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Lorsque Steven Hall se réveille dans sa chambre, c’est le néant. Qui est-il ? Quelle est cette chambre ? L’angoisse monte, sa respiration s’accélère ! Vite, trouver un point d’appui pour ne pas sombrer ! Ses yeux tombent alors sur une enveloppe « Ceci s’adresse à toi ! Ouvre-là ! « . Puis, une lettre dans laquelle sont notées quelques indications : « Prends le téléphone et appuie sur 1″. Il s’agit du numéro d’un docteur. Cette femme lui dira qu’il souffre d’amnésie, depuis trois ans. Malheureusement il se peut qu’il se réveille en ayant oublié qui il est.
Voici trois ans, il a perdu sa petite amie Clio, lors d’un accident en mer. Le docteur lui apprend alors qu’elle voudrait éviter que notre homme ouvre les lettres qu’il recevra. Des lettres signées d’un  nom étrange :  « le premier Eric Sanderson ».
Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’il est le second Eric Sanderson ? Et pourquoi le premier lui enverrait-il des lettres ? Cela signifiait-il que le premier Eric est mort ? Et pourquoi le médecin a l’air de vouloir qu’Eric se tienne à l’écart du contenu des enveloppes ?
Il se met alors à recevoir des lettres, qu’il n’ouvre pas. Hormis l’enveloppe d’urgence qui lui conseille fortement d’apprendre des phrases, comme un mantra à réciter en cas d’urgence.
Le temps s’écoule, les lettres s’amoncèlent … jusqu’à ce qu’arrive le colis de l’ampoule électrique.
Dans ce colis, une vidéo uniquement faite d’images d’une ampoule qui clignote (sur ce coup-là,  même les films danois  possèdent plus de  suspens !)  et un cahier intitulé Le Fragment de l’ampoule électrique.
La nuit suivante, un évènement inattendu et peu vraisemblable plongera Eric dans un univers qu’il n’aurait jamais osé imaginer …

Le début m’a fait penser à du Paul Auster, et comme l’écriture ménageait un certain suspens, je me suis dit que j’allais  plonger avec délectation dans les méandres de cette intrigue.
Et puis des termes plus ou moins très obscurs pour la littéraire que je suis sont apparus : boucle conceptuelle non divergente, article à résonance sonore, incarnation physique d’un flux de communication. Là, j’ai commencé à froncer mes sourcils, mais il en fallait plus pour me faire lâcher la barre !
Alors j’ai poursuivi ma lecture, tombant de Charybde en Scylla, un peu comme le narrateur d’ailleurs. De temps en temps, une branche à laquelle me raccrocher apparaissait, me donnant envie de finir ce livre.

Si je laisse de côté le domaine scientifique auquel je n’ai pas compris grand chose, j’ai bien aimé le thème principal de ce livre : avouez qu’échapper à un requin mangeur de souvenirs est original !  Un requin dont la nourriture principale est notre matière grise. Cette réflexion sur le pouvoir de nos souvenirs et des images m’a vraiment intéressée, de même que l’univers fantastique qui impose au lecteur un questionnement sans cesse renouvelé : est-ce possible ?
Malheureusement, le récit regorge de longueurs qui m’ont vraiment fait piquer du nez, et certains passages sont pour moi  inutiles pour le déroulement de l’intrigue.
Sur d’autres sites , j’ai vu qu’ils mettaient en avant la formidable composition de ce livre : 36 chapitres d’une narration principale et 36 chapitres de non-chapitres. En somme, des chapitres qui ne font pas avancer l’intrigue. Certes, cette composition dénote un certain intérêt de la part de l’auteur pour la forme, mais selon moi il aurait fallu que ces « non-chapitres » aient un écho à la fin du roman. Ce qui n’est pas le cas ici : les deux parties se réfléchissent sans jamais se rejoindre.
Il en va de même pour la référence au mythe d’Orphée et Eurydice. Référence qui m’avait bien plu. Ici, même si le narrateur cherche à sauver une femme de sa mort, il en va surtout de sa survie à lui. Orphée me semble bien loin.
Voici donc un roman foisonnant, qui pour moi part trop dans tous les sens. Un roman où l’auteur a voulu établir trop de liens intertextuels ou  de réflexions dans son premier roman. Je me tiendrai tout de même au courant de ses prochaines publications, histoire de voir dans quel univers il poursuit son œuvre.
Finalement je crois que c’est un roman qu’on adore ou qu’on abhorre.

Ed. Robert Laffont, 438 pages, 21 €

Merci Restling pour ce livre-voyageur !
Il est déjà passé chez Stéphie, qui n’a pas aimé et ne l’a pas terminé, tout comme Yohan.
Neph l’a lu elle aussi et a aimé plonger dans cette histoire déroutante, Melmelie trouve comme moi que c’est un roman patchwork, Liliba en a fait un coup de cœur.
Des avis divergents donc !
Voici ce que le Magazine littéraire en dit : Sous prétexte d’épater le lecteur, les procédés narratifs (mélange de
narration classique, codes, calligrammes en forme de requin, pages
blanches…) sonnent faux. Reste aux lecteurs les grosses ficelles
narratives qui ne convainquent pas.   

NB : Le titre est un vers de Baudelaire, extrait du poème « Le Mort joyeux » dans Les Fleurs du Mal :

Dans une terre grasse et pleine d’escargots

Je veux creuser moi-même une fosse profonde,

Où je puisse à loisir étaler mes vieux os

Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux ;

Plutôt que d’implorer une larme du monde,

Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux

A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

- O vers ! Noirs compagnons sans oreille et sans yeux,

Voyez venir à vous un mort libre et joyeux ;

Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,

Et dites-moi s’il est encor quelque torture

Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts ?