Non, non, ce n’est pas mon autobiographie !
Sous ce titre accrocheur se cache une hsitoire drôle comme tout : celle d’Antoine, diplômé d’araméen, de biologie et de cinéma sur Sam Peckinpah et Frank Capra. Rien que du très pointu ! Malheureusement Antoine n’est pas heureux. Et il croit dur comme fer que ce sentiment lui vient de sa trop grande intelligence : « je pense donc je suis malheureux » pourrait-il dire.
Il avait toujours semblé à Antoine avoir l’âge des chiens. Quand il avait sept ans, il se sentait usé comme un homme de quarante-neuf ans ; à onze, il avait les désillusions d’un vieillard de soixante-dix-sept ans.
Aujourd’hui, à vingt-cinq ans, espérant une vie un peu douce, Antoine prit la résolution de couvrir son cerveau du suaire de la stupidité. Il n’avait que trop souvent constaté que l’intelligence est le mot qui désigne des sottises bien construites et joliment prononcées, qu’elle est si dévoyée que l’on a souvent plus avantage à être bête qu’intellectuel assermenté. L’intelligence rend malheureux, solitaire, pauvre, quand le déguisement de l’intelligence offre une immortalité de papier journal et l’admiration de ceux qui croient en ce qu’ils lisent.
Alors pour éloigner ce « Cogito, ergo sum tristis », voici qu’il tente plusieurs expériences. La première : devenir un véritable alcoolique. Mais devenir alcoolique est bien plus dur qu’il ne l’aurait imaginé. Aussi, après avoir pris un cours sur « comment devenir un alcoolique pur et dur et pas un buveur du dimanche ? « , il prend son premier verre et … commence un coma éthylique.
Raté.
Il se tourne alors vers un acte bien plus imparable : le suicide. Mais là encore, est-ce vraiment ce qu’Antoine recherche ?
Il ne lui reste alors plus qu’une solution : devenir stupide. Et rien de tel que l’heurozac pour atteindre cet état.
Au début, j’ai trouvé un petit air de ressemblance entre ce récit et Le Magasin des suicides. Même humour cynique et même écriture moderne. Mais là où le roman de Jean Teulé tourne rapidement en rond, celui de Martin Page se renouvelle sans cesse et c’est sans ennui que le lecteur tourne les pages.
Cela dit, derrière ces pages humoristiques se cache une véritable critique de notre société consumériste. Quand posséder devient la clé du bonheur, quand aller dans les hypermarchés le dimanche devient la balade du dimanche, Martin Page nous concocte une histoire bien ficelée qui nous fait rire. Même si c’est souvent jaune.
Bien-sûr, cette critique pourrait sentir le réchauffé, mais le narrateur a su insérer une réelle fraîcheur à cette histoire, n’hésitant pas à raconter, tel un poète épique, le début de notre civilisation :
L’intelligence est un raté de l’évolution. Au temps des premiers hommes préhistoriques, j’imagine très bien, au sein d’une petite tribu, tous les gamins courant dans la brousse, pourchassant les lézards, cueillant des baies pour le dîner ; peu à peu, au contact des adultes, apprenant à être des hommes et des femmes parfaits : chasseurs, cueilleurs, pêcheurs, tanneurs … Mais en regardant plus attentivement la vie de cette tribu, on s’aperçoit que quelques enfants ne participent pas aux activités du groupe : ils restent assis près du feu, à l’abri à l’intérieur de la grotte. Il ne sauront jamais se défendre contre les tigres à dents de sabre, ni chasser ; livrés à eux-mêmes, ils ne survivraient pas une nuit. (…) Alors ils restent au campement toute la journée, et comme ils n’ont rien d’autres à faire et que les jeux-vidéo n’ont pas encore été inventés, ils sont bien obligés de réfléchir et de laisser vagabonder leurs pensées. (…) Et c’est comme ça qu’est née notre civilisation : parce que des gosses imparfaits n’avaient rien d’autres à faire. Si la nature n’estropiait personne, si le moule était à chaque fois sans faille, l’humanité serait restée une espèce de proto-hominidés, heureuse, sans aucune pensée de progrès, vivant bien sans Prozac, sans capotes ni lecteur de DVD dolby digital.
Pour un peu, il y aurait du Rousseau et son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes dans ce passage ! Mais en plus drôle, bien-sûr …
Le seul bémol viendrait de la fin en deçà du reste du livre. Un brin simpliste. Mais ce livre ne se veut pas non plus un essai, et on passe un bien agréable moment en compagnie d’Antoine tout au long du roman.
Ed. Dilettante puis J’ai lu pour la sortie Poche, 125 pages
Ici, un PDF des 14 premières pages.
Ce livre est un cadeau reçu lors du Swap de Noël. Merci Marie L pour ce livre bonus ! (En lien, son billet sur ce livre.) Je la remercie encore de me l’avoir offert ! Je l’avais noté suite à son billet et je suis ravie d’avoir fait la connaissance de Martin Page à travers cette histoire.
C’est aussi une lecture commune avec Rafafa ! Comme c’est sa première lecture commune, j’espère qu’elle a aimé ! En tout cas, fais un vœu, Rafafa !
D’autres ont aimé aussi :
Abeille dit qu’elle a ri tout au long de sa lecture et Mirontaine dit que c’est un livre qui conjugue ironie, dérision et humour.
Quant à la presse, voici ce qu’elle a écrit :
Esprit scrutateur du monde en mouvement, Martin Page épluche les usages et conventions, démonte les clichés et paradoxes de l’époque. Le ton lui-même révèle de la tendresse, de la dérision et une délicieuse pointe d’ironie. Sous le roman tendrement philosophique se cache à peine un traité de savoir-mieux-vivre, porteur d’une hygiène abrasive mais combien rafraîchissante. On dirait un conte, ou comme un songe éveillé, avec une petite touche de Vian.
La Libre Belgique.
De cette course au néant totalement absurde, Martin Page fait un roman d’une logique parfaite. Cette satire de notre monde qui se veut raisonnable est d’un écrivain qui maîtrise aussi bien son style que son humour en demi-teinte. Une réussite. Le Monde des livres.
Tant d’intelligence dans le phrasé est un vrai bonheur. Télérama.

On ne sait jamais, ça peut toujours servir !
;o]
Bises
Ah ah !
Tarabiscoté, du coup !
(Trop tôt pour un dimanche matin, surtout.
@ Manu :
Pas lu non plus « La Conjuration des imbéciles », même si j’ai lu de nombreux articles élogieux dessus.
@ Dominique :
Oui, c’est dommage. Mais c’était son premier roman, peut-être a-t-il travaillé ce petit défaut par la suite ?
@ Stéphie :
Oui, et ça fait du bien !
@ Keisha :
C’était une lecture avant ton blog ?
@ Rafafa :
)
Merci !
Hop, j’ai édité mon billet pour mettre le lien direct et je file lire ton avis !
A coups de canifs ironiques et tranchants, il décrit notre société de consommation à la façon d’un extra-terrestre qui débarquerait sur terre et observerait notre comportement. «
C’est ce que j’avais noté sur mon blog… mais comme je n’ai pas d’index de mes lectures, il faut farfouiller. Oups…
Mais, compte tenu de ce que tu en dis, s’il croise un jour ma route, son compte est bon !
Un livre qui change des histoires sombres ou tristes de la rentrée littéraire de septembre …
@ Esmeraldae :
Ah, je ne savais pas qu’il en avait écrit d’autres !
@ Ys :
C’est déjà ça !
@ Emmye :
Ah, je suis contente de lire ça car j’ai souvent lu qu’on reprochait à l’auteur d’être prétentieux … ce que pour ma part je n’ai pas décelé.
@ Abeille :
De rien !
@ Hérisson :
Oui, voilà, c’est exactement ça !
@ Papillon :
Chic ! J’espère que tu aimeras ce petit livre sans prétention.
@ Clara :
)
Exactement ça ! Joli ton billet !
@ Livvy :
J’espère que tu aimeras !
@ Brize :
Je préfère la couverture de la première édition, moi aussi.
@ Flou :

Nous avons alors le même avis sur ce livre !
Bienvenue ici, Flou !
Phil
C’est très plaisant aussi, et tu me donnes envie de lire son premier roman, histoire de comparer!
Le début m’avait aussi fait pensé au « Magasin des suicides » et comme toi, j’ai préféré le Martin Page: la satire y est plus mordante, plus drôle… Et c’est clair, la fin est un peu « facile »…
Si tu apprécies cet auteur, je te conseille aussi « On s’habitue aux fins du monde » qui recèle également de bonnes surprises.
Oui, l’idée est originale !
@ Philarmor :
Bé de rien.
@ Daniel F :
Sur toute la ligne ou juste à la fin ?
@ Theoma :
Oh, tu sais, j’en ai qui y sont depuis plusieurs années. Même avant le blog !
@ Marie :

Voilà !
Non, plus sérieusement, le livre n’apporte aucune réponse quant au mal de vivre … ou bien, si, il en apporte une, mais elle est tellement simpliste qu’il vaudrait mieux qu’elle soit autre.
@ Jennifer :
) Je ne pense pas assez au brocante pour les livres d’occaz’, mais c’est une vraie mine, c’est vrai !
De rien, Jennifer !
@ Véro :
Chouette alors !
@ Dolly :
Ah mince ! :/
@ Mélopée :
« Des Fleurs pour Algernon » fait partie de la science-fiction et le narratif est beaucoup plus présent. Ici, tu as aussi une réflexion sur la bêtise des gens etc …
Merci !
En tout cas, quand je l’ai lu, je n’ai pas du tout penser à « Des Fleurs pour Algernon ». Pour moi ces deux livres ne traitent pas du même sujet.
J’espère que tu aimeras alors !
@ Sarah :
Ah ben du coup, je note le titre que tu viens de me donner !
@ Marie L :
)
Alors nous avons exactement eu le même ressenti !
Merci encore !
@ Cocola :
Et as-tu poursuivi avec d’autres livres ?
@ Violaine :
Non, c’est clair qu’elle n’est pas aboutie et le message final n’est pas vraiment à la hauteur du reste.
Ah mais je ne suis pas d’humeur morose et la fin m’a fait le même effet qu’à toi.
Je note le titre que tu viens de me conseiller !
Arff oui. Si tu découvres une recette, je veux bien que tu la partages.
@ Cynthia :
Je verrai si tu as aimé le Teulé.
@ Jémlyre :
)
Bon choix !
L’horreur je te dis!
J’aime bien ta critique (j’aime souvent bien tes critiques) et tu viens encore de me donner bien envie de découvrir ce titre.
Argh ^^
Ah oui, carrément !
@ Liyah :
Oui, oui un bon moment !
@ Lalou :
Oui, c’est bien le problème. :/