Sur le quai de la gare de Francfort, Louis n’entend pas les bruits mécaniques et sourds qui l’entourent. Tout son être est tourné vers celle qu’il attend. Bientôt il la voit, et c’est le sourire aux lèvres qu’il la rejoint. Voilà neuf ans qu’il espérait voir ce jour arriver. Neuf ans qu’il avait fait la connaissance de cette femme.
Dès les premiers regards échangés, Louis avait su qu’il était tombé sous le charme de cette femme à l’allure parfaite. Mais ce sentiment rencontrait un opposant de taille : cette femme était mariée à son patron.
Toute liaison était alors impossible, mais la seule vue de cette femme pouvait rendre Louis heureux.
Ce fut une demande de son patron qui perturba singulièrement le cours des choses. Celui souhaitait ardemment envoyer Louis résoudre une mission délicate au Mexique. Le jeune homme, mû par une certaine ambition accepta sur-le-champ, avant de comprendre -mais un peu tard- que ce voyage l’éloignerait de sa douce.
Commence alors une longue séparation. Louis ne se doutait pas alors qu’elle durerait neuf ans.
En une centaine de pages, le lecteur se trouve propulsé au centre d’une chaste histoire d’amour bridée par les conventions du début du XXème siècle. Du premier regard échangé aux premières angoisses liées à la situation, les sentiments de Louis sont décrits avec une justesse qui fait penser aux romanciers du XIXème.
Comment ne pas y songer quand naît cet amour entre ce jeune homme sans le sou et cette femme riche et plus âgée ? Louis ne fait-il pas là son éducation sentimentale ? Aux effluves flaubertiennes de cette nouvelle s’ajoute l’ambition stendhalienne de Louis. Mais les comparaisons s’arrêtent là car il n’y a rien d’ironique chez Zweig et l’ambition ne fait aucun ravage. En outre, chez Zweig, l’Histoire (avec un grand H) est toujours omniprésente, et peut-être le réel message de l’œuvre est-il situé ailleurs que dans cette histoire d’amour …
Le thème du récit est donc de montrer quel est l’impact du temps sur l’amour, le tout sur fond de première guerre mondiale. Le sentiment amoureux ne s’étiole-t-il pas avec le temps ? N’est-ce pas une vaine chimère ? Mais aussi comment l’amour peut-il encore survivre alors qu’autour la guerre fait rage ?
Et c’est là que je tire mon chapeau (que je n’ai pas) à Zweig car il excelle dans la description psychologique du sentiment amoureux. Là où j’aurais pu être agacée par ce torrent d’amour, j’ai été séduite. Je crois que le charme tient en grande partie à l’écriture de Zweig. J’ai souvent relu les phrases pour leur belle cadence (A ce propos, je remercie Baptiste Touverey pour son excellent travail de traduction. Bien que l’édition possède la version originale en allemand, je n’ai pas pu la lire car la langue de Goethe est un labyrinthe impénétrable pour moi.)
Cette nouvelle inédite de Zweig vient d’être traduite en français, vous auriez tort de passer à côté de ce joli bijou finement ciselé. Dès ce billet terminé, je cours ouvrir mon recueil des Fêtes galantes de Verlaine.
Chez Grasset, 173p, 11 €
Fashion elle aussi aime Zweig et Verlaine, Lily aussi a été bercée par ce récit et Alwenn a été conquise (d’ailleurs elle aussi a trouvé qu’il y avait du Stendhal et du Flaubert dans cette nouvelle.)

Oui moi aussi !
@ fashion :
Quant à moi, il s’agit de « La Confusion des sentiments ».
@ Stephie :
Il se lit vite car les 174 pages contiennent la version allemande. Yapluka !
Mais pas encore vu ce dernier livre, soyons patients!
Je suis comme toi : même si j’adore un auteur, je n’arrive pas à enchaîner deux livres d’un même auteur. Il faut que mes yeux goûtent un autre style entre temps.
J’ai bien compris qu’il ne fallait plus que je passe à côté.
Tiens, j’apprends aussi par ton blog-it que le Québec faisait partie des DOM-TOM ! Ah bon ?!
Il y a même un message subliminal quand tu lis mon billet.
On peut y lire:
« Clarabel, lis ce livre, Clarabel, lis ce livre. »
Je suis à peut près sûre que l’histoire et le style te plairont.
Tout comme toi, j’ai davantage pensé à Julien Sorel qu’à Frédéric Moreau.
C’est exactement ce que je pense de lui.
@ Saxaoul :
C’est une belle occasion, oui.
@ Brize :
Voilà !
Cette nouvelle convainc pas mal de monde.
Comme tu ne me l’as pas demandé, je le dis quand même mais parmi mes nouvelles préférées chez Zweig, se trouve en très bonne place « Lettre d’une inconnue », quelle magistrale leçon d’amour !
Je te souhaite d’avoir du temps pour tes envies de lecture.
Mais en parallèle je lisais le coeur cousu et dalva..et ma foi, zweig n’a pas fait le poids ! je relirai plus tard je pense.
Ou alors si tu maîtrises bien l’allemand, tu peux redécouvrir ce récit dans sa langue originale.
@ Sous les mots :
Roouh « Le Coeur cousu » et « Le voyage dans le passé » ont des écritures bien différentes, peut-être est-ce pour ça que tu n’as pas adhéré à l’histoire. Cela dit, certains lecteurs peuvent aussi ne pas aimer cette histoire d’amour.
@ Nanne :
Je connais pas encore assez Zweig … Chouette, de belles lectures en perspective.
@ Karine
Oui, oui ce second message du roman n’est vraiment pas à ignorer, surtout de la part de Zweig.
(Screugneugneu)
Connaissant un peu ton univers grâce à ton blog, je pense que tu aimeras cette histoire.
Merci !