
C’est bizarre, l’amour parental. Aimer son enfant, est-ce aimer un autre que soi ou bien continuer de s’aimer soi-même, mais sans s’accabler de la mauvaise conscience d’être égoïste ?
Il est des romans qu’on ouvre avec précaution, certain de trouver un ouragan d’émotions lors de la lecture. Tu verras est de ces romans-là.
Attendre un moment propice à une lecture sans hâchures, commencer les premières pages et continuer la lecture d’un seul souffle. Presque en apnée.
Comment arriver à surmonter l’insurmontable ? Comment reprendre goût à la vie après le décès de son enfant ? Commment ne pas voir, là, toutes les marques de son absence, lui qui emplissait il y a quelques jours l’appartement de ses jeans tombant sur les fesses, de ses cheveux coiffés en crête, ou encore de ses bougonneries d’adolescent en fleur …
Et une fois sorti de l’appartement, comment arriver à prendre le métro ? A vivre une vie normale sans voir autour de soi les stigmates de son fils, disparu trop tôt ?
On aurait tort de repousser ce roman de crainte d’avoir mal. Il serait bien entendu malhonnête de clamer que c’est un roman joyeux. L’intrigue n’est pas non plus une lente remontée vers la vie : Colin, le narrateur, essaie plutôt de faire tant bien que mal face à cette nouvelle vie qui s’offre à lui. Englué dans le deuil, c’est paradoxalement au moment où la vie lui a fauché son enfant qu’il en prend réellement conscience. Un peu comme s’il avait été anesthésié auparavant.
Mais c’est tout aussi endolori qu’il poursuit son quotidien. Cahin-caha.
Tableau réaliste et honnête des relations entre un père et son fils, le récit est plus que criant de vérité. Mais ne vous attendez pas non plus à du pathos ou de la guimauve. C’est une réalité crue et sans maquillage que le narrateur nous donne. Il va à l’essentiel, lui qui a toujours fait taire ses sentiments derrière un sourire figé de circonstance. Ne pas faire de vagues, pas un mot au-dessus de l’autre … Mais aujourd’hui il n’a plus le temps de jouer, le paraître n’a plus cours, seul l’être a le droit d’existence.
Voici finalement le portrait d’un homme que la mort d’un fils fait renaître. Mal, bien entendu. C’est une naissance imparfaite : le corps est bancal et ne tient plus debout. On sent bien derrière cette figure de mâle perdu la silhouette d’un albatros qui se débattrait avec ses ailes trop grandes. S’envoler ? Mais où ? S’agiter ici bas ? Pourquoi faire ?
Après s’être débattu, avoir dormi à l’aide de cachets, il faudra bien passer par un grand ménage, reprendre petit à petit goût à la vie, mais de façon très ponctuelle et succincte. Il faut avant tout accepter l’inacceptable et oser sourire de nouveau.
Voici un magnifique livre, servi par une belle plume. Un roman non autobiographique bluffant de réalisme. Une peinture vraie des relations entre un fils et son père.
Merci.
Ce livre a reçu le prix France-Culture / Télérama
Auteur : Nicolas Fargues
Editeur : Pol
Collection : Fiction
Date de parution : 03/02/2011
EAN13 : 9782818013137
Genre : LITTERATURE FRANCAISE ROMANS NOUVELLES
Choco l’a aussi lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices « ELLE », et elle a aussi été bouleversée.


Il a eu cette idée un matin, alors que son fils partait à l’école le jean sous les fesses …