Commentaires sur Le Palais des mirages d’Hervé Jubert

Paris, 1900.
Exposition universelle.
Clara, une jeune fille un peu espiègle, joue le rôle d’une fée dans le Palais des Mirages tenu par son père. Le public aime regarder voltiger cette fille de l’air. Un soir, pourtant, le filin qui lui permet d’accéder au firmament du Palais se brise. Mais cette rupture n’a rien d’accidentel : la main de l’homme est passée par là.
Heureusement qu’un suédois prénommé Lukas eut le réflexe d’intervenir et de récupérer Clara avant qu’elle touche le sol.
Mais qui voudrait attenter à la vie de cette jeune fille, et surtout pour quelle raison ?

Le début de ce roman jeunesse s’apparente donc à un policier.
Un groupuscule d’anarchistes russes tenterait de saboter l’exposition universelle en fomentant des attentats.
Ainsi dans un cadre réaliste se greffe une enquête que compte bien mener Clara. Ses investigations permettent au lecteur de se balader à l’intérieur de l’exposition universelle (d’ailleurs, une carte de cette manifestation se trouve au début du livre permettant de mieux situer où se déroulent les évènements.)

Les descriptions des différentes attractions pullulent dans ce roman, tentant de donner au lecteur une vision fidèle de cet évènement. Une attention plus particulière est donnée à l’électricité. C’est un véritable hymne à la fée électrique qui prend place dans cette intrigue !
Cette exposition permet d’inaugurer de merveilleuses inventions comme la première ligne du Métro, par exemple. L’exposition a donc un petit air des contes des Mille et une nuits :
Ils s’arrêtèrent pour contempler les omnibus qui se croisaient sur le fleuve couleur émeraude. L’un d’eux débarqua ses passagers au pied du Vieux Paris qui flottait sur l’eau à la façon d’un mirage.
Ils atteignirent le bout du pont. Sur leur gauche s’ouvrait la rue des Nations avec sa double rangée de palais de tous les pays. Sur leur droite, le pavillon des armées de terre et de mer épousait la courbe de la Seine jusqu’à la Tour Eiffel. En face, se déployait un tronçon du principal moyen de locomotion inventé par les ingénieurs de l’Exposition, le trottoir mobile qui reliait les Invalides au Champ-de-Mars via une boucle sans fin. Le trottoir était doublé par le chemin de fer électrique qui suivait le même parcours dans l’autre sens.
Dames et messieurs passaient debout à la hauteur des premiers étages, à petite ou moyenne vitesse. Un train fila sous ces voyageurs droits comme des djinns sur leurs tapis volants.

Les déambulations de Clara sont donc un bon moyen de nous faire entrevoir la richesse des inventions exposées cette année-là à Paris. L’auteur a pris le temps de se documenter et c’est le véritable Paris de 1900 qui se déploie sous nos yeux.

Mais ce n’est pas tout : en enquêtant sur l’homme qui a voulu la tuer, Clara fait une bien étrange rencontre en pleine nuit. Après avoir été pourchassée et attaquée par un homme peu ragoûtant (chauve avec des dents carrées et écartées, pas vraiment l’Apollon recherché), quelque chose met cet homme en fuite. Quelque chose qui dégage une odeur chaude et métallique.
Un animal ? Une bête inventée pour cette attraction ?
Mais cette chose possède de tels yeux que Clara est bien en droit de se demander si cette chose est réelle ou surnaturelle.
C’est alors que le policier prend des teintes fantastiques elles-mêmes nimbées de mythologie nordique. Le dieu Loki sera largement évoqué dans cette histoire.
Ainsi après les descriptions réalistes, quoique déjà merveilleuses, de l’Exposition universelle, et l »intrigue policière, le roman plongera doucement vers le fantastique auréolé de mythologie antique. Ce sera au lecteur de découvrir comment s’entremêlent ces différentes tonalités, mais sachez tout de même qu’il est question de Ragnarök …

En ouvrant ce livre, je ne m’attendais pas du tout à une histoire traitant de la mythologie nordique. Cette dernière ne me déplaît pas, puisque j’ai un chat qui porte le nom d’un dieu nordique (rien que ça, oui), mais elle me semble ici insérée dans cette histoire comme un cheveu sur la soupe.
Déjà que l’exposition universelle renferme en elle-même son lot de merveilles, l’adjonction de cette mythologie m’a plus embrouillée qu’autre chose. N’y avait-il pas assez de matière avec cette Exposition universelle ?
Surtout qu’au départ le récit part plutôt sur une piste politique avant de bifurquer sur les sectes et la mythologie pour finir dans le merveilleux. (D’ailleurs, le lecteur trouvera une explication à certains évènements du XXème siècle dans cette histoire.)
Dans ce labyrinthe de l’Exposition, je me suis du coup perdue, n’arrivant pas à me plonger totalement dans cette histoire. Je suis alors restée extérieure à cette histoire, n’arrivant même pas à trouver Clara pétillante, alors qu’elle l’est. Quant à ce qui arrive à Lukas à la fin de l’histoire, je suis étonnée qu’il ait fait partie des personnages principaux ! Une fin inaboutie selon moi.
Ajoutons à cela des rêves qui viennent s’intercaler dans cette réalité déjà bien changeante : l’overdose n’était pas loin.
Cela dit, je ne peux que m’incliner devant cette pléiade de tons et de situations. La langue est à l’image de toutes les attractions de cette Exposition : foisonnante et miroitante. Et c’est un réel délice de plonger dans ce Paris  de 1900 grâce aux nombreuses descriptions. Mais ces dernières empêchent aussi de faire décoller le récit. Du coup, je n’avais pas forcément  une folle envie de découvrir la fin de ce roman.
Une déception pour moi qui attendait tant de ce roman. J’ai comme l’impression qu’à force de trop vouloir jouer sur le jeu des miroirs et sur la mise en abyme (comment appeler autrement cette surabondance de thèmes imbriqués les uns dans les autres ?), ce récit a perdu de sa force. En somme, voici un roman qui a emprunté les volutes de l’Art Nouveau, mais les arabesques auraient pu être moins nombreuses.
Et comme c’est un roman jeunesse, je ne suis pas certaine qu’il touche son lectorat.

Chez Wiz pour Albin Michel, 359 pages.

C’est une lecture commune avec Stéphie ! Mon petit doigt me dit que son avis n’est pas non plus très enthousiaste. Mais qui sait, peut-être aura-t-elle aimé la dernière partie de ce livre ? En tout cas, je vous invite à aller lire son billet.

Ici, vous avez un joli site qui mêle extraits du livre et photos de l’Exposition. Et sur Le Mog, vous pourrez aussi voir de belles photos de cette exposition.

Je suis comme le vilain petit canard, car les billets sur ce livre sont généralement très élogieux : Emmyne emploie des mots tels que « extraordinaire », « perfection », Alwenn écrit que c’est une histoire corsée, intelligente, au rythme soutenu, et le tout livré dans une écriture fluide mais fine et enlevée.
Brize a aimé que l’auteur sorte des sentiers battus, surtout pour la fin. Faelys aussi a été conquise.
Mais je suis tout de même contente de lire que Lael a trouvé aussi quelques bémols : l’intrigue est tellement ambitieuse, fourmillant de pièces que je n’ai pas su finalement restitué le puzzle.

25 comments

  1. Brize says:

    L’irruption de la mythologie nordique m’avait moi aussi peu convaincue mais ce roman m’a quand même bien plu et je garde un souvenir émerveillé de l’Exposition Universelle, telle qu’elle y est dépeinte. Et puis, j’avais beaucoup aimé le personnage de Clara.
    En revanche, ma fille cadette (14 ans), pourtant bonne lectrice, n’a pas accroché et a abandonné au bout de 100 pages (je ne m’en souvenais plus et je viens de l’interviewer pour toi) : partie dans un roman policier historique elle a, en gros, trouvé que le fantastique n’avait rien à faire là-dedans (ce qui m’étonne d’autant plus que elle, contrairement à moi, lit facilement du fantastique ou de la fantasy). Mais ce n’est, bien sûr, qu’une réaction isolée.

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  2. SBM says:

    Quel dommage qu’Hervé Jubert ne fasse recette avec aucune de vous deux, j’aime tellement cet auteur. Mais il en a écrit plein d’autres, j’espère que tu retenteras l’expérience.

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  3. Stephie says:

    Ah, montons un club avec la fille de Brize. Leil, c’est bon signe, on n’a pas aimé car on est encore très jeune dans l’âme, comme la fille de Brize !!

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  4. Leiloona says:

    @ Brize :
    Ah merci d’avoir posé la question à ta fille ! Intéressant, en effet !
    Quant à moi, je ne conseillerai pas ce livre aux collégiennes … même aux bonnes lectrices.
    Cela dit, la couverture fait tout de même son effet, puisqu’hier ma petite nièce de 11 ans a regardé le livre.
    Bon, cela dit, il ne s’agissait que de l’attrait pour la couverture.

    @ SBM :
    Oh mais si je recommencerai à lire du Jubert : j’en entends parler en bien, je ne peux que lui laisser un seconde chance ! )

    @ Hambre :
    Peut-être seras-tu charmée comme la majorité ?

    @ Stéphie :
    Mouarf ! On va dire ça, oui !

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  5. L'or des chambre says:

    Bon puisque c’est une déception je passe sans regret (tant mieux pour ma P.A.L.). En effet la mythologie nordique aurait pu me tenter aussi. Je déteste comme toi rester extérieure à l’histoire.

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  6. anne says:

    Ca me fait plaisir, j’avais moyennement accroché aussi (trop le foutoir, là dedans, trop de références, des personnages auxquels on n’a pas le temps de s’attacher, …), alors qu’Alwenn était super fan. Mais je me suis rattrapée depuis avec la Trilogie Morgenstern, beaucoup mieux et totalement déjantée !

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  7. faelys says:

    je crois que mon amour de l’art nouveau m’avait condamnée d’avance à adorer cette intrigue. et comme je reviens à peine du Grand Palais et de sa fête foraine je ne suis pas prête de décrocher…

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  8. emmyne says:

    Je comprends tes bémols même si j’ai beaucouo apprécié cette lecture, son originalité. ( je me permets juste de te signaler que le mot extraordinaire qualifiait l’atmosphère de l’Exposition Universelle pas le roman. Et que cette atmosphère particulière était rendue à la perfection en référence aux descriptions des inventions et des pavillons, comme tu le soulignes au début de ton billet )

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  9. Lounima says:

    Excellentes fêtes de fin d’année Leiloona !!! Reposes-toi bien même si tes hormones doivent bien te booster en ce moment !!!
    Je te souhaites une montagne de livres sous le sapin.

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  10. Eloah says:

    Je me rends compte que je passe tous les jours ici mais que je commente moins … je ne voudrais pas que tu penses que je t’oublie alors je te laisse des bisous pour me faire pardonner !

    Dommage que ce récit semble si compliqué (et surtout inutilement compliqué) car il me faisait plutôt envie.

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  11. Leiloona says:

    @ L’or des Chambres :
    Arff oui, c’est vraiment rageant de rester en dehors de l’histoire … malgré toute l’envie de vouloir plonger dedans.

    @ Anne :
    Alors nous avons eu exactement le même ressenti !
    Je note la trilogie !

    @ Faelys :
    Le pire, c’est que j’adore l’art nouveau ! )

    @ Maribel :
    Il y en a tant à lire.

    @ Manu :
    Mais la majorité a aimé ! Peut-être ne sommes-nous que des vilains canards, Stéphie et moi ?

    @ Emmyne :
    Oui, oui, je le sais bien. Tu veux que je modifie mon message pour qu’il soit plus précis ?

    @ Lounima :
    Excellentes fêtes de fin d’année à toi aussi !
    Mes hormones ? Noooooon, penses-tu !

    @ Eloah :
    Ce n’est pas grave du tout : parfois nous avons moins de temps pour nous.
    Passe de bonnes fêtes, Miss !

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  12. lael says:

    ah merci Leiloona!! nous sommes bien d’accords sur ce point!! ouf! parfois je fais figure de mauvais canard quand j’ai du mal avec un roman alors que tout le monde l’a aimé!!!!

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  13. Loula says:

    Comme je disais chez Stéphie, moi non plus je n’ai pas du tout accroché avec ce livre alors que j’ai lu 3 autres romans du même auteur que j’avais bien aimé… Comme quoi!

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  14. Géraldine says:

    Je note, pour ma filleule, qui est très friande de ce genre de livre; cela m’évitera une certaine perplexité lors de son prochain anniversaire.

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  15. Karine:) says:

    Commme je le disais chez Stephie, je l’ai dans ma pile. Mais je vais diminuer mes attentes, vu vos avis plus mitigés… on verra bien!

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  16. LeMog says:

    Bonjour à toutes et tous…

    je découvre ici que les commentaires concernant ce livre d’Hervé Jubert sont très contrastés.

    Je ne m’étais pas posé la question avant, puisque je l’avais dévoré goulument, je m’en étais même délecté.

    Mais je dois avouer que je n’étais pas complètement impartial du fait de ma passion pour l’Exposition de 1900, et ma connaissance quasi parfaite des lieux décrits dans l’ouvrage (possédant les mêmes ouvrages anciens ayant servi de référence à Hervé).

    J’ai eu l’impression de me promener et de suivre l’intrigue avec une vision quasi photographique de chaque scène, et cela m’a procurer un plaisir à peine imaginable… plaisir que j’avais rarement ressenti en lisant un livre.

    Maintenant, suite à lectures de vos commentaires, je prends un peu plus de recul. Effectivement, la cible n’est peut-être plus totalement l’ado, mais quelqu’un qui aurait déjà une connaissance de l’époque, et un minimum des lieux, ou de l’exposition de 1900.

    Pour celles que ça intéresse, vous pouvez allez faire un tour sur cette page de mon site,

    http://www.lemog.fr/lemog_expo_v2/index.php?cat=8

    où se trouvent quelques centaines de photos de l’Exposition 1900, où vous pourrez reconnaître des lieux décrits dans le livre, pour celles qui l’ont lu, et pour les autres, découvrir cette exposition comme une entrée en matière à la lecture du livre d’Hervé Jubert.

    Vous souhaitant d’excellentes fêtes de fin d’année et un joyeux passage en 2010.

    Laurent

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  17. Leiloona says:

    Oh merci pour ce commentaire !
    Je vais d’ailleurs ajouter votre lien dans mon billet car les photos sont excellentes !
    J’aurais aimé moi aussi connaître davantage cette exposition pour pouvoir me délecter de ce récit.

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