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Publié le 17 juillet 2009, par dans Chez Nil.

Soulfood était un temple, parce que c’était le lieu de la ville où on préparait le mieux -divinement- ce repas pour démunis, qui est le joyau secret de notre gastronomie. Celui qui n’est pas à la carte d’aucun restaurant, mais dont tous les Camerounais se délectent dès qu’ils en ont l’occasion (…) ce soulfood des berges du Wouri portait bien son nom (…) les mouvements des peuples, la migration des aliments.

Quand on a quitté son pays natal, une façon express d’y retourner est de plonger dans les saveurs qui ont bercé notre enfance. Pour Léonora Miano, le point de départ est une pierre à écraser. Tenue dans le creux de la main, elle épouse parfaitement les formes de la paume. Aussitôt, j’entends le clapotis de l’eau sur les rochers. Le chant des pêcheurs qui rapportent une moisson de soles à braiser pour les fines cuisinières de la côte.
Tout est là, dans une pierre rapportée du pays. Elle ouvre la porte des sens : l’ouïe avec cette eau nourricière, l’odeur de la friture des misole, le toucher avec le suc baveux du gombo, et la vue de ces rivages que Léonora Miano a quittés.
Une simple pierre est c’est un océan de saveurs qui s’ouvre devant elle et devant nous par la même occasion.
Ce livre est donc l’occasion pour l’auteur de nous faire partager la cuisine du Cameroun, mais aussi de nous raconter quelques anecdotes rattachées à cette cuisine. Du bar Soulfood où elle aimait se rendre, au pain chargé (sandwich) Jazz traître si on ne possède pas une certaine dextérité, en passant par un dilemme amoureux qui sera résolu grâce à l’élaboration d’un plat : la cuisine camerounaise est vue sous tous les angles.
En lisant ce recueil, je n’ai pu m’empêcher d’imaginer les rives du Wouri, de goûter à des saveurs finement pimentées et  de voir les rues animées et poussiéreuses.
Ce livre ouvre les sens, c’est une véritable invitation à partager les souvenirs de l’auteur.
Le petit plus est d’avoir aussi inséré des remarques sur l’étymologie ou encore la formation des mots en pidgin-english. Par exemple je sais maintenant comment s’est formé le mot « Cameroun ».
Ajoutez à tout cela une pincée de la verve de l’auteur et vous aurez cette Soulfood Equatoriale.
Dans ses autres romans, Léonora Miano était une messagère beaucoup plus sombre et moins enjouée : même si ici la narratrice est encore tournée vers le passé, si l’écriture est toujours remplie d’un beau souffle poétique, les souvenirs ne sont pas de la même veine et l’auteur semble prendre ici un nouveau virage. Jamais par exemple je n’aurais pensé qu’elle était aussi malicieuse : son écriture est remplie d’humour, autre qualité qui vient s’ajouter à toutes les autres.

Ed. Nil, 101 pages, 12 €

Bookomaton dit que c’est sensuel, tendre et gourmand, pour Cuné ce sont 101 pages craquantes à dévorer sans modération, pour Cathulu ce recueil est un joli mélange de légendes et de modernité.