Fils unique, j’ai longtemps eu un frère.
Le narrateur fait un jour une découverte bien surprenante. Que fait ce chien en peluche dans la chambre inoccupée de l’appartement ? Et pourquoi sa mère est-elle si mal à l’aise quand elle voit ce jouet dans les mains de son enfant ?
Cette découverte est un déclencheur pour le narrateur. A partir de ce jour, il n’est plus seul : il s’invente un frère plus beau, plus fort que lui.
Oubliées les souffrances dues à son corps chétif, oubliée la solitude des nuits. Son frère est là pour le protéger.
Et quand il se chamaille avec lui, il court chercher du réconfort auprès de cette peluche qu’il a appelée Sim.
Dans le même immeuble que ses parents habite Louise. Le petit garçon trouve en elle une confidente appréciable. Peut-être est-ce le pied-bot de cette femme qui rapproche ces deux êtres hors norme ? Au corps malingre du narrateur répondrait le pied déformé de Louise.
Pour le narrateur, cette femme soigne le corps autant que l’âme. Il aime se retrouver dans son cabinet pour se faire dorloter, mais aussi l’écouter parler. Un lien fort se crée entre eux, et bientôt il lui confie toutes ses peines.
Il se sent plus proche d’elle que de ses parents : leur beauté et leur corps musclé gênent le garçon. Il se réfugie alors dans l’écriture : ce sont des centaines de pages grisées par ses récits.
Un jour, alors qu’il regarde un documentaire sur la seconde guerre mondiale à l’école, des images insoutenables défilent à l’écran : des chaussures et des pyramides de cheveux et de membres. Un garçon crie alors :
-« Ach ! Chiens de Juifs ».
C’est alors que le narrateur est pris d’une rage noire. Lui, le malingre, se jette sur ce garçon, et le roue de coups.
Cet acte est un point d’interrogation pour le narrateur : pourquoi diable a-t-il été pris d’une telle furie ?
Louise, quant à elle, comprend que c’est le moment de révéler certains secrets. Elle va alors ouvrir les pages d’une histoire que le garçon n’a jamais feuilletées …
C’est la troisième fois que je lis ce roman, et à chaque fois je suis captivée par cette histoire. Grimbert a su donner à sa vie une portée universelle.
Il s’agit en effet de son histoire, même s’il l’a romancée. Petit garçon, il a vécu avec un poids en lui, un poids qui l’empêchait de grandir, de s’étoffer. Et c’est Louise (créée pour le livre) qui lui a permis de grandir.
A chaque lecture, je ne peux m’empêcher d’être touchée par ce petit garçon malingre qui peine à trouver sa place auprès de parents si parfaits et cette mère qui, telle Médée, sacrifie son enfant.
Le roman a obtenu le Goncourt des lycéens en 2004.
Chez Grasset, 15 €, 191p / Livre de Poche
L’année dernière est sortie une adaptation cinématographique de ce livre.
Le réalisateur Claude Miller a choisi de donner un nom au narrateur. Ce sera François. Ce choix illustre bien la volonté de Miller de s’éloigner du genre biographique, sinon il aurait appelé le garçon Philippe, comme l’auteur. En somme, il a souhaité donner à ce film une valeur plus universelle. D’ailleurs il dit lui-même que l’histoire du livre l’a renvoyé à sa propre histoire.
La construction chronologique est elle aussi bouleversée. Miller a préféré alterner les époques : le passé ressurgit ainsi dans le présent, comme s’il n’était pas encore digéré. Le traitement des couleurs (Miller a filmé le présent en noir et blanc et le passé en couleur) rend cette construction en mille feuilles (passé/présent/passé etc.) limpide.
Avec ce film, j’ai retrouvé l’ambiance du livre. La culpabilité dont les personnages souffrent transperce l’écran. Cécile de France passe très bien de la femme envoûtante à la mère protectrice, Bruel incarne à merveille cet homme rongé par le désir, puis par la culpabilité (et bizarrement, son rôle de sportif est crédible), Julie Depardieu est une confidente très attachante, et Ludivine Sagnier explose dans ce rôle tout en retenue.
Un joli film pour un joli livre.
Nanne aussi a aimé lire ce roman autobiographique.

Le style du roman est sobre, oui, malgré quelques images frappantes, mais l’émotion est bien au rendez-vous.
@ Saxaoul :
Mince !
J’ai moi aussi des difficultés à lire un roman dont l’adaptation cinématographique ne m’a pas plu.
@ Alwenn :
Il me bouleverse moi aussi à chaque fois que je le lis. Hier encore, j’avais la gorge serrée.
Et dire que j’ai raté la visite de Grimbert dans mon établissement. Pfff.
J’aurais tellement aimé lui poser plein de questions.
Une vie suffira-telle, attends, je corrige, un tiers de vie suffira-t-il (sachant qu’aux alentours des 75, 80, je risque d’être endommagée des cellulettes) pourlire tout ce que je note ?
Le livre reste tout de même plus fort et bouleversant que le film. Malgré les images, les mots ont ici plus de poids (je trouve). Mais l’adaptation a été soignée.
@ Lolo :
)
Euh tu as encore le temps d’arriver à 80 ans ! o_O
A nous, les bouquins !
(Par contre, là je lis un bouquin qui me donne presque envie de prendre mon stylo rouge pour corriger le style… Ouille !)
Quelle chance tu as eue ! C’était une rencontre à l’occasion de la sortie du livre « Un Secret » ?
@ Fashion : Les éléments les plus importants ont été reportés à l’écran. Certains traits de caractère ont été allégés (par exemple Tania ne tombe pas tout de suite sous le charme de Maxime), et les temps du passé et présent sont plus imbriqués que dans le livre.
Mis à part ça, cette adaptation reste fidèle au livre.
Disons que l’auteur ne pouvait pas non plus inventer une histoire avec un secret moins attendu, sinon le côté autobiographique aurait été biaisé.
@ Bookomaton :
Le livre est, selon moi, plus bouleversant que le film.
Merci !
@ Nanne :
Cela dit, pour le boulot, je me refais toujours les deux à la suite, et ça ne me dérange pas du tout. 
Tu fais bien, oui.
Oh ! Du coup, si tu le lis et que tu ne l’aimes pas, je me sentirai fautive.
@ Aifelle :
Merci Aifelle ! Tu as une sacrée chance d’avoir une telle librairie à côté de chez toi !
Le film reste dans le même esprit que le livre, oui.
Très joli pseudo.
ps: dsl pr les fautes d’orthographes…
Apparemment le thème t’a bien plu.