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Publié le 14 juillet 2009, par dans Chez 10/18.

Mon père avait une tête à arrêter les pendules. Je ne veux pas dire par là qu’il était laid ; c’était l’expression employée par les ChronoGardes pour décrire quelqu’un qui avait le pouvoir de ralentir le débit du temps.
Ces premières phrases complètement déjantées sont à l’image de ce roman.
Par où commencer ? J’ai bien peur de m’emmêler la pelote avec ce récit …

Tout d’abord, nous ne sommes pas dans un millénaire différent du nôtre, c’est juste que la réalité n’est pas la même que la nôtre. Mais quelle réalité !
Thursday, notre héroïne au nom étrange, est un détective à la Brigade Littéraire du Service des Opérations Spéciales, un agent échelon I à OS-27, depuis qu’elle est revenue de la guerre de Crimée qui fait rage depuis plus d’un siècle. Elle partage son appartement avec un dodo régénéré qui porte le nom de Pickwick. De temps en temps, son père vient lui rendre visite et lui pose des questions farfelues du genre « Churchill a-t-il existé ? ». Il faut dire qu’il voyage dans le temps, avec toutes les complications que ça implique. Demandez à Marty Mac Fly à l’occasion.  Le reste de sa famille semble assez commun si on met de côté son oncle, un peu Géo-Trouve-Tout dans l’âme.
La vie de Thursday est assez calme car la vie d’un agent de rang 27 n’a rien de prestigieux.  Elle mène son petit bout de chemin, mais le vol du manuscrit original de Chuzzlewit de Dickens va bouleverser cette petite vie …

Dès les premières pages du roman, j’ai su que cette histoire allait me plaire. L’univers dans lequel évoluent les personnages pourrait être le nôtre, hormis les loups-garous, les clonages et deux ou trois autres broutilles comme les distorsions temporelles, et pour toutes ces raisons il m’a fait penser à l’univers de Vian dans L’écume des jours. Aussi, je ne peux que m’incliner devant l’imagination de l’auteur.
C’est aussi un récit qui se frotte avec délectation à plusieurs genres : enquête policière, science-fiction avec une pointe de merveilleux, sans oublier l’humour présent dans certains jeux de mots ou situations. Le tout s’imbrique sans que les différents genres se piétinent entre eux ! Du grand art ! Ajoutons à cela une épigraphe qui donne le la du chapitre tout en étant à elle seule un autre récit, puisque celle-ci est toujours extraite d’un écrit postérieur au roman. Une petite digression qui pourrait s’apparenter à un méta-récit qui permet d’en savoir plus sur les personnages sans que cela influe sur le récit principal.
Quant à la trame narrative, elle est sans temps mort, ce qui permet d’avaler les 400 pages sans s’en rendre compte. Thursday a tout de la trentenaire active et moderne et ce personnage féminin ajoute une certaine fraîcheur qui ne m’ a pas déplu.
Au détour de certaines pages, l’imagination de l’auteur étonne : il faut être complètement insensé pour inventer un portail de la prose ou encore des vers correcteurs (savourez le jeu de mots) ! Et que dire de cet extrait où Thursday vient de raconter qu’elle a pu faire une excursion dans Jane Eyre et surtout de faire la connaissance de Rochester alors qu’elle n’avait pas encore douze ans ?
Depuis, j’avais eu d’autres occasions de visiter le musée, mais la magie n’opérait plus. Mon esprit s’était fermé beaucoup trop quand j’ai eu douze ans – j’étais déjà une petite femme. J’en parlais juste à mon oncle qui hocha gravement la tête et me crut sans restriction. Je ne le dis à personne d’autre.
Peut-être allez-vous me demander pourquoi « Jane Eyre » ? Eh bien, ne vous attendez pas à trouver ce nom dès le premier chapitre puisque cette affaire n’apparaît qu’à la 300ème page ! Mais entre temps, votre esprit aura eu le temps de se frotter à d’autres œuvres littéraires. Oui, j’ai oublié de vous dire qu’on parlait pas mal littérature dans ce livre … 
De nombreuses trouvailles jalonnent donc ce roman, et d’après moi il est difficile de rendre compte dans un billet de la richesse de cette narration.
Je compte lire les autres tomes, forcément ! Me voici une mordue de Jasper Fforde !

Ed. 10/18, 410 pages, 9€

Quant à la blogobulle, est-elle mordue, elle aussi ? Fashion écrit que c’est un roman riche et bourré de références littéraires, pour Alfie ce fut un bon moment de détente, Karine :) veut adopter un dodo (oui, mais quelle version ?), en revanche Lou a été déçue.
Je remercie Stéphie qui m’avait prêté son exemplaire il y a pfiuuu pas mal de temps. D’ailleurs je lui avais rendu, honteuse de garder un de ses livres en rétention.  Un énooorme merci pour cette découverte !