Il est des maisons qui portent en elles des deuils. La maison atlantique porte celui d’une mère, ou plutôt cette habitation porte en elle les stigmates de l’absence maternelle. Un peu comme si la mort de cette femme s’était incarnée dans cette maison, jusqu’à la transpirer par toutes les fissures de ses murs. Du moins c’est ce que pense notre jeune narrateur.
Il est revenu à contre coeur dans cette maison, avec un père qu’il n’aime plus déjà. D’ailleurs, l’a-t-il vraiment aimé un jour ? Un lien s’est-il jamais construit ? Au moins cette haine semble les animer l’un vers l’autre, l’homme et son fils se font face. Inutile d’ajouter que le presque huis-clos de cette maison atlantique ne fera qu’exacerber l’inimitié entre eux.
Dès le départ, le lecteur sait que le narrateur est orphelin, aussi sait-on d’emblée qu’on lit les derniers jours de la vie de son père, cette période qui a tout fait basculer vers sa mort. Le lecteur voit alors le tragique se mettre en place, « le ressort est bandé », comme dirait Anouilh, les événements tragiques n’ont plus qu’à se produire, on les attend de pied ferme. L’écriture montre aussi à son lecteur à quel point tout tend vers le tragique. Elle l’appâte de ses oripeaux funestes et lui promet bien des drames …
Les péripéties se déroulent alors, et très vite, on perçoit que l’arrivée de ce couple en vacances sera le noeud de tout. Surtout la femme, véritable proie pour le prédateur qu’est le père du jeune garçon…
Le lecteur suit donc les émois de l’adolescent. Il a du mal à se construire face à ce père solaire mais aussi destructeur. Rien ne lui résiste, si ce n’est l’amour de son fils qui pour lui reste une énigme. Les deux hommes se font face, se détestent, le dialogue est rompu. On peine même à croire qu’un retour à la normale est possible.
En parallèle de ce conflit, le garçon grandit, et vit aussi ses premiers émois amoureux. Aussi voit-on se construire deux histoires amoureuses, celle du père et celle du fils, mais toutes les deux vouées sont déjà à l’échec, tuées dans l’oeuf par le narrateur. Dès le début.
En effet, la maison atlantique est un lieu stérile où rien de bon ne poussera. Le lecteur le sait, dès le début, et il assiste à cette mise à mort de la vie, de l’enfance, et souligne la dure entrée du monde dans l’âge adulte.
Le narrateur se distingue alors par son côté sournois et pessimiste. On ne peut rien attendre de cette histoire, et pourtant on aimerait croire, tout comme dans une tragédie, que l’inéluctable peut encore ne pas se produire.
Peine perdue.
Toutefois, si le tragique est rondement bien mené au début, si la tension se met petit à petit en place, la fin du récit dénote avec le reste du roman, et certains ressorts n’ont pas non plus été utilisés jusqu’au bout.
Les lions (ces lecteurs assoiffés) qui ont été appâtés au début de l’histoire par de la chair fraîche ne se trouvent pas du tout repus à la fin du spectacle…
Et finalement, le monstre tant attendu a davantage l’aspect d’un petit veau que du minotaure …
Oedipe a encore de beaux jours devant lui, il ne sera pas détrôné de si tôt.
Auteur Philippe Besson
Editeur Julliard
Date de parution 07/01/2014
ISBN 2260019153
EAN 978-2260019152
19 €
219 pages
C’était une lecture commune avec miss Stéphie. Première lecture commune de l’année. ![]()
François Busnel : Philippe Besson écrit sur l’engrenage. C’est son sujet de prédilection, les petites mécaniques inéluctables. Lorsque chacun s’entête, plus personne n’est innocent. Il n’y a plus de victimes, seulement des complices. Voilà ce que montre ce remarquable roman.

Je n’étais pas tentée, même après le commentaire de Busnel (contrairement aux autres romans présentés jeudi) peut-être parce que j’ai lu un seul Besson qui ne m’a pas emballée.
Donna Tartt me tente diablement !
J’ai d’autres livres de Besson dans ma PAL depuis un bon moment. Celui-ci attendra donc !
Après, ce n’est que mon avis, mais c’est vrai que si tu en as d’autres dans ta PAL, c’est pas mal aussi de les écouler avant !
En gros, tu es déçue…
En gros, oui ! Mais bon, ça ne suffisait pas pour ma chronique.
Mince alors! J’ai découvert Philippe Besson seulement l’année dernière, j’avais bien aimé son dernier roman, celui-ci me tentait donc beaucoup.
Mais si ça se trouve, tu aimeras !
Busnel a aimé, lui ! 
oui mais moi je n »aime pas particulièrement Busnel… je fais plus confiance aux copinautes blogueuses ^^
Je suis pareille que toi, hum

La dernière fois, un avis dithyrambique de Collard m’a déçue aussi …
Et dire que j’ai falili l’acheter hier…ouf!!!!!
Oh, peut-être aurais-tu aimé, je suis p’tre trop tatillonne …
Mitigée, et tu n’es pas la seule. Je prends note… merci.
Malheureusement, non, Stephie a eu la même lecture que moi.
Ouais… en effet, tout ça pour pas grande chose…
C’est dommage, car c’était si bien parti …
Mouais… je n’ai pas trouvé ça transcendant, même au départ…
Les premières phrases m’ont accrochée … Et elles m’ont permis d’être tenue en haleine, car il joue pas mal là dessus, mais bon, cela s’émousse vite, et puis un roman ne tient pas qu’avec une idée.
Et puis bon, la chute… je veux pas spoiler mais bon…
Oui, même la chute n’en est pas une …
Bon, on va dégoûter tout le monde du coup !
bon et bien entre ton avis et celui de Stéphie, il est sûr que je ne l’achèterai pas…même si bien entendu je pourrai aimer mais il y en a tellement d’autres qui font l’unanimité
Oui, c’est vrai que le temps est tellement précieux qu’il faut bine le rentabiliser.
La montagne semble avoir accouchée d’une souris….
Voilà, c’est ça !
Ca fait un moment que je n’ai pas lu de Besson mais celui-ci me tente malgré tes bémols.
Oui, si ça se trouve, tu aimeras !
Heureusement que nous n’aimons pas tous les mêmes choses, ce serait tristoune.
Je n’ai jamais eu envie de lire Philippe Besson et ce n’est pas grâce à toi que je vais commencer !!!
Oups, désolée !