fictif et à sens unique entre le narrateur et le lecteur. Dialogue qui n’est pas non plus des plus flagrants, puisque seuls quelques « vous » sont disséminés ici ou là. Mais ils maintiennent tout de même le lien entre le lecteur et le personnage. Lien souvent comique d’ailleurs.
Voici comment Igor nous raconte une dispute avec son ex-femme :
Le savon a duré une petite éternité. Ensuite, il faut bien le dire, j’étais propre comme un sou neuf. Et j’avais honte, comme si j’avais volé ce sou à un paralytique qui ferait la manche en plein hiver devant un club de sport huppé. La honte est parfois un excellent détergent.
Je ne vous fais pas le détail des joliesses dont la mère de mon fils m’a gratifié parce que, non, je ne suis pas non plus complètement masochiste. mais pour résumer, disons que les mots infantile et pathétique étaient, de loin, les plus doux.
Igor découvre donc Barcelone : ses loyers peu modérés (un bel appartement une belle cage à lapin sans fenêtre et humide pour la modique somme de 600 €), son élégante Rambla avec sa magnifique aile en granit qui se fond magnifiquement bien dans le décor, ses sombreros mexicains que s’arrachent les touristes … Ah, les touristes. Bref, un lieu hautement paradisiaque, vous l’aurez compris.
Dès 9 heures du matin sur la Rambla. Des masses molles, selon Igor, enchaînées à d’autres masses molles, et qui marchent péniblement sans autre but que de se laisser porter par la mollesse du courant.
Et c’est là qu’Igor a su qu’il allait devenir fou puisque c’est à ce moment-là qu’il commença à avoir des hallucinations provoquées par la folie qui règne dans Barcelone.
Heureusement pour lui, il fera d’autres rencontres bien moins perturbantes, retrouvera aussi des endroits liés à son enfance. Mais malgré tout, le sentiment dominant sera davantage l’effroi lorsqu’il s’apercevra qu’il ne reste rien de sa ville natale.
Il s’agit donc d’un roman qui ne se prend pas au sérieux grâce au ton décalé toujours présent, tout en dénonçant certains travers de notre monde moderne.
Notre Igor est en somme un peu un Candide qui ne cesse de se heurter à ce monde moderne défectueux.
Ou bien pour coller davantage à Barcelone, un Don Quichotte, puisque tout comme lui, il a des visions. Visions bien-sûr en adéquation avec ce monde moderne … Tel Hamlet, Igor pourrait dire qu’il y a quelque chose de pourri dans le Royaume de l’Espagne. D’ailleurs selon lui, l’état actuel de Barcelone est la conséquence directe de 40 ans de dictature …
Ainsi, sous cet humour décalé pointe vraiment une critique sérieuse de notre société.
Malgré tout, une fois ce ton comique mis en place, le procédé tourne malheureusement à vide. Souvent j’ai eu l’impression que les errances du jeune Igor n’avaient pas été assez étudiées, qu’elles ne menaient nulle part.
Du coup, je retiendrai une idée originale, une verve assez drôle, mais une histoire trop aérienne et déstructurée.
Ed. Léo Scheer, 228 pages, 18 €
Voici ce qu’écrivit Assouline au sujet de la publication de la nouvelle « Le Dernier homme » : Elle a un son qui la distingue (…) et mérite qu’on s’y arrête en guettant ce qui sortira ensuite de cette plume.
Roman lu dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire. La fiche de l’auteur sur Ulike.




Merci pour le billet, donc!
Je ne sais pas, je ne suis jamais allée à Barcelone !
@ Stéphie :
Il y en a tant d’autres à découvrir …
@ Alinéa :

@ Aifelle :
C’est mon impression, elle ne sera p’tre pas la même pour tout le monde.
@ Ys :
Premier roman mais pas premiers écrits.
@ DF :
)
Ah, pas lu Zafon encore, je ne peux pas te dire.
Mais c’est une vision moderne, c’est sûr !
Il a été danseur étoile pour Béjart ! Et maintenant il publie de superbes romans…
Bises
Paloma
Ah oui, je ne l’ai pas mis dans le billet, mais c’est vrai qu’il est surtout connu pour ses talents de danseur.
@ Tous ceux qui ne sont pas tentés :

Malgré tout, le roman est distrayant et a le mérite d’apporter du sang neuf. Et puis, au moins, le tout est tourné en dérision. Je trouve qu’on en manque en ce moment.
Mais je vous comprends aussi, vu que mon avis final est mitigé.
@ Enna :
)
Non, pas encore, pas encore !
@ Dominique :
Oui, c’est le grand saut !
@ Lolo :
Arff oui, les livres sont super lourds dans un déménagement.
@ Paloma le Chat :
)
Oh, merci ! A toi aussi, très bonne année !
Bonne journée !
@ Marie :
Oh non, l’écriture est vraiment simple !