D’après vous, comment réagit un auteur de thrillers quand une admiratrice d’un des ses romans, avec laquelle il a parlé la veille, se défenestre devant lui ?
L’auteur est Richard Zimler lui-même et cette femme s’appelle Sana.
Tout avait pourtant bien commencé entre eux : elle, un brin excentrique avec son oiseau imaginaire perché sur son épaule, avait fait rire Richard. Les gestes enfantins de Sana avait même ravi l’auteur, et quand le hasard lui avait de nouveau permis de croiser la route de Sana, il lui avait fait un petit signe de la main. Elle s’était approchée de lui : elle avait alors à la main un exemplaire du Dernier Kabbaliste de Lisbonne, un roman écrit par Richard.
Peu de paroles échangées, mais un lien indéfinissable vite crée. Surtout que Sana lui avait confié que ce roman lui avait permis de remettre certaines choses de sa vie en place.
Aussi, voir le corps sans vie de Sana étendu sur la terrasse de l’hôtel fut un choc pour Richard.
Un peu comme si, lui, l’auteur de thrillers policiers était à son tour plongé dans un de ses romans.
Il compte alors en savoir plus sur cette femme qui l’a charmé quelques jours auparavant. Cette femme a encore des choses à lui dire. C’est ainsi que commence pour Richard une enquête sur Sana : qui est-elle vraiment ?
Très vite, Richard sera dépassé par des révélations. Il rencontrera la meilleure amie de Sana et sera vite perdu.
Qui ment ? Dans quelle intention ? Pourquoi lui dit-on de rester à l’écart de cette histoire ?
Sana n’était-elle pas seulement la danseuse qu’il avait croisée en Australie ?
Ce récit autobiographique nous mène sur plusieurs chemins.
Tout d’abord, le lecteur est à l’instar du narrateur fasciné par cette Sana qui possède la grâce des danseuses. On l’imagine très bien avec cet oiseau imaginaire virevoltant autour d’elle. Et puis, la posture de la femme sur la couverture nous aide à imaginer une Sana au corps gracile.
Mais très vite, l’action devient sombre avec le suicide de cette femme. Et l’ambiance policière se met alors rapidement en place.
Après la fascination vient donc l’interrogation.
Ainsi, derrière le récit autobiographique, on sent bien l’aisance de Zimler pour créer cette tension caractéristique des romans policiers. Ce qui est fort, c’est qu’à cette intrigue policière vient s’ajouter la caution du roman autobiographique, donnant alors à ce roman un petit air de docu-fiction. Un mélange assez étonnant en somme car d’un côté l’histoire paraît bien romanesque, mais de l’autre une petite clochette est là pour nous rappeler que les événements racontés sont bien réels.
Quand le vrai peut quelquefois n’est pas vraisemblable disait Boileau. Eh bien, dans ce récit, c’est un peu la même chose. Même si l’intrigue tient la route (logique puisqu’elle a vraiment eu lieu), les faits sont tellement incongrus que Sana aurait très bien pu n’être qu’un être de papier.
A cette intrigue policière vient en plus s’ajouter une belle amitié entre deux femmes. Sana la Palestinienne et Héléna la Juive. Cette amitié impossible sera elle aussi le terreau de ce récit. Des descriptions sur la vie quotidienne à Haïfa, des persécutions à l’exil en passant par les fous rires propres aux enfants, si l’auteur veut connaître l’histoire de Sana, il faut avant tout qu’il sache comment était la vie dans cette ville israélienne.
Je ne m’attendais pas vraiment à une intrigue autant portée sur le monde géopolitique actuel, aussi ai-je eu du mal avec tout ce qui concernait le conflit israélo-palestinien. Malgré tout, pour comprendre cette forte amitié, il est nécessaire de connaître le contexte dans lequel celle-ci a évolué car l’un ne va pas sans l’autre.
Pour ce qui est de l’intrigue policière, comme le lecteur est l’égal du narrateur, il est très vite plongé dans l’histoire et découvre au même rythme que le narrateur les différentes révélations. Ainsi, force est de constater qu’il a lui aussi envie de savoir qui est réellement Sana !
En outre, Héléna, l’amie de Sana, est une figure assez forte pour qu’on s’attache à elle.
En somme, voici un roman qui mêle plusieurs genres, sans que ceux-ci se fassent de l’ombre entre eux : récit autobiographique et enquête policière cohabitent ici.
Finalement Richard Zimler est ici devenu un personnage d’un de ses romans. Une sensation qui doit être bien étrange pour un auteur de thrillers !
Ed. Le Cherche Midi, 354 pages, 20 €
Merci Solène !
Keisha a aimé et dit que c’est un roman qui tient les promesses affichées sur la 4ème de couverture.

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