
Derrière ce titre qui flirte avec le genre policier se cachent, non pas une, mais deux pièces d’Odön von Horvath. Le résumé de la pièce, mais aussi la distribution étaient plus qu’alléchants.
Deux meurtres, donc, dans deux pièces, écrites toutes les deux à dix ans d’intervalle. Comment un même traitement originel (la mort d’un horloger) allait-il pouvoir résonner différemment ? Selon les époques notamment puisque la seconde pièce avait vu la montée du nazisme …
André Engel a donc pris le parti de monter ces deux pièces en diptyque, faisant résonner l’une dans l’autre : à la manière d’un carillon qui se propagerait dans l’une et l’autre histoire.
Une mort, donc, et deux traitements différents. Un suicide du présumé coupable dans l’une, une amourette gâchée dans l’autre. Bien entendu, viennent s’ajouter des éléments communs aux deux pièces : les comédiens tout d’abord qui surfent sur des rôles différents, mais aussi la tonalité fantastique qui pique la curiosité du spectateur, ou encore le ton désabusé des différents personnages …
Les rouages de l’horloge serviront de ciment à l’ensemble : c’est bien cette diablesse, ce dieu hideux, effrayant, impassible qui revient sans cesse, montrant aux uns et aux autres leur vanité somme toute bien humaine … C’est son mécanisme qui assène à jamais son tic-tac et s’imprimera sur le décor de maisons elles aussi en pleine déconstruction.
Entraînée par ce titre, je pensais voir un diptyque sur les ravages du temps, du moins je pensais que les deux pièces allaient davantage se répondre en miroir, allant même jusqu’à penser que la seconde pièce éclairerait la première. Malheureusement, non : il s’agit bien de deux pièces différentes, aux tons parfois même opposés. De cette pièce je suis ressortie complètement désorientée. Du genre policier ne restera qu’un Tom Novembre assez effacé (non dans son rôle, mais par la place qu’il occupe dans l’intrigue), du fantastique nous ne lécherons que ses pâles griffes, du comique nous ne retiendrons que des blagues ou une gestuelle qui tombent souvent à plat, à défaut de vraiment faire rire.
En somme, la pièce oscille tel un balancier, oscillant ici vers le tragique, là vers le comique, peinant à trouver une ligne de route bien définie. Le spectateur se perd, se demande où voulait finalement en venir le metteur en scène. Et pourtant, tous les ingrédients étaient bien là pour que la pièce devienne une belle oeuvre (avec des comédiens renommés au ton juste : Natacha Régnier fait éclater sa beauté altière, Tom Novembre joue très bien le flic des séries d’époque, Marie Vialle fait ricocher son accent d’Arletty, Julie-Marie Parmentier est extrêmement touchante dans son rôle de femme-enfant qui flirte avec l’apparition angélique…)

D’après deux pièces d’Ödön von Horváth – Meurtre dans la rue des Maures (1923) et L’Inconnue de la Seine (1933)
Texte français Henri Christophe
Adaptation André Engel et Dominique Muller
Mise en scène André Engelu
Avec : Caroline Brunner, Yann Collette, François Delaive, Évelyne Didi, Yordan Goldwaser, Jérôme Kircher, Gilles Kneusé, Manon Kneusé, Arnaud Lechien, Antoine Mathieu, Tom Novembre, Ruth Orthmann, Natacha Régnier, Julie‑Marie Parmentier, Marie Vialle
Lumières : André Diot
Dramaturgie : Dominique Muller
Scénographie : Nicky Rieti
Costumes : Chantal de la Coste
Son et musique : Pipo Gomes
Maquillage et coiffure : Marie Luiset
Image et montage : Grégory Taglione
Du17 octobre au 9 novembre
Paris, au Théâtre national de Chaillot
2 h sans entracte
Les trois coups se pose les mêmes questions …

Une mise en scène qui tape à côté, alors.
Ou un metteur en scène qui dirige mal ses comédiens … Ou une mise en scène trop compliquée …
Aïe ! J’ai ma place pour aller le voir le 12 décembre… Je suis un peu inquiète là !
Tu me diras.