Il pleut depuis la mort de ma mère.
Le lecteur entre de plein fouet dans le feu de l’action. Au début de l’histoire, la narratrice attend chez le notaire. Elle est la seule héritière, et pour elle ce moment ne révèlera rien d’étonnant … Mais elle se trompe car sa mère lui a laissé deux enveloppes. Une pour elle et une autre pour son oncle, un homme dont elle n’a jamais entendu parler.
Un trouble certain s’empare alors de Namiko, la narratrice.
Rentrée chez elle, elle commence la lecture de cette lettre, espérant de cette façon comprendre comment retrouver cet inconnu.
Yukiko, la mère de la narratrice, a tout d’abord vécu à Tokyo avant de déménager à Nagasaki. C’est alors une période trouble et sombre. La seconde guerre mondiale apportera son lot de souffrances à cette ville, avec les conséquences que nous connaissons tous … Les habitants de Nagasaki sont en effet voués à d’atroces souffrances que Yukiko nous relatera en même temps que son histoire personnelle, puisque cette femme est une rescapée des bombes.
En effet, les deux histoires, la grande et la petite, sont liées.
Voici un court roman dont la poésie nous effleure dès les premières phrases. Rien d’ampoulé, juste une fraîcheur et une délicatesse incroyables, malgré les situations parfois dramatiques de cette histoire.
Couverte du manteau, je restais immobile. J’entendais le vent souffler doucement dans les feuilles de bambous. La tranquillité et la paix étaient entre nous et autour de nous. Le temps s’arrêtait.
Je voyais des boutons de camélias, bien tenus par les calices. C’étaient les camélias qui fleurissent en hiver. Dans la campagne près de Tokyo, quand il neigeait, je trouvais les fleurs dans le bois de bambous. Le blanc de la neige, le vert des feuilles de bambous et le rouge des camélias.
C’était une beauté sereine et solitaire.
« Tsubaki » signifie « camélia » en japonais. Le camélia ici symbolise Yukiko qui avant de mourir disait à son petit-fils qu’elle souhaitait mourir comme les camélias :
Les fleurs tombent à la fin de la saison, une à une, sans perdre leur forme : corolle, étamines et pistil restent toujours ensemble. Ma mère ramassait les fleurs par terre, encore fraîches, et les jetait dans le bassin. Les fleurs rouges au cœur jaune flottaient sur l’eau pendant quelques jours.
Aussi cette lettre est sans aucun doute une forme de rédemption pour cette femme, afin que son âme parte en paix.
Ce récit, ce sont aussi des personnages que l’on aime dès le départ : cette grand-mère très fatiguée mais qui répond tout de même à toutes les questions de son petit-fils, cette mère qui en apprend davantage sur la vie de sa mère, cette petite fille qui découvre trop jeune un secret dont le poids est insupportable …
Ainsi, grâce à cette lettre, ultime legs, la narratrice va découvrir de nombreux secrets familiaux, dont un particulièrement tragique qui engluait l’esprit de sa mère depuis de nombreuses années, ce qui lui permettra de mieux connaître sa mère. Cette mère qui par l’intermédiaire de cette lettre, voulait surtout réparer une erreur de jeunesse, et ne pas mourir disloquée.
Un récit tout en finesse qui m’a charmée. Même si l’époque n’est pas des plus joyeuses, le récit aborde de façon délicate l’amour, et ce sous diverses formes.
En somme, cette femme a le don de
transformer une histoire banale en œuvre d’art. Difficile pour moi de ne pas y succomber.
J’ai d’ores et déjà acheté les quatre autres tomes (puisque je n’ai pas trouvé le coffret ..)
Ed. Babel, 5€50, 115 pages.
Sur les blogs, les avis sont unanimes :
Virginie : Le poids des secrets reste au
top de mes lectures adorées pour 2009, je ne peux que vous conseiller
vivement la lecture de ces petits romans. Vous passeriez vraiment à côté
de quelque chose !
Stéphie : Quelle prose, quelle avalanche de douceur dans l’écriture.
Pimprenelle : N’hésitez pas à vous laisser porter par
l’écriture magique et touchante de Aki Shimazaki. Je crois que je ne suis pas prête de
me remettre de cette lecture.
Aifelle a même dû faire un appel aux blogueurs pour lire au plus vite la suite.
Clara : Un gros coup de cœur sous la forme d’un raffinement précieux et rare.
Keisha a lu les cinq volumes les uns après les autres. : Fort heureusement j’avais sous la main les cinq volumes de cette belle
histoire et j’ai donc pu en enchaîner la lecture sans connaître de
frustration.
Karine 🙂 J’ai été très touchée par Yukio et Yukiko et j’ai réussi à ressentir leurs émotions malgré la grande pudeur dont fait preuve le texte.

Ah ben, au réveil ton commentaire fait du bien !
@ Jules :
Oui, j’ai aimé regarder les couvertures de la série, une fois tous les livres en main.
@ Aifelle :
Oui, même le premier est disponible sans le coffret.
C’est aussi grâce la blogosphère que j’ai découvert cette pépite !
@ Manu :
Aujourd’hui ?
J’en profite pour te souhaiter bon courage pour l reprise. Bises
Je trouve la couverture très belle !
Peut-on, savoir les titres des 4 autres tomes ?
bon dimanche !
un délice
une lecture subtile et fine comme tu le dis très bien
Beau billet!
Oui, ce livre est une véritable ode à la poésie.
@ Didi :
Hamaguri, Tsubamé, Wasurenagusa, Hotaru.
Tout est là : http://3bouquins.over-blog.com/article-tsubaki-t1-du-poids-des-secrets-58242724.html
Boulie
je suis ravie par cette lecture et j’ai hâte d’avoir les tomes suivants !