Commentaires sur Il y avait un garçon de mon âge juste en dessous de chez nous de Tania Sollogoub

Un titre aussi long qu’est vaste la Sibérie !

Jacques a dix ans quand il rencontre Anton. Deux ans après, ils sont toujours d’excellents copains. Comme tous les amis, ils ont un rituel : regarder le monde du haut de leur arbre. Jacques passerait des heures là-haut à écouter Anton lui parler de son pays : la Russie.
Pays de tous les possibles où les enfants peuvent être attrapés par la sorcière du coin : la terrifiante Baba Yaga qui vit dans une maison montée sur pattes de poule.
Mais un jour, Anton doit repartir en Russie. Jacques se retrouve alors comme une âme en peine.
Mais comme il a des parents adorables, il reçoit le jour de son anniversaire un billet aller-retour pour la Russie !
C’est avec sa mère qu’il entreprendra ce voyage. Il ne sait pas encore s’il retrouvera Anton dans ce vaste pays, mais il est certain que Jacques va découvrir au cours de ce voyage un monde étonnant.

Ce livre a été pour moi une bouffée de fraîcheur, une sorte de madeleine de Proust.
La Russie y est peinte avec exactitude.
Jacques est émerveillé quand il voit pour la première fois la Neva à Saint-Pétersbourg, ce fleuve qui a le pouvoir magique de nous rendre à nous-mêmes, tout comme je l’avais été quand je l’ai vu pour la première fois. Et les habitants sont accueillants et extravagants comme ils peuvent l’être.

J’étais un peu plus vieille que Jacques quand je suis allée en Russie, mais j’ai moi aussi été happée par les dômes dorés des églises, les vastes forêts autour de Saint Pétersbourg et les isbas colorées.
Ce roman est un joli voyage à prix réduit.

Collection Medium de l’école des loisirs, 165p, 9€

Commentaires sur Pride and Prejudice (Orgueil et Préjugés) de Joe Wright

Après avoir vu « Atonement« , j’étais curieuse de découvrir « Orgueil et Préjugés » du même réalisateur. Surtout que la blogobulle parle beaucoup de Mister Darcy (elles se reconnaîtront ).

La famille Bennet est composée de cinq filles : Jane, Elizabeth, Mary, Kitty et Lydia. Leur mère ne semble animée que par un seul objectif : marier ses filles. Aussi saute-t-elle sur l’occasion quand de nouveaux voisins arrivent : Mr Bingley et Mr Darcy. Tous les deux excessivement riches.
Que rêver de mieux pour sa progéniture !
Si Jane devient rapidement la complice de Mr Bingley, Elisabeth reste sur le carreau. D’ailleurs ce Darcy est bien trop hautain pour cette jeune fille qui n’a pas la langue dans sa poche. Peu de temps après, sa rencontre avec l’officier Wickham achève de la convaincre.

Bien-sûr la mention du mot « préjugés » dans le titre donne un indice non négligeable sur la suite de l’histoire …
Mr Darcy s’est sûrement trompé en jugeant très tôt Jane, et Elisabeth (Lizzy) aussi en jugeant le ténébreux Darcy…

Dans « Atonement », c’était la machine à écrire qui rythmait les actions, là c’est le piano. Les différentes mélodies collent parfaitement bien aux envolées lyriques des différentes scènes. Quant à la lumière de chaque plan, elle semble avoir été minutieusement travaillée.
Les personnages sont touchants ou drôles (une mention spéciale pour Mr Collins, petit pantin à qui il ne manque plus que des grelots pour parfaire son personnage) et Keira Knightley incarne à merveille Lizzy, cette femme au caractère bien trempé (qui m’a rappelé Jo, personnage des Quatre filles du Docteur March).

Malgré tout, je n’ai pas vraiment accroché à l’histoire bien sirupeuse du roman de Jane Austen.
Que de tourments ! (Mais c’est l’époque qui veut ça …)
Ainsi, même si Lizzy se moque des conventions de cette société de la fin du XVIIIème  siècle, son personnage reste bien campé dans le mélodrame sentimental.

Commentaires sur Le chemin des sortilèges de Nathalie Rheims

Une vieille maison qui semble hantée, une femme à la recherche d’un secret enfoui, un homme qu’elle n’a pas vu depuis 10 ans,  et des contes de notre enfance.
Tels sont les ingrédients du dernier livre de Nathalie Rheims.
Le roman (autobiographique ?) sent la naphtaline et le chocolat chaud avec un soupçon d’angoisses enfantines.

Ce livre s’ouvre sur un voyage en train qui prend fin, mais un autre voyage débute : celui d’une femme qui a un compte à régler avec son passé. Elle a un secret enfoui en elle et elle pense que Roland pourra, grâce à ses dons en psychanalyse, le faire remonter à la surface.
C’est un homme qu’elle n’a pas vu depuis dix ans qui vient lui ouvrir. Le contact est difficile. Dix ans que cet homme, délaissé par la mère de la narratrice et par sa femme, a tout quitté.
La maison dans laquelle il vit n’est guère accueillante, cette habitation regorge même d’endroits interdits ou hostiles.
Et voilà l’originalité du récit : la narratrice est, dans cette maison, confrontée à plusieurs contes de notre enfance. Est-ce Roland qui lui interdit d’accéder à une pièce de l’étage, ou est-ce Barbe Bleue ? Et quand la narratrice se pique avec le fuseau du rouet, ne devient-elle pas pour un temps la Belle au Bois dormant ? Et pourquoi chaque matin la narratrice trouve-t-elle un nouveau conte sur sa table de chevet ?
Réalité et fiction s’interpénètrent, la narratrice est prise de vertiges. Roland, lui, semble imperturbable. Son métier le rend sans doute plus imperméable à toutes ces manifestations surnaturelles. Ou peut-être est-ce autre chose ?

Le rouet qui parcourt ce récit symbolise la narratrice bien obligée de filer sa vie mais à l’envers, à la recherche d’un secret enfoui.  Tout comme dans le conte, elle devra faire face à des opposants, et sera aidée par des adjuvants. Le fantastique fait même de nombreuses fois irruption.
J’ai été embarquée dans ce récit, dans cette quête identitaire (Ne cherche-t-on pas tous un secret, un non-dit qui nous empêcherait d’avancer sereinement ?), même si certaines allusions aux contes de notre enfance sont bien trop faciles … Je pense que Nathalie Rheims n’a pas assez tiré parti de ces contes.
Le charme agit tout de même, et la fin de ce récit montre bien à quel point l’esprit humain est capable de bien des prouesses pour enfouir certaines souffrances trop difficiles à gérer sur le coup.

Ed. Léo Scheer, 180p, 14€

C’est cette phrase de Clarabel  qui m’avait donné envie de découvrir ce roman : accepter ce qu’elle avait occulté, à se réconcilier avec sa mémoire.

Commentaires sur Grace « Hall of Mirrors »

Mon coup de cœur du moment :

Grace – Imagine one Day

Ma préférée reste Lost, à découvrir sur son myspace.

Commentaires sur La théorie des nuages de Stéphane Audeguy

Qui n’a jamais eu cette conversation ?

-Quel temps fera-t-il demain ?
-Attends un peu, dans 5 minutes c’est la météo de Romejko.
(…)
Puis le lendemain : 
– Mince, la météo s’est encore trompée et j’ai froid avec sa jupe alors qu’il pleut. On ne peut décidément pas faire confiance à la météo.

Stéphane Audeguy a eu l’idée originale d’écrire sur les nuages. Un roman entier à se préoccuper de ces gouttelettes d’eau au-dessus de nos têtes. Qui de nos jours prend le temps de regarder les nuages ? Quand j’étais enfant, je m’amusais à y voir des formes, m’inventant parfois des histoires (comme beaucoup, je pense). En grandissant, j’ai perdu le temps de les regarder. Ce livre m’a donné envie de les redécouvrir.
Mais comment peut-on parler pendant 300 pages de nuages ?

L’histoire est celle d’un couturier japonais, Akira Kumo, qui collectionne les livres sur les nuages. A l’automne de sa vie, il choisit de classer tous les livres qu’il a amassés sur ce thème. Pour cela, il engage une bibliothécaire : Virginie Latour.
Mais ce vieil homme ne semble pas presser de ranger ses livres, il semble plus enclin à parler de l’histoire des nuages.
Comment un jour un homme a levé la tête vers les cieux et comment cet homme a choisi de consacrer sa vie entière aux nuages ?
Avant lui, personne ne s’intéressait à cette masse changeante. De cette lubie naîtra la météo, si importante pour de nombreuses personnes (les agriculteurs, mais aussi l’armée.)
Effectivement Napoléon aurait bien aimé prévoir quel temps il ferait lors de sa campagne de Russie …

Akira Kumo reprend donc chronologiquement ces différentes histoires.
Lorsque j’ai commencé ce livre, j’étais un peu comme Virginie Latour :
Quand elle commence à travailler pour Akira Kumo, elle n’a bien évidemment, de toute sa vie, jamais pensé aux nuages. D’une façon générale comme tout le monde, elle n’a presque jamais pensé ; ou alors juste un peu, en classe de terminale, le vendredi matin, à seule fin de rédiger des dissertations de philosophie.

Ce roman est comme les nuages par temps calme : le récit s’écoule lentement et, tout comme les nuages, il est emprunt d’une certaine poésie. Les phrases sont longues et complexes, les paragraphes denses et le récit prend diverses formes tout comme ces amas.

J’ai aimé le récit-cadre entre le couturier et la bibliothécaire rempli de retenue et de pudeur, mais aussi les retours en arrière qui m’ont fait connaître l’histoire des nuages.
Au fil des pages, j’ai fait la connaissance de Luke Howard qui a classé les nuages en 10 catégories (cirrus, cumulus, stratus…), de Carmichael, ce peintre qui a tenté toute sa vie de peindre les nuages, sans oublier Richard Abercrombie qui fit le pari insensé de parcourir le monde pour les photographier.

Mais loin d’être nébuleux, ce roman raconte l’histoire des nuages pour mieux se focaliser sur l’homme. Les nuages ne sont-ils pas le symbole même de l’homme qui ne fait que passer sur terre ? Cet homme protéiforme qui rêve de laisser une trace après sa mort ?
Cet aller-retour entre le présent et le passé n’existe-t-il pas dans le seul but de fixer l’éphémère ?
Et Akira Kumo vouerait-il une telle passion s’il était né ailleurs qu’au Japon ?

Ed. Folio Gallimard, 319p, 6€

D’autres avis enthousiastes : Papillon, Chiffonnette, Cathulu, Moustafette.

Commentaires sur Gisella et le Pays d’Avant de Mordicai Gerstein

Asseyez-vous au coin du feu, près de la grand-mère Gisella et de son arrière-petit-fils, et écoutez attentivement la fabuleuse histoire de cette vieille dame.

Il y a très longtemps, dans un très lointain pays, Gisella vivait parmi les siens. Ils vivaient petitement  mais sereinement. La jeune fille avait la tâche de ramasser les œufs de poules.
Mais un jour Avril, une des poules, manque à l’appel. Encore ce fichu renard !
Pas le temps de s’appesantir sur cette perte. Des soldats viennent prendre son frère pour l’enrôler. Pour surmonter son chagrin, Gisella décide de traquer la bête qui vole ses poules. Sa grand-Tante Tanteh la met cependant en garde.

Souviens-toi de ne jamais regarder trop longtemps un renard dans les yeux.

Pff, encore une vieille superstition.
Mais dans la forêt, les animaux ne se comportent pas comme à la maison. Comment se fait-il qu’ils parlent ? Gisella n’en croit pas ses oreilles !
Surtout que lorsqu’elle retrouve la renarde, la voici qu’elle réclame un procès ! On aura tout vu !

En fait, cette forêt est un endroit particulier où deux mondes se rencontrent.
Une sorte de croisée des chemins. 
Après avoir perdu le procès, Gisella fixe la renarde dans les yeux. (Raaah !) Elle comprend, mais un peu tard, son erreur. (La Fontaine n’est pas loin.)
Si sa grand-tante l’avait mise en  garde, il y avait une bonne raison : en regardant un renard dans les yeux, l’animal a la faculté de basculer son esprit dans celui qui le fixe. La pauvre Gisella se retrouve avec une queue et un museau pointu. Quant à la renarde, elle a à présent une jupette et des tresses.
Mais les malheurs ne s’arrêtent pas là car lorsque Gisella en renarde revient chez elle, la maison est vide.
La voici seule et dans la peau d’une renarde !
Sa mission sera  de retrouver sa famille.

Si je m’arrêtais à ce résumé, je passerai sous silence un pan essentiel de l’histoire : la guerre. Elle est partout et c’est elle qui mène ce récit.

Cette guerre en rappelle d’ailleurs une autre… En effet, dans ce récit, les gouvernants ont décidé que les Abrupts étaient un peuple bien gênant, et ils n’hésitent pas à les parquer derrière des barbelés.  Les Abrupts pourraient être les Juifs, les Tziganes ou encore les Bosniaques. Finalement le livre tend à l’universel.

Derrière le récit aux allures enfantines se cache un sacré message. Je ne suis pas sûre que les plus jeunes lecteurs comprendront bien les différents échos avec l’Histoire, mais ils cerneront très bien la cruauté de certains personnages.

Voici un conte qui fera sans doute grandir les enfants
(après tout chaque conte a sa part de cruauté) sans laisser de côté une certaine douceur. Durant ma lecture, j’ai pensé de nombreuses fois au film « Princesse Mononoké » de Miyazaki car le romancier et le cinéaste ont la même approche de la Nature, cette Nature qui est finalement plus raisonnable que les hommes. En outre, les personnages ne sont pas manichéens : un méchant a peut-être des raisons de l’être et il ne l’est peut-être pas tant que ça. A l’instar des deux mondes aux frontières perméables, les personnages oscillent entre le bien et le mal.
Je n’en attendais pas tant de ce livre, c’est une belle surprise !

Ed. Naïve, 205p, 10 €

Voici ce qu’en dit Elfique.

Commentaires sur Le baume du dragon de Silvana Gandolfi

Qui n’a jamais rêvé retrouver sa jeunesse perdue ?
Voici que l’occasion se présente pour Andrew. Homme à la cinquantaine bien tassée à l’allure de bouledogue (du moins ça c’est sa femme qui le dit.)
Un soir, alors qu’Andrew est au Népal, un vieux sadhu (un sage hindou qui a laissé derrière lui toutes ses possessions) l’aborde. Ce vieil homme a une tâche à accomplir : donner à sa petite-fille qui est devenue LA kumari (considérée comme la déesse vivante de Katmandou) le baume du dragon. Malheureusement il ne voit pas comment le lui donner. Sa petite-fille ne peut être approchée, même par sa famille proche.
Andrew lui propose alors de donner ce fameux baume, après s’être assuré que ce n’était pas de la drogue.
Sauf qu’arrivé sous la fenêtre de cette kumari, celle-ci se comporte comme une petite fille capricieuse. Effectivement, malgré son maquillage et des gardes qui l’entourent, elle n’hésite pas à tirer la langue à Andrew.
Du coup, Andrew décide de manger ce baume.
De retour à Londres, le voici qu’il rajeunit ! Ce n’est plus à un bouledogue qu’il ressemble mais bien à l’Andrew qu’il était voici trente ans !
Malheureusement la métamorphose ne s’arrête pas. S’il n’intervient pas, il redeviendra un joli bébé joufflu.
Une seule solution s’impose alors : retourner voir le sadhu au Népal.
Mais comment retourner au Népal avec son passeport ? Il n’a plus la même tête que sur la photo. Un peu de glue sur le visage et un coussin sur le ventre feront l’affaire.
Commence alors pour le jeune Andrew une course contre la montre semée d’embûches.

Je suis étonnée que ce roman fasse partie de la sélection des 6èmes du prix des Incorruptibles tant il est complexe. Bien-sûr la métamorphose d’Andrew devrait leur plaire, ainsi que l’humour présent dans ce livre. La kumari se revèle être une vraie petite peste et la femme d’Andrew tient plus de l’animal que de la femme.
Pourtant, je trouve que ce récit s’adresse davantage à des lecteurs de 13/14 ans.

Sinon, en cherchant une image pour illustrer ce billet, je suis tombée sur un baume du dragon.
Si un rajeunissement vous tente, n’hésitez pas à me demander la référence.

Ed. Panama, 174p, 11€

Différents avis de la blogobulle : les jardins d’Hélène, Parolimage, Lyly et Gachucha

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Commentaires sur Le drame de la chaussette

Ce matin, je me suis pliée à un petit exercice marrant sur le blog de Zoridae. Les consignes à respecter étaient les suivantes.
Le texte doit commencer comme un conte, il doit aussi y avoir de l’amour, de la poésie, et comme c’est un conte, il doit bien se terminer. Le héros de cette histoire doit être au choix : un parapluie, une chaussette, un bol, une brosse à dents, un vélo, une porte.

Voici ce que j’ai écrit  :

Photo de Mumu l’écrevisse

Il était une fois une fois une chaussette. Oh, mais pas n’importe
laquelle ! C’était une chaussette seule. Depuis quelques mois, sa moitié
était introuvable.

Alors elle trônait sur la commode, guettant avec attention
le retour de sa douce.

100 % bambou, confortable, noire avec un petit liseré gris,
c’était la rolls de la chaussette. Avec son double, elle aimait se pavaner
devant les 100 % Coton. Des chaussettes
bas de gamme en somme.

Le propriétaire de cette paire en bambou l’aimait par-dessus
tout.  Lorsqu’il avait un rendez-vous
important, il la choisissait toujours. Grâce au bambou, la transpiration excessive
était absorbée.

Sauf que depuis le mois de mars, son double avait
mystérieusement disparu. C’est le lot de nombreuses chaussettes. On les lave ensemble
mais l’autre disparait. Mais où ? Dans la machine ? Sur l’étendoir ?
 C’est le mystère de la chaussette.

Sur cette commode, la chaussette prenait donc la poussière.  Son noir de jais était passé à un noir mat. Le
gris menaçait de pointer son nez. Quelle déchéance ! C’est vrai qu’une
chaussette seule perd son utilité, à moins d’avoir un propriétaire unijambiste …

Et madame Bambou ne voulait surtout pas devenir un
chiffon à poussière ! Elle
deviendrait la risée de la tribu des chaussettes Coton !

Mais voici qu’en pleine crise existentielle, la chaussette
Bambou aperçut derrière la commode son double !

Une contorsion à droite, une à gauche, la chaussette tomba
derrière la commode.  L’histoire ne nous
dit pas ce qu’elles firent ensemble au moment de ces retrouvailles. Bien-sûr qu’elles
étaient inutiles derrière cette commode, mais elles étaient enfin ensemble. Et
qui sait, peut-être qu’un jour, le propriétaire bougerait la commode et
retrouverait sa paire fétiche.

Zoridae a choisi comme héros de son histoire une porte.
Et vous, quel héros vous tente ?

Commentaires sur L’espèce fabulatrice de Nancy Huston

La quatrième de couverture :

Ils disent, par exemple : Apollon.
 

Ou : la Grande
Tenue. Ou : Râ, le dieu Soleil. Ou : Notre Seigneur, dans Son infinie
miséricorde. Ils disent toutes sortes de choses, racontent toutes
sortes d’histoires, inventent toutes sortes de chimères. C’est ainsi
que nous, humains, voyons le monde : en l’interprétant, c’est-à-dire en
l’inventant, car nous sommes fragiles, nettement plus fragiles que les
autres grands primates. Notre imagination supplée à notre fragilité.

Sans
elle – sans l’imagination qui confère au réel un Sens qu’il ne possède
pas en lui-même – nous aurions déjà disparu, comme ont disparu les
dinosaures.

Dans cet essai, Nancy Huston revient sur cette espèce fabulatrice qu’est l’être humain. Lui seul est capable d’inventer des histoires, des fabulae.
L’idée de ce livre lui est venue lorsqu’une détenue de Fleury-Mérogis lui a demandé à quoi servaient les histoires puisque la réalité était autrement plus incroyable.
Dans le chapitre « Moi, fiction », Nancy Huston revient sur notre identité.

Même notre prénom est une fiction car avant de porter notre prénom, d’autres l’ont déjà porté, ils ont déjà crée une histoire autour de lui. Un peu comme la Jeanne de La Grammaire est une chanson douce qui se compare à Jeanne d’Arc. Ainsi le réel humain, ce qui nous caractérise le plus, est déjà une fiction.
Notre cerveau lui aussi participe à cette mascarade. Effectivement, n’invente-t-il pas lui des histoires ? Oui, le rêve est une fabulation.

La société (surtout ces hommes que Nancy Huston appellent « les primtifs ») tend aussi à se créer des histoires, .
Que font des paysans berrichons quand leurs bêtes tombent malades, que font les habitants de Soweto quand un des leurs est atteint du sida ? Ils interprètent ces événements comme des attaques magiques. Qui m’a jeté un sort ? Comment défaire ce sort ?

Il en va de même pour les récits historiques. Il devient fictif dans la mesure où il ne raconte qu’une partie de l’Histoire. A chacun d’interpréter SA version des faits. Voilà pourquoi une majorité d’Américains ont pris pour argent comptant la faribole du président Bush selon laquelle l’Irak était responsable des attaques du 11 septembre.

Un peu plus loin dans l’essai, Huston parle du roman Mister Pip (que j’ai lu il y a quelques mois) Dans cette histoire, la jeune narratrice revient sur le pouvoir des histoires, comment elles peuvent nous aider à vivre.
Les personnages de roman (…) nous fournissent des modèles et des anti-modèles de comportement. Ils nous donnent la distance précieuse par rapport aux êtres qui nous entourent et -plus important encore- par rapport à nous-mêmes. Ils nous aident à comprendre que nos vies sont des fictions et que du coup, nous avons le pouvoir d’y intervenir, d’en modifier le cours.
Voilà pourquoi les systèmes totalitaires brûlent les récits ou les bannissent.

L’essai se termine sur un avertissement. Les auteurs contemporains ont bien du mal à créer des fictions. Au contraire, l’auto-fiction devient la forme la plus courante des publications. On exige que dans les produits culturels, tout soit vrai. N’est-ce pas là la preuve d’un appauvrissement ?
A l’art romanesque de nous offrir un prisme de la réalité, sans se confondre avec elle. De cette façon, le lecteur pourra chercher sa réalité dans la fiction et non retrouver sa réalité dans une auto-fiction.

Lorsque j’ai lu cet essai, je me suis retrouvée. Combien d’histoires, de fictions ai-je lues ? Combien sont-elles à peupler mon imaginaire ? Celle que je suis n’est-elle pas le résultat de mes lectures ? Quand j’écris, ne suis-je pas animée par mes précédentes lectures ?
Voici un essai que j’ai aimé. De temps à autre, il est tout de même bon de se pencher sur la question de la littérature. Lire un essai permet à l’esprit de se nettoyer de toutes les histoires déjà lues et de pouvoir ainsi retrouver avec plus d’envie les nombreuses histoires que contiennent les romans.

Ed. Actes Sud, 192p, 18 €

Radio Canada a écrit un article sur cet essai.

Sur ce blog, une étudiante en lettres modernes conseille de délaisser cet essai afin de mieux se tourner vers Lignes de faille du même auteur.

D’ailleurs à ce propos, je n’ai lu aucun roman de Nancy Huston, lequel me conseilleriez-vous ?

Commentaires sur La grammaire est une chanson douce d’Erik Orsenna

Pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce livre…

Dans le cadre de mon travail, j’ai relu cette œuvre, et à chaque relecture, je retombe sous le charme de cette histoire.

Jeanne est une adolescente au caractère bien trempé. D’ailleurs elle dit elle-même qu’elle aime beaucoup son prénom car elle trouve que le petit côté guerrier de Jeanne – comme Jeanne d’Arc- lui va à ravir.
Elle a un frère, Thomas, qui aime surtout le foot et les belles voitures. Mais bon, c’est son frère, elle est bien obligée de le supporter.
Au début du livre, ils partent en bateau aux Etats-Unis. Leurs parents sont séparés, et  lorsque les vacances pointent le bout de leur nez, ils font l’aller-retour. Mais seulement en bateau. Pas question qu’ils s’écrasent au décollage comme leur grand-mère ! 
Malheureusement, une tempête s’élève et le bateau coule à pic …

Quand Jeanne se réveille, elle est sur une île avec son frère, et tous les deux ont perdu la parole !
Très vite, deux habitants de l’île arrivent. C’est monsieur Henri -un guitariste aux yeux rieurs- et son sublime neveu ! Avec eux ils vont découvrir cette île qui renferme bien des trésors.
Et il y en a des choses à découvrir !
Le marché est composé de boutiques originales : une étymologiste en quatre langues (une copine d’Alain-pain d’épice je crois), un ami des poètes et de la chanson, un appeleur de plantes et de poissons.
Jeanne est subjuguée ! Elle décide d’apprendre de nouveaux mots qu’elle prononcera une fois que sa voix sera revenue.
Vous êtes comme moi, j’imagine, avant mon arrivée sur l’île. Vous n’avez connu que des mots emprisonnés, des mots tristes, même s’ils faisaient semblant de rire. Alors il faut que je vous dise : quand ils sont libres d’occuper leur temps comme ils le veulent, au lieu de nous servir, les mots mènent une vie joyeuse. Ils passent leur journée à se déguiser, à se maquiller et à se marier.

Ce livre est une apologie de la langue française. Le lecteur est embarqué dans un monde qui pourrait en rebuter plus d’un … car il est question de grammaire dans ce livre. Mais ici elle n’a rien de repoussant.


Les mots sont des tribus qui possèdent chacune un rôle précis. Par exemple, les noms servent à désigner les choses, comme les étiquettes du jardin botanique. Devant ces mots marchent toujours les articles. Comme ils marchent devant en agitant une petite clochette, ils annoncent le genre du nom.
Ainsi les noms et les articles se promènent ensemble du matin au soir. Et du matin au soir, leur occupation favorite est de trouver des habits ou des déguisements. A croire qu’ils se sentent tout nus, à marcher comme ça dans les rues. Peut-être qu’ils ont froid, même sous le soleil. Alors ils passent leur temps dans les magasins. Les magasins sont tenus par la tribu des adjectifs …

Au narrateur de raconter que le nom aime se marier avec un adjectif, mais que le premier est peu fidèle en amour.

Ce conte poétique et drôle parle donc de grammaire, mais la leçon devient ludique. Le procédé n’est pas sans rappeler le dessin animé « Il était une fois la vie ».

(Generique dessin anime) Il Etait Une Fois La Vie

A l’instar de Jeanne et Thomas, le lecteur réapprendra à apprivoiser les mots. De plus ce conte est illustré de dessins qui raviront les plus jeunes.

Pour vous promener sur l’archipel d’Orsenna, c’est par ici.

Les Chevaliers du subjonctif et la Révolte des accents  parlent aussi à leur manière de la grammaire et des mots. Mon préféré reste tout de même ce premier opus.

Allie a eu le même coup de cœur.Géraldine a écrit un billet sur la Révolte des accents.

Ed. Stock et Livre de poche, 136p, 5 €

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