Des artistes repliés sur eux-mêmes mais visionnaires, une sublime jeune femme russe, un écrivain qui se réinvente, un père qui passera bientôt de l’autre côté de la rive, un crime atroce à résoudre, mais aussi une soirée où l’on croisera un Pierre Pernaut avant-gardistes et surdoué …
Le dernier roman de Houellebecq fourmille de milliers de chemins, et pourtant seul Jed accèdera au rang de route nationale dans La Carte et le Territoire. A lui la voie principale, aux autres de se partager les petits chemins campagnards.
Jed est un artiste surdoué, mais un brin misanthrope. La vie solitaire lui plaît et il aime vivre reclus. Seule Olga parviendra à le sortir quelques temps de sa tour d’ivoire.
Car Jed est avant tout un artiste.
C’est aussi un homme marqué par le suicide de sa mère. Même s’il ne le dit pas, cette absence est pesante, et il aimerait bien que son père lui parle de cette mère qu’il n’a que peu connue.
Malgré son caractère qui donnerait presque envie de fuir ce personnage, les turpitudes de Jed émeuvent, et son talent de créateur rend le lecteur curieux.
En fait, Jed est avant tout un double de l’auteur lui-même.
D’ailleurs, celui-ci se met aussi en scène dans ce roman. D’une drôle de façon puisque dans cette histoire, Houellebecq s’est amusé à peindre un personnage sous les traits que la vox populi a de lui. Il a servi sur un plateau un personnage que tout le monde semble connaître via la presse. Il a même poussé le jeu en mettant en scène son propre meurtre, et même son enterrement …
Certains y verront peut-être une mise à mort virtuelle qui permettra à l’auteur de renaître de ses cendres, d’autres y verront un adieu de l’auteur tel qu’on le connaît, un adieu au monde de l’écriture.
Pour ma part, j’y vois surtout une boutade de la part de l’auteur.
Une boutade comme seul peut le faire un homme qui écrit que la France deviendra le pays du tourisme sexuel, ou encore qui dépeint Pernot en visionnaire gay.
Second degré, ironie, le livre aborde aussi des points plus profonds comme la relation entre un père et son fils, deux hommes bien plus semblables qui veulent bien se l’avouer.
De ce livre se dégage aussi une certaine vision des artistes. Ils seraient des êtres qui pour échapper à la réalité s’inventent un nouveau monde puisque Le monde est médiocre.
L’écriture de Houellebecq est surprenante, elle n’hésite pas à user et abuser de digressions : le narrateur nous embarque sur de petits chemins de campagne, des chemins secondaires mais qui font toute la beauté du paysage. Souvent la plume s’attarde ainsi sur des points de détail, comme le ferait une caméra. De cette écriture foisonnante s’échappe un monde impressionniste dont on perçoit tout de même l’ensemble en prenant de la hauteur.
Un roman pince sans rire, une mise en abyme étonnante et attachante : on referme ce livre avec une drôle d’impression, celle de s’être fait balader sur de nombreux territoires éparpillés. Et cette impression a besoin d’une décantation : ce Jed est un double de l’auteur sans l’être, le Houellebecq de l’histoire n’est pas non plus le vrai Houellebecq. Finalement ici l’auteur a bien joué avec son lecteur et il nous livre ici une réalité vue à travers un kaléidoscope. Tantôt surréaliste, tantôt vraie.
Broché: 428 pages
Editeur : Flammarion (3 septembre 2010)
Collection : LITTERATURE FRA
Langue : Français
ISBN-10: 2081246333
ISBN-13: 978-2081246331
21 €
Lecture faite dans le cadre du match qui opposera Despentes à Houellebecq chez Price Minister.
George aussi l’a lu dans le même cadre que moi.

Stéphie :
Je crois que l’échéance approche.
Sinon c’est quoi ce « match » dont tu parles?
mais bon, il n’y a que les imbéciles qui…
Excellent billet Leiloona où enfin un lecteur (toi) s’attache au fond de ce livre (à sa substantifique moelle en qq sorte ) et non pas à ce qui peut l’entourer, sa vie médiatique du livre et de l’auteur (je sais pas si je suis claire…)
Bref, je comprends enfin, grâce à toi, de quoi parle ce livre et c’est déjà beaucoup ! Tu en as tracé la carte !
A lire, alors merci !
http://www.slate.fr/story/26745/wikipedia-plagiat-michel-houellebecq-carte-territoire
et
http://www.slate.fr/story/26933/houellebecq-wikipedia
Pas envie du tout de lire ce livre… Des copiés collés de Wiki, j’ai suffisamment l’occasion d’en lire
Bises de Capp
Merci, c’est super intéressant ! Ça me donne envie d’écrire un billet là-dessus ! Pas si catégorique que toi, pour le coup.
Merci pour ce commentaire.
En lisant ce livre, j’ai laissé de côté mes préjugés, et finalement, contre toute attente, j’ai aimé !
@ Nina :
Tout comme toi.