Suite à un commentaire de Capp’, sur le dernier roman de Houellebecq, j’ai eu envie d’écrire un petit billet autour de la polémique qui enfle autour de Houellebecq.
Le mot « plagiat » a été lancé. Un gros mot, à notre époque.
Un petit rappel des faits : Houellebecq a recopié quelques lignes de certains articles de Wikipédia. Notamment lorsqu’il décrit la mouche.
Version de l’auteur :
Source du scan.
Sur Wikipedia :
(…) la matière organique
(généralement morte et en voie de décomposition avancée, telle que un
cadavre, des détritus ou des excréments) sur laquelle elles ont été
déposées. Les asticots sont blancs pâles, d’une longueur de 3 à 9 mm.
Ils sont plus fins dans la région buccale et n’ont pas de pattes. A la
fin de leur troisième mue, les asticots rampent vers un endroit frais et
sec et se transforment en pupes, de couleur rougeâtres (…)
Alors, est-ce qu’un auteur peut être accusé de plagiat en recopiant certaines parties d’un site internet ?
Par exemple, si un élève le fait, le professeur sanctionnera cet élève, mais est-ce la même chose avec un auteur ?
En outre, ne peut-on pas dire que cette démarche est ici artistique ?
A notre époque, lorsqu’on reprend une histoire déjà écrite, on sort illico le mot « plagiat », mais il n’en a pas toujours été de même. Ainsi lorsque Molière a écrit l’Avare, il s’est inspiré d’une pièce antique écrite par Plaute : l’Aulularia.
La traduction de l’acte I, scène 4 de L’Aulularia :
Acte I, scène 4
Euclion, Strobile
EUCLION – Sors de là, ver de terre, qui rampais là, en douce, à mes
pieds, sans te montrer ! Maintenant que tu te montres, tu es un homme mort
! Par Pollux, l’ensorceleur, je vais t’arranger de la belle manière !
STROBILE – Quel tourment t’agite ? Qu’ai-je à
faire avec toi, vieillard ? (…) Non, par Hercule, je le jure, je n’ai
rien pris ni rien touché.
EUCLION – Montre-moi tes mains.
STROBILE – Hé bien, je te les montre : les
voici.
EUCLION – Je vois. Allez, montre-moi la
troisième.
STROBILE – Fantômes, fantasmes, et idées
folles tourmentent ce vieillard. (…)
EUCLION – Tu n’aurais rien sous ta tunique ?
STROBILE – Tâte où tu veux. (…)
Maintenant la pièce de Molière, Acte I, scène 3
Harpagon – Va-t’en l’attendre dans la rue, et ne
sois point dans ma maison, (…) Sors d’ici, encore une fois.
La Flèche – Hé bien, je sors.
Harpagon – Attends. Ne m’emportes-tu rien ?
La Flèche – Que vous emporterais-je ?
Harpagon – Viens çà, que je voie. Montre-moi tes
mains.
La Flèche – Les voilà.
Harpagon – Les autres.
La Flèche – Les autres ?
Harpagon – Oui.
La Flèche – Les voilà. (…)
Harpagon – Allons, rends-le-moi sans te fouiller.
La Flèche – Quoi ?
Harpagon – Ce que tu m’as pris.
La Flèche – Je ne vous ai rien pris du tout.
(…)
A l’époque de Molière, on ne parle pas de plagiat, mais de réécriture, d’une nouvelle récréation qui ferait honneur à l’auteur original.
Bien-sûr, dans le cas de Houellebecq, il ne s’agit pas de faire honneur à Wikipédia … quoique …
Comme il le dit lui-même, pour lui il s’agit davantage d’un exercice de style : prendre un extrait d’un site internet et travailler son propre texte pour que cette définition copiée sur Wikipédia ne soit pas perceptible. En somme, faire que son écriture atteigne le degré zéro du style.
Après tout, c’est une démarche comme une autre et sur les 400 pages, ce ne sont que quelques lignes.
Cela dit, dans les remerciements, l’auteur aurait pu remercier le site de lui avoir fourni une certaine matière pour son roman.
Et vous, que pensez-vous de cette polémique ?

Des artistes repliés sur eux-mêmes mais visionnaires, une sublime jeune femme russe, un écrivain qui se réinvente, un père qui passera bientôt de l’autre côté de la rive, un crime atroce à résoudre, mais aussi une soirée où l’on croisera un Pierre Pernaut avant-gardistes et surdoué …