Il est des rencontres qui bouleversent notre vie. Nicolas Rockel ne s’attendait pas à avoir un double coup de foudre en prenant ce bus d’Air France. Double parce qu’il tombe amoureux d’une femme et de son fils en même temps. Touché par la grâce et la beauté de cette femme, ému par ce petit être qui demande à sa mère à quoi sert la guerre.
Nicolas attrape cette perche tendue par l’enfant et lui répond que la guerre est inutile. La femme le fustige alors du regard. C’est malin, son père vient de mourir.
Malgré cette faute, le contact est tout de même établi. Nicolas ne laissera pas passer ces deux êtres qu’il aime déjà.
Elle, c’est Ingrid. Les oiseaux rythment sa vie car elle est ornithologue. Le petit, c’est Raoul. Nicolas, lui, est resté proche des enfants : il faut avoir gardé une certaine âme d’enfant quand on est inventeur de jouets.
Après un coup d’œil sur l’étiquette pour savoir où habite cette femme et un pigeon voyageur plus loin, nos trois personnages forment un joli trio.
Mais dès les premiers chapitres, nous savons que cette histoire ne durera que quatre ans : un jour, Ingrid annonce à Nicolas qu’elle le quitte par amour.
Commence alors pour Nicolas le temps des questions.
Pourquoi me quitterait-elle ? Qu’ai-je fait de mal ? Me suis-je trop impliqué avec Raoul ? A-t-elle rencontré un autre homme ? Et pourquoi me quitterait-elle si elle m’aime encore ? Peut-être que tout n’est pas encore perdu ? …
C’est à cette période-là qu’une caissière remarque un homme perdu dans ses pensées. Chaque jour, il vient à sa caisse. Le contact est dur à établir. Hormis le « bonjour-tapez votre code-bonne journée monsieur », elle ne voit pas ce qu’elle pourrait lui dire. Mais cet homme a une triste mine, et la caissière voudrait l’aider.
La caissière s’appelle César. Drôle de nom pour une femme. Mais en Irak, c’est un prénom courant. Surtout qu’en France, certains se sont permis de le transcrire n’importe comment.
Elle a quitté un pays à cause de la guerre, mais l’indifférence qu’elle subit en France est pire que tout. Elle n’est qu’une caissière qui passe sa journée à passer des codes … En réalité, cette femme attend une lettre du Rectorat qui la délivrera peut-être de cet hypermarché.
Personne ici ne soupçonne le voyage que j’ai fait, les années d’étude et les mois de guerre, les attentes de visa, les humiliations et ce rêve de la France qui m’a permis de tout surmonter, même les deux nuits où je suis restée cachée parmi les cadavres à la frontière iranienne -tout cela pour me retrouver CDD contrat jeune à l’hypermarché de Mantes-Nord. Je sais que je suis fière, que je ne suis pas à ma place, que « je me crois » comme elles disent. Mais quand on vient d’un pays muselé, vampirisé de l’intérieur et affamé par l’embargo, privé de livres, d’alternative et de liberté, leur résignation sous les néons, leurs petits songes mesquins d’un destin planifié soumis aux coucheries, aux maris, aux bébés, aux promotions, aux dettes, sont peut-être les plus grandes blessures que j’ai reçues dans ma vie, parce que c’est la première fois que je me sens en danger d’y renoncer.
La narration est faite par Nicolas et César. A tour de rôle, ils occupent la place de narrateur. Procédé intéressant qui m’a permis de me plonger tour à tour dans la tête de ces anti-héros. Nicolas a tout de l’adulte qui n’a pas voulu grandir. Il croit encore aux fées et aimerait que Raoul y croit encore. Mais l’enfant a laissé place à un adolescent qui ne jure que par le Dieu Nintendo. Quant à César, derrière les cicatrices qui marquent son visage et sa mini-jupe, se cache une femme touchante et révoltée.
Ce roman m’a prise de court car il prend tout à rebours. Le récit aurait pu prendre le temps, comme bien souvent dans les romans, de développer cette rencontre entre Ingrid et Nicolas. Mais en annonçant dès le début que cette relation prendrait fin au bout de 4 ans, l’intérêt du récit se déplace, et le mien n’a fait que grandir.
D’autant plus que le style m’a vraiment transportée. Fluide mais rempli d’images, les personnages se sont incarnés comme par magie.
Mais avant d’être touchée par cette histoire, c’est le titre et la couverture qui m’ont attirée car ils étaient pour moi source d’interrogations.
Que symbolisait ce monstre mi-femme, mi-caisse sur la couverture ? Pourquoi ce monstre avait-il un livre de Gide à la main ? Et que venait faire ce pigeon en haut à gauche ?
Une couverture réussie car le merveilleux qu’elle annonce se retrouve dans ce roman.
Je ne connaissais pas cet auteur, mais je crois être tombée sous le charme. Merci Stephie pour cette découverte !
Ed. Livre de Poche, 222p, 4 €


Une belle rencontre que la lecture de cet auteur.
Toute façon, chuis quitte pour une re ou pas lecture
@ Aifelle :
L’histoire est une petite merveille !
Je note !
@ Lolo : Si tu ne l’as pas lu, cette histoire te plaira sans aucun doute !
Au fait ! J’ai trouvé pourkoua tu lisais si viiite ! Tu as deux paires d’yeux et quatre mains ! Hein hé ho, c’est ça dis, non ?
Bises du soir.
Rose qui a le bon oeil
@ Rose : LOL !
Ce qui serait génial, ce serait de pouvoir me séparer en deux. Une Leiloona au boulot, une autre sous la couette en train de lire.
C’est gentil, merci !
@ Gambadou :
)
Ce roman-là m’a fait de l’œil dans la pile. Il est passé devant de nombreux romans … Va savoir si une rébellion ne va pas avoir lieu dans cette pile.
C’est un cercle vicieux bien délectable alors. Tu me donnes envie de le lire et en échange je te donne envie de le relire.
@ Karine
:
En ce mois de novembre bien triste, ce livre donne de jolies couleurs au monde. Je lirai attentivement ton billet sur ce livre.
@ Pimpi :
)
Quand j’aurai plus de temps, je compte me faire une série de van Cauwelaert.
Généralement, c’est la fin des policiers que je ne mémorise pas. Ainsi je peux lire et relire et re-relire un policier, je serais toujours étonnée de sa fin ! (Économique)
Cela veut-il dire que je n’ai pas aimé l’histoire ? Je ne pense pas … Mais nous sommes bien obligés de faire un tri dans toutes nos lectures.
Je compte d’abord lire les livres que j’ai dans ma pile avant de retourner lire Didier van Cauwelaert.
« La demi-pensionnaire » et « Poisson d’amour » me tentent beaucoup.
Un Van Cauwelaert plus jeune, une écriture incisive et rapide, c’est un livre qui va très vite, les personnages sont hyper attachants(particulièrement les deux grands-mères, décidément, cette année la grand-mère a la cote !)
Un livre agréablement déjanté, fantaisie, humour et belle écriture, ça a été une très agréable surprise.