Depuis quelques temps, la femme d’Eldon Fochs regarde son mari d’un sale œil : la nuit, le voici qu’il se met à parler d’une voix qui n’est pas la sienne, et ses propos sont pour le moins étonnants. Lui, le respectable doyen et homme d’église, ne prononce jamais de mots obscènes habituellement ! Et voici qu’il se met même à être violent quand elle le réveille. C’en est trop, la peur prend le dessus : elle lui conseille vivement de se rendre chez un psychothérapeute afin que cessent ces abominations !
Voilà comment Fochs se rend pour la première fois chez ce médecin. Et finalement il se dit que parler de ces rêves plus qu’étranges lui fera du bien. Au psy, il raconte donc la première fois le contenu de son rêve récurrent : déjà quand il était enfant, il rêvait de cet homme à la tête ensanglantée qui lui demandait de faire des choses, mais actuellement il s’agit surtout d’enfants nus. Et sur leur corps il trace le nom de Dieu ou le sien.
Le thérapeute l’engage donc à poursuivre ses révélations en lui demandant de faire un dessin. Un dessin très étrange qui montre une jeune fille morte, la tête complètement retournée afin de voir, selon Fochs, ce qui se passe derrière elle …
Selon le patient, il ne s’agit que de rêves, mais quand un fait divers reprend la même histoire que le rêve de Fochs, le thérapeute est en droit de se poser des questions …
J’en vois déjà certains se dire que je n’ai pas pu aimer cette intrigue, tant elle est à l’opposé de ce que j’aime dans les livres. Mon précédent billet sur Sukkwan Island montre à quel point je suis réfractaire aux histoires sombres et glauques.
Et pourtant …
Pourtant malgré un récit qui montre tout ce qu’une âme peut contenir de mauvais en elle, j’ai lu ce roman en état d’hypnose. Et si j’avais pu le lire continûment, je l’aurais fait.
Mais que possède alors ce roman ?
Tout d’abord, il multiplie les points de vue et les genres. En effet, le roman s’ouvre sur des lettres échangées entre le thérapeute et son directeur ou encore entre le directeur du centre et un homme d’église : ces notes de service montrent Fochs d’un œil extérieur, et d’emblée la curiosité du lecteur est happée par cet homme qui semble intéresser des personnes haut placées.
La première partie concernera alors le compte-rendu du thérapeute au sujet de Flochs : c’est l’anamnèse, mot qui a deux sens, l’un religieux et l’autre médical. Intéressant car il s’agit soit de la prière suivant la consécration lors d’une messe, soit du récit de sa vie passée (Comme Fochs est un homme d’église suivi par un médecin, le terme peut donc avoir les deux sens …). Là encore, Flochs n’est alors qu’un patient bien tordu et ses récits font froid dans le dos.
Mais la deuxième partie, située au quart du roman, fait basculer le récit. Flochs est bien plus qu’un personnage extérieur, puisqu’il devient lui-même le narrateur de cette partie ! Le lecteur se trouve alors plongé dans l’esprit de ce pervers, ce qui lui permet d’avoir une explication sur les agissements de cet homme. Procédé narratif qui accentue le malaise puisque c’est normalement le point de vue utilisé pour que l’identification entre le lecteur et un personnage soit plus efficace.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que le voyage vers l’horreur ne fait que commencer.
Même si l’identité de l’assassin ne fait aucun doute dès le début du livre, le lecteur est tout de même happé par cette personnalité odieuse, par la subtilité de ses discours (jamais il ne ment par exemple), et par la force qu’il dégage. Voici un personnage antipathique bien troublant !
Outre la violence de ce personnage, on se rend rapidement compte que ce roman n’est pas seulement le portrait d’un assassin. Dès les premières lettres, on s’aperçoit que le système est pourri de l’intérieur, que ces hommes importants n’hésitent pas à utiliser leur pouvoir pour rendre la réalité plus agréable. Ainsi, qu’un homme d’église agisse mal ne doit pas s’ébruiter, par exemple.
Une image bien sombre des dirigeants de l’Église.
Même si ce roman est bien ancré dans le réel, certains faits, malgré tout, flirtent avec le fantastique, et on ne sait pas par exemple si certains événements ont réellement lieu ou s’il s’agit de la réalité vue à travers le prisme de la folie ! Le lecteur s’y perd autant que Flochs !
En somme, ce roman est une peinture excessivement sombre de l’âme humaine qui dénonce un certain conformisme religieux, mais c’est une peinture cubiste. Le lecteur s’y perd, ne sait plus démêler le vrai du faux et plonge tête baissée dans ce dédale tortueux.
Collection Lot 49, Ed. le Cherche midi, 234 pages, 17 €, janvier 2010
Amanda en redemande, Cuné n’a pas pu le lâcher, selon Keisha ce roman ne peut laisser indifférent, Cathulu aussi a été happée et troublée.
Pour le moment, c’est un sans-faute pour ce roman !




Remarque : le passé ténébreux de Fochs n’était pas totalement caché (sa femme, par exemple, était au courant)
Bon, je vais lire Sukkwann Island. je verrai la différence?
Mais qu’est-ce qui vous a toutes attirées vers ce roman? Ca m’intrigue !!!
Je comprends tout à fait. Tu sais, habituellement ce n’est pas le genre de livres qui m’attire.
@ Keisha :
Heureusement que la littérature n’est pas qu’une histoire !
Oui, ça m’a aussi étonnée que sa femme en sache autant …
@ Manu :
Mais il ne faut pas ! Que la lecture reste un plaisir avant tout !
)
Carrément des cauchemars !
@ Dominique :
Oui, c’est le problème … moi aussi quand je lis trop de billets sur un livre, je ne veux pas le lire tout de suite.
@ Brize :
J’avais un peu peur en le commençant moi aussi, et finalement la sauce a très vite pris.
@ Pimprenelle :
Avec Steph, on se disait justement que c’était un livre pour toi.
@ Voyelle&Consonnes :
Oui, la narration est faite de main de maître ! Bluffant !
@ Esmeraldae :
Ah, toi aussi, tu fonctionnes comme ça.
Clara
ça me titille dis donc ce que tu en dis!!
je vais lire d’autres avis et je déciderais si je craque ou pas
Ta chronique me laisse encore plus hésitante car j’aurais pensé que ce genre d’intrigue ne t’aurait pas plu!!
je te connais donc très mal…mais bon, à ma décharge, je n’ai pas lu le livre non plus
Ah oui ? C’est marrant que la personnalité de l’auteur soit si différente de ce qu’il écrit !
Si ce livre est moins dur que les autres (au niveau de l’intrigue ?), ses livres précédents doivent être à la limite du tenable !
Pour le moment, je ne vais pas le relire … pour les raisons expliquées dans le mail.
@ Amanda :
Exactement !
@ 100Choses :
Alors si tu aimes trembler face à la noirceur d’un personnage, oui, ce livre est fait pour toi !
@ Clara :
Je ne connaissais pas du tout non plus avant de lire ce roman.
@ Choco :
Alors, tu devrais te régaler !
@ Kathel :
Super ! Hâte de connaître ton avis !
@ LaSardine :
Si le sujet te titille, il devrait alors te plaire !
@ Marie L :
Moi aussi a priori ce n’était pas un livre pour moi. J’dis ça, j’dis rien !
Je peux comprendre.
@ Lancellau :
Justement ce n’est pas du tout du tout le livre qui me plaît habituellement ! Mais là, j’ai été soufflée, vraiment. Du grand art !
Ah mais si, tu me connais bien au contraire !
@ Eloah :
Une robe de bure bien innocente qui peut cacher pas mal de choses …
@ Marie :
Je comprends tout à fait vos réticences, les filles.
@ Alex :
Ah pour le côté sombre, c’est clair. Même Dark Vador est un enfant de chœur à côté !
Je crois que je ne vais pas noter celui-là pour tout de suite…
Il devrait être mis en évidence chez le libraire puisqu’il vient de sortir.
@ Sarah :
Une histoire particulière mais super bien maîtrisée.
@ Theoma :
Je t’ai envoyé un mail pour t’expliquer, je ne sais pas si tu l’as reçu.
@ Livvy :

C’est clair que le résumé fait vraiment froid dans le dos.