
Parce que la vie c’était ça. Un serpent qui se mord la queue.
L’Afrique que nous peint la narratrice de L’Intérieur de la nuit est ainsi. Tournée vers son passé. Le futur est un temps qu’on ne connaît pas. Aussi quand un homme prend pour seule épouse une étrangère, puis souhaite, malgré les nombreuses fausses-couches de sa femme, avoir tout de même un enfant puis aller dans un hôpital au moment de l’accouchement, les villageois d’Eku sont bouleversés. Pourquoi cet homme ne se plie-t-il pas aux lois ancestrales ?
Cet homme, c’est le père d’Ayané. Le personnage principal de ce roman.
En plus d’être née loin de son village, Ayané a un prénom imprononçable par les siens.
Ces parents, qui s’étaient crus tellement plus intelligents que tout le monde, avaient crée de toutes pièces un nom qui ne correspondait à rien. Ce faisant, ils avaient décrété que leur enfant serait seule à jamais.
Le parcours scolaire d’Ayané, puis ses études en France ne font qu’entériner cette exclusion.
Au moment où Ayané revient à Eku, sa mère est mourante et le pays est meurtri par la guerre civile.
La mort de sa mère est inéluctable : cela fait 15 ans que son esprit a quitté son corps. Ayané ne peut se battre contre les puissances supérieures et elle accepte cette mort.
Mais quand peu après des hommes sanguinaires sacrifient un enfant, Ayané ne peut qu’être révoltée.
Quel est ce pays ? Comment peut-on accepter de vivre en ayant commis ces atrocités ?
Cette histoire est encore plus perturbante que Contours du jour qui vient , plus sombre aussi.
J’ai tenu bon lors de la lecture de certains passages, mais que c’était dur ! Si je devais comparer ce roman à un film, je citerais « le Pianiste ». Lors de la projection du film, j’en ai pris plein la figure et je ne pense pas revoir ce film un jour. Mais je me devais de le voir. Pour ce livre, c’est la même chose.
L’action se déroule dans un pays imaginaire, mais comment ne pas prendre ce livre pour « un miroir qu’on promène le long d’un chemin » ? (Stendhal)
De son point de vue, la vie entière des Africains se passait à échapper la mort. Ils ne semblaient même pas se rendre compte qu’elle les environnait. Elle était dans les cours d’eau au fond desquels proliféraient des vers. Ces derniers causaient des ulcères qui rongeaient la chair des enfants. Elle était dans l’eau des boissons, dans les mares qui stagnaient aux abords des habitations (…) La mort était partout dans l’ignorance des populations. Et la mort était dans les traditions.
Mais ce roman ne contient pas qu’un seul point de vue (Ayané pourrait représenter le point de vue de l’européen). Sa richesse est d’en proposer deux autres qui laissent le lecteur en pleine interrogation à la fin de ce livre.
Ed. Plon et Pocket, 214 p, 6€

Les lycéens ont toujours bon goût : c’est vers eux que je me tourne pour le prix Goncourt. Ils ne sont pas corrompus … mais chut, il ne faut pas le dire trop fort.
As-tu lu le dernier Miano qui clôt cette trilogie ?
Par contre, je ne connais pas du tout Mabanckou. Je le note sur mon papier de 15 mètres de long, c’est ça ?
Vala !
Oui les lycéens se trompent rarement, je n’avais pas trop aimé leur choix de Milovanoff, j’ai un peu de mal avec cet auteur. Je ne rentre pas dans ses histoires et ce sentiment d’être toujours au bord me perturbe.