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Loïs vient de perdre ses parents, et elle avait juré sur le lit de mort de sa mère qu’elle irait retrouver son oncle en Nouvelle-Angleterre. Au moment où commence la narration, elle vient d’arriver sur cette terre qui lui semble au premier regard bien hostile : elle était lasse, frissonnait, car la température demeurait rude pour un mois de mai.
C’est donc une jeune fille meurtrie par la mort de ses parents qui descend du bateau. Elle ravale tant bien que mal ses larmes, et compte bien trouver assez rapidement la maison de son oncle.
Malheureusement, son oncle est alité, et sa femme ne semble guère porter Loïs dans son cœur. Malgré tout, la jeune fille se rapproche de l’une de ses cousines : Faith.
La nouvelle vie de Loïs s’organise : elle change du tout au tout. Elle regrette d’ailleurs souvent la tranquillité de l’Angleterre. Ici, les hommes ont peur de s’aventurer dans la forêt, domaine des Indiens qu’ils ont colonisés et asservis ; aussi abattent-ils en masse les arbres afin d’être rassurés.
- Ma fille, dit le vieux marin, te voilà arrivée dans un pays où les périls ne manquent ni sur terre ni sur mer. Les Indiens haïssent les hommes blancs. (…) Il est vrai cependant qu’il est dangereux de s’éloigner dans les bois, de crainte de tomber sur un repaire de ces sauvages barbouillés de peinture ou de construire une habitation loin de toute agglomération ; de même il faut avoir le cœur intrépide pour se rendre d’un village à l’autre.

Nous sommes à la fin du XVIIème siècle, donc loin du monde très bisounoursesque de Docteur Quinn ! Ajoutons à cela une forte dose de puritanisme, et nous avons le  climat de suspicion dans lequel Loïs évolue. Climat qui engendra de nombreuses accusations.
Par l’intermédiaire d’un narrateur assez présent dans cette histoire, Elisabeth Gaskell instille  des remarques vraiment  modernes pour une femme de son époque (le roman a été écrit dans la seconde moitié du XIXème siècle), et si le style de ce récit n’était pas joliment désuet, on pourrait penser que c’est un roman assez récent.
La peinture du personnage de Loïs est assez troublante car cette jeune fille reste d’un calme olympien malgré les nombreuses invectives dont elle est victime. Elle pourrait presque être comparée à une sainte tant son âme ne recèle aucune animosité envers ses bourreaux.
En revanche, ce village de Nouvelle-Angleterre est tout simplement abject et le récit montre à quel point l’homme peut accomplir des atrocités quand il est mené par une hystérie évidente. Cela dit, la narration ne tombe pas dans les descriptions morbides : seuls les faits sont racontés. Mais comme le décor un peu gothique a été planté dès les début de l’histoire, le lecteur ne pourra que s’imaginer une ville brumeuse plongée dans des délires paranoïaques.

Je suis bien contente d’avoir lu ce livre qui ne semble plus édité. De Gaskell, je ne connaissais que le téléfilm « Nord & Sud » que j’avais adoré quand j’étais adolescente. Je ne peux pas dire que ce soit un coup de cœur, car les personnages me semblent trop ancrés dans une certaine caricature ou du moins une simplification de leurs traits de caractère (cela vient sans doute du format court de ce récit), mais en même temps Salem a bien été une ville plongée dans des sentiments extrêmes durant cette période-là.

  Ed. José Corti (dont j’adore les pages à découper), 210 pages, 15 €

Ce livre fait partie de , et il s’agit du maillon d’Isil. Merci pour cette découverte !
Voici son billet, Yoshi, Keisha et Armande ont aimé aussi, Levraoueg s’est un peu ennuyée lors des discussions religieuses. C’est donc presque un parcours sans faute pour ce court roman !