
Laquelle est la vraie, Tania, Patricia… Et s’il n’y en avait aucune de vraie ?
En 2014, Lola Lafon nous racontait cette athlète roumaine devenue un véritable mythe vivant. De son écriture, je gardais l’idée d’une certaine universalité. Quand Lola Lafon évoquait Nadia, elle parlait aussi d’elle et de nous. Avec Mercy Mary Patty ce sont trois femmes qui se partagent la vedette. Qu’ont-elles en commun ? A différentes époques, elles ont été kidnappées, et, reprenant le fameux mythe des Sabines avec les Romains, elles ont appris à aimer cette liberté qu’on leur apportait alors. Échappées du carcan familial, elles ont pris goût à cette ouverture au monde.
Patty (Patricia Hearst) est petite fille d’un milliardaire : enlevée à 19 ans par un groupe d’extrême gauche, quelle ne fut pas la surprise de tous lorsqu’elle annonça avoir épousé la cause de ses ravisseurs. A cette voix s’en ajouteront deux autres : Mercy Short et Mary Jamison, toutes les deux kidnappées par des indiens et qui refuseront elles aussi de revenir à leur vie d’avant.

Que s’est-il passé dans leur esprit pour ainsi refuser de retourner à leur identité d’origine ? Que s’est-il joué en elles ?
Lola Lafon brode alors les blancs, reconstruit ce qui a pu être leur réalité au travers d’un roman qui met en abyme la recherche elle-même. Après tout, les époques s’interpénètrent et se font écho. Ce qu’une femme a vécu au XVIIè, XVIIIè, voire même au XXè se renouvellera au XXIè.
L’Histoire n’est-elle pas un éternel recommencement ?
Ainsi le roman introduit-il Violaine, une assistante engagée par Gene Neveva, une professeur engagée. Au fil des pages, on retrouve alors une femme elle aussi en marge des autres. Une qu’on a envie de choyer et de protéger tant son corps maigre nous fait pitié. Mais Violaine est-elle réellement en demande et en besoin ?
Ce corps n’est pas fragile mais façonné par l’effort, Violaine ne cède rien.
Chez Lola Lafon il y a ce thème récurrent de femmes qui acquièrent leur liberté par la lutte, par l’effort et le travail. Sans relâche. Un peu comme ces danseuses qui se façonnent en pliant et martyrisant leur corps. Combien de pieds en sang pour une arabesque parfaite ?
La liberté s’acquiert-elle par la souffrance ?
La narration de ce roman peut rebuter, surtout avec ce vouvoiement qu’on n’identifie pas au début et alterne avec la troisième personne. Des questions se posent, le lecteur est mis en alerte et cherche à sortir de ce labyrinthe de questions dans lequel il est plongé avec ce roman. Roman polyphonique, le récit multiplie les points de vue et les angles. Au lecteur de se construire la véritable histoire, de se créer sa propre vérité. La narration mime alors ce que sont des femmes puzzle qui varient et se transforment tout le temps.
Métamorphoses, femmes funambules, fuite en avant ou liberté ultime ? Ces femmes tracent leur route, se réinventent, et refusent le confort que la vie leur offrait pour vivre selon leurs idéaux.
De là naît leur singularité : « des âmes flottantes ».
Rencontre avec Lola Lafon au forum fnac livres en septembre dernier
Lola Lafon
Mercy Mary Patty
Actes Sud
Domaine français
Août, 2017
240 pages
ISBN 978-2-330-08178-2
19, 80€
Eva : Le début du livre lui a fait peur à elle aussi …

Je n’avais pas eu envie de lire son roman précédent mais le sujet de celui-ci me tente davantage.
Il faut passer outre cette narration revêche, mais elle se comprend au fil des pages. 😉
j’ai l’impression que ton avis est l’un des plus positifs que j’ai lus. Je ne sais pas trop si je lirai le livre ou non…
Ma chronique n’aurait pas été la même si je n’avais pas rencontré Lola Lafon. J’ai, en l’écoutant, compris ce « vous », cette volonté de ne pas forcer le lecteur à prendre pari pour tel ou tel point de vue. Un roman à plusieurs facettes, complètement déroutant, un pari osé de nos jours, oui. Parce qu’il malmène le lecteur, le trouble, comme ces femmes qui ont troublé leur époque à un moment donné.
Une de mes élèves l’a choisi pour son examen de de juin, je l´ai commencé puis arrêté parce que j’avais l’impression de me battre avec la narration. Mais je vais le reprendre, obligée!
J’ai eu cette impression aussi au début. Le vous met à distance, il nous agace, on ne le comprend pas … Je comprends oui. Mais reviens-y, tu verras, par la suite, cela s’apaise. 🙂
j’ai eu un peu de mal aussi avec l’écriture, mais le thème est intérresant!
Oui, voilà ! 🙂 Cette narration en a malmené plus d’un ! 😉
idem, la narration m’a dérangée mais le sujet abordé m’a beaucoup plu
Je peux comprendre, au début moi aussi cela m’a laissée à distance de la narration.
Cela fait longtemps que je lui tourne autour sans jamais m’être lancée avec cette plume…
Alors je te dirai que celui-ci n’est pas le plus abordable, sauf si tu recherches une certaine originalité. Je trouve le pari audacieux mais très risqué de nos jours où la littérature semble assez lissée …
Je suis hyper curieuse à propos de celui-là. J’avais beaucoup aimé l’autre roman de l’auteur.
La narration peut étonner et déstabiliser : ce fut mon cas au début .. Mais elle fait sens. Je trouve le pari audacieux de nos jours, ce la sort de l’ordinaire. Tant mieux.
Comme c’est juste lorsque vous dites que la femme chez Lola Lafon acquière sa liberté par la lutte. J’ai aimé ce livre que j’ai lu presque dès sa sortie! Ce fameux « vous » qui permet au lecteur dene pas etre captif de son auteur ne m’a pas dérangé! Merci
Merci à vous. 🙂