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C’est un train qui ouvre ce roman. Il traverse le sud-est de l’Angleterre baignée de brume. A son bord, des hommes en uniforme.
Nous sommes en 1920, et ce train emporte avec lui la dépouille du soldat inconnu. Dans chaque gare traversée, c’est le même scénario. Des femmes forment une farandole muette sur le quai des gares. Spectres bien vivants, elles sont là pour rendre un dernier hommage à un homme qu’elles ont peut-être connu.
Lorsque le train arrive enfin à Westminster, un long murmure lancinant se fait entendre : « Il arrive … il arrive ».
Une femme se tient à côté de la foule venue accueillir ce cercueil. Une femme silencieuse et gantée. D’elle le lecteur ne sait rien encore, si ce n’est qu’elle cherche à éviter un homme qu’elle vient tout juste d’apercevoir.

Pour savoir qui sont ces deux personnages, et pourquoi cette femme veut éviter cet homme, le narrateur remonte alors le temps.
Nous sommes quatre mois plus tôt, dans un lapidarium. Alex Dyer vient d’arriver dans cette région et il fait la rencontre d’un jardinier, Lombardi, qui l’aidera peut-être à exhumer ce passé qui le ronge petit à petit.

Ce roman est avant tout l’histoire d’une amitié. Une belle amitié qui sera entachée par la jalousie. A cause d’une femme. Des questionnements viendront, des incertitudes, un amour inconditionnel, mais aussi de l’égoïsme. Le tout sur fond de bombardements de la première guerre mondiale.
En 1920, quand Alex raconte son histoire, les Flandres ne sont plus qu’une vaste nécropole (…) où il y a des gouffres noircis, une épouvantable odeur d’ammoniaque qui fermente près de la surface du sol craquelé, c’est au milieu des morts qu’il parviendra peut-être à être autre chose qu’un survivant desséché à l’intérieur. Peut-être le jardinier arrivera-t-il à soigner cet homme dont le souffle est aride ?
Alex est en effet un homme pour qui le passé a plus de matière que le présent. C’est un homme hanté par ce passé, il y est englué et n’arrive plus à enlever toute cette noirceur de son âme.
Après avoir fait le point sur Alex, le narrateur chemine vers Clare, infirmière dans l’atelier des gueules cassées. C’est une femme secrète, mais le lecteur devine chez elle une grande humanité.

Au fil des pages, le lecteur comprendra ce qui relie ces deux personnages.

C’est un récit qui laisse la part belle aux sentiments, un récit qui n’est jamais effrayant, malgré certaines descriptions très réalistes des tranchées.
Avec ce premier roman, Carol Ann Lee signe un récit rempli de sentiments contradictoires fort bien décrits (Eros et Thanatos de nouveau réunis). Le ton est juste et jamais mélodramatique. C’est aussi un roman qui rend la tension de la première guerre mondiale palpable grâce à un travail de recherches bien mené. Une réussite !

Collection  Quai Voltaire pour les éditions La Table ronde, 22€50, 395 pages

Challenge 1 % littéraire 5 /7

Ce livre a été lu dans le cadre des (cliquez sur le logo pour accéder au site.)

Pour terminer, voici ce qu’en dit un journaliste du « Monde » : On ne se détache pas de ce brillant récit qui, d’éviter les banalités
mélodramatiques, résonne de vérité. Une romancière de la subtilité des
âmes.   
Ce roman fait aussi partie de la première sélection pour le prix Fémina 2009.