Allide allait l’avoir. Il fallait qu’elle l’ait. Aliide avait pratiquement toujours eu ce qu’elle voulait. Et cette mouche ne ferait pas exception.
Mais après un coup d’œil par la fenêtre, elle fut surprise par une forme, dehors. Délaissant la préparation des confitures ainsi que l’énervante mouche, Aliide sortit dans la cour et s’aperçut que cette silhouette était en fait celle d’une jeune fille.
Qui cela pouvait-il être ? Pourquoi était-elle dans cet état pitoyable ?
A coup sûr, ce devait être une espionne.
En ces temps troublés, et même avant, Aliide s’était toujours méfiée. Toute sa vie, elle s’était tenue sur ses gardes. Et même avec le démantèlement de l’URSS, elle resterait sur ses gardes.
Et ce n’est pas cette dénommée Zara qui allait bousculer ses habitudes. Même si la fragilité de la jeune femme attendrissait Aliide.
Au fil des pages, grâce à de nombreux retours en arrière, le lecteur comprendra qui est cette Zara et surtout il apprendra quelle jeune femme fut la vieille Aliide. Parfois, derrière des pots de confiture à l’odeur alléchante se cache un passé bien trouble.
Les époques s’entrechoquent dans ce roman, le présent n’est guère plus reluisant que le passé et nous avons là des portraits humains peu glorieux, et ce que ce soit durant la terrifiante ère stalinienne ou lors du démantèlement de l’URSS. Le pouvoir et la domination font tourner les têtes, et même l’amour est ici à l’origine d’actes mauvais.
Perversion, soumission, domination.
Les époques changent mais la noirceur de l’âme humaine reste.
A travers le portrait d’une famille désunie, une famille de femmes, ce roman montre comment une femme est prête à tous les sacrifices par amour, mais il montre aussi à quel point l’attrait de l’Ouest est un miroir aux alouettes. Un portrait bien pessimiste.
C’est donc un roman noir et étouffant, qui a pour personnage principal un être vainement attaché à un rêve inaccessible. Un être que l’amour a malheureusement rendu aigri. Un être fourbe et obnubilé par un homme. Ses actes monstrueux et impardonnables trouvent pourtant grâce aux yeux du lecteur. Cette femme est avant tout celle qui à l’origine a été meurtrie. Ainsi c’est un roman qui réussit le tour de force de ne pas rendre cet être antipathique.
Même si ses actes sont infâmes.
Tel un enquêteur, le lecteur découvre le passé. Et plus la lumière se fait, plus l’ignominie transparaît.
Malgré tout, une accalmie semble possible au moment où le roman débute. Le doute et la suspicion laissent leur place à l’empathie, et de cette rencontre transgénérationnelle pourrait naître un nouvel espoir.
Un rebond inespéré.
Un roman habilement construit, des personnages qui sont bien plus que des êtres de papier grâce au talent de Sofi Oksanen. L’ensemble est criant de vérité et pointe du doigt une cruelle période. Les langues se délient enfin. Il fallait ce roman au titre incisif pour mettre en lumière un pays souvent oublié.
Un auteur à ne pas lâcher du regard.
Auteur Sofi Oksanen
Traduction Sébastien Cagnoli
Éditeur Stock
Date de parution 25/08/2010
Collection La Cosmopolite
Format 14 cm x 20 cm
ISBN 2234062403
400 pages
21€50
Lu dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire.
Aifelle le fait voyager et vous auriez tort de passer à côté. Clara aussi a aimé ce huis-clos.
