A vous, les amoureux des belles lettres, qui avez tous en tête un auteur fétiche, un auteur qui a changé votre vie à jamais. Pour Nathalie Skowronek, il s’agit de Karen Blixen.
Nathalie a alors onze ans, elle lit La ferme africaine sous une tente, et elle tombe en amour pour Karen. Véritable double, Nathalie se retrouve en elle. Elle non plus ne se sent pas à sa place dans sa famille. Elle rêve de liberté, d’espace, un peu comme Karen Blixen partie vivre en Afrique quasiment sur un coup de tête.
Puis, lorsque la petite fille est devenue une jeune femme, elle entreprend d’écrire la biographie de son écrivain préféré : récit émaillé de ses différentes réflexions sur la vie de Blixen, mais aussi sur sa propre vie. Ces deux destins paraissent tellement liés !
Oscillant entre biographie et introspection, Karen et moi, estampillé roman, se boit comme du petit lait. La musique des premières phrases sonne très juste et a rapidement attisé ma curiosité :
J’ai découvert Karen Blixen, sous une tente, au Kenya, j’avais onze ans, je voyageais avec mon frère et mes parents. A la lumière d’une lampe de poche, je lisais La ferme africaine et elle c’était moi et moi j’étais elle. Karen, my sister. Comme elle, je venais d’un monde qui m’étouffait, petite fille choyée de la bonne société, pélican noir au milieu des demoiselles bien peignées, comme elle j’étais la moins préparée à faire face à cette force que je sentais rugir et qui me poussait vers l’ailleurs, loin, très loin de ce pour quoi j’avais été programmée. J’étais une écorchée vive, j’étais un sac de larmes.
Je ne saurais dire si ces premières phrases ont eu un côté catalyseur en moi, si le miroir de l’identification s’est alors enclenché, mais en tout cas ont résonné en moi certaines cloches du passé. C’est certain.
Je ne connaissais rien de Karen Blixen, je ne savais même pas que La ferme africaine avait été adapté au cinéma. Oh bien entendu, je connais « Out of Africa », mais je ne l’ai jamais vu. Shame on me.
Néanmoins, Karen et moi, loin de n’être qu’un premier roman introspectif (certains tirent déjà des conclusions hâtives quand on parle de premier roman introspectif …) est avant tout un roman sur l’écriture, sur le pouvoir de la littérature, mais aussi, et avant tout, sur la vie d’une femme admirable, forte et courageuse, mais cassée par les Parques. Ces divinités avaient choisi de meurtrir Karen, et sa vie fut loin d’être un long fleuve tranquille.
Petit à petit j’ai désappris la triche. J’ai voulu avoir moins peur de moi-même, ne plus éprouver le besoin de plaire à tout prix, oser revenir à ma nature profonde. C’est de ce moment-là que, moi aussi, Karen, j’ai commencé à écrire.
J’ai l’impression qu’en parlant d’elle, j’arriverai à parler de moi. Je suis lasse, lasse mentir. Et comme Karen, l’espoir que l’écriture pourra me sauver.
Ce récit est avant tout un roman, car l’auteur sait pertinemment que l’image qu’elle possède de Blixen est tronquée. La sienne aussi. Tout peut donc être déformé dans ce récit. Des anecdotes de Blixen à celles de Skowronek sur sa propre vie.
L’intérêt est ailleurs. On ne lit pas ce livre pour se documenter sur Blixen. Et pourtant, en refermant ce livre, je n’ai eu qu’une envie : découvrir « Out of Africa ».
Pour Blixen aussi, l’écriture est venue tard. La Baronne avait d’autres chats à fouetter avant. Ce n’est que ruinée et malade qu’elle entreprend alors d’écrire, comblant alors le vide de sa vie.
« Personne n’a payé plus cher son entrée en littérature », dira-t-elle.
Voici un premier roman que l’auteur avait sans doute besoin d’écrire. Il devait être difficile de ne pas écrire sur cette grande dame. Elle devait hanter la plume de l’auteur, et se débarrasser de ce spectre, tout en lui rendant hommage, était sans doute le meilleur moyen de s’en affranchir.
Un premier roman aux images porteuses de sens. J’ai énormément aimé la délicatesse de cette histoire, malgré un climat peu propice à l’apaisement.
Auteur : Skowronek, Nathalie
Editeur : Arlea
Date de parution : 22/08/2011
EAN13 : 9782869599529
Genre : LITTERATURE FRANCAISE ROMANS NOUVELLES CORRESPONDANCE
145 pages
15 €
Emmyne : un bel hommage à la lecture, à l’écriture, à la littérature.
Une belle découverte pour Clara


Et quoi! Tu n’as jamais vu Out of Africa? Tu rates oh que oui, allez, là, tout de suite, tu le trouves et le regardes! Aaah Finch hatton…^_^
Bon, une idée lecture en plus, et l’envie de retourner très vite là-bas ^^
Et quoi! Tu n’as jamais vu Out of Africa? Tu rates oh que oui, allez, là, tout de suite, tu le trouves et le regardes! Aaah Finch hatton…^_^
Je ne le savais pas !
Bon, cela dit, ça ne change rien pour moi !
@ Malice :
Tu devrais aimer la retrouver dans cet écrit, alors !
@ Keisha :
Je me le programme pour demain !
@ Clara :
Oui, j’ai lu ton interview suite au billet, et ce que tu dis de l’auteur ne m’étonne pas du tout !
@ MamanMarie :
L’auteur en parle aussi dans le roman !
@ Kathel :
Yaplukà alors !
@ Adam :
Mouarf, décidément ce Hatton fait des émules !
@ Anne :
Le livre a atterri sur ta PAL pour de bonnes raisons alors !
@ Theoma :
Depuis que j’ai lu ce livre, tout le monde s’étonne que je n’aie pas vu le film .. J’ai raté un grand film, je crois !
Je vais vite y remédier.
@ Emmyne :
Oui, Clara a eu de la chance de pouvoir échanger avec elle.
Dès les premières pages, moi aussi j’ai été séduite par son écriture.