Commentaires sur Purge de Sofi Oksanen

Allide allait l’avoir. Il fallait qu’elle l’ait. Aliide avait pratiquement toujours eu ce qu’elle voulait. Et cette mouche ne ferait pas exception.
Mais après un coup d’œil par la fenêtre, elle fut surprise par une forme, dehors. Délaissant la préparation des confitures ainsi que l’énervante mouche, Aliide sortit dans la cour et s’aperçut que cette silhouette était en fait celle d’une jeune fille.

Qui cela pouvait-il être ? Pourquoi était-elle dans cet état pitoyable ?

A coup sûr, ce devait être une espionne.

En ces temps troublés, et même avant, Aliide s’était toujours méfiée. Toute sa vie, elle s’était tenue sur ses gardes. Et même avec le démantèlement de l’URSS, elle resterait sur ses gardes.
Et ce n’est pas cette dénommée Zara qui allait bousculer ses habitudes. Même si la fragilité de la jeune femme attendrissait Aliide.

Au fil des pages, grâce à de nombreux retours en arrière, le lecteur comprendra qui est cette Zara et surtout il apprendra quelle jeune femme fut la vieille Aliide. Parfois, derrière des pots de confiture à l’odeur alléchante se cache un passé bien trouble.

Les époques s’entrechoquent dans ce roman, le présent n’est guère plus reluisant que le passé et nous avons là des portraits humains peu glorieux, et ce que ce soit durant la terrifiante ère stalinienne ou lors du démantèlement de l’URSS.  Le pouvoir et la domination font tourner les têtes, et même l’amour est ici à l’origine d’actes mauvais.

Perversion, soumission, domination.
Les époques changent mais la noirceur de l’âme humaine reste.

A travers le portrait d’une famille désunie, une famille de femmes, ce roman montre comment une femme est prête à tous les sacrifices par amour, mais il montre aussi à quel point l’attrait de l’Ouest est un miroir aux alouettes. Un portrait bien pessimiste.

C’est donc un roman noir et étouffant, qui a pour personnage principal un être vainement attaché à un rêve inaccessible. Un être que l’amour a malheureusement rendu aigri. Un être fourbe et obnubilé par un homme. Ses actes monstrueux et impardonnables trouvent pourtant grâce aux yeux du lecteur. Cette femme est avant tout celle qui à l’origine a été meurtrie. Ainsi c’est un roman qui réussit le tour de force de ne pas rendre cet être antipathique.
Même si ses actes sont infâmes.

Tel un enquêteur, le lecteur découvre le passé. Et plus la lumière se fait, plus l’ignominie transparaît.
Malgré tout, une accalmie semble possible au moment où le roman débute. Le doute et la suspicion laissent leur place à l’empathie, et de cette rencontre transgénérationnelle pourrait naître un nouvel espoir.
Un rebond inespéré.

Un roman habilement construit, des personnages qui sont bien plus que des êtres de papier grâce au talent de Sofi Oksanen. L’ensemble est criant de vérité et pointe du doigt une cruelle période. Les langues se délient enfin. Il fallait ce roman au titre incisif pour mettre en lumière un pays souvent oublié.

Un auteur à ne pas lâcher du regard.

Auteur Sofi Oksanen

Traduction Sébastien Cagnoli

Éditeur Stock

Date de parution 25/08/2010

Collection La Cosmopolite

Format 14 cm x 20 cm

ISBN 2234062403
400 pages
21€50

Lu dans le cadre des Chroniques de la rentrée littéraire.
Aifelle le fait voyager et vous auriez tort de passer à côté. Clara aussi a aimé ce huis-clos.

Leiloona
Épicurienne culturelle, elle sillonne villes, et musées, un livre dans son tote bag ... Chaque lundi, elle écrit dans un atelier d'écriture qu'elle anime depuis 5 ans. Museo geek l'hiver, sirène l'été. Elle aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

42 commentaires

  1. Aaah, je n’ai lu que ton dernier paragraphe car ce roman m’attend, juste là, et je suis ravie de ce que je viens de lire )

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  2. Un livre dont le titre en dis long … Un livre que j’aimerais lire et que je note dans un coin de ma tête et dont le titre s’encre avec force !
    Très bonne chronique !
    Bon WE

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  3. Je suis convaincue depuis déjà pas mal de temps de lire ce livre, par contre je n’avais jamais remarqué la main sur la couverture, elle est effrayante

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  4. Ah oui comme Emilie je viens seulement de remarquer la main en couverture. Il est noté mais ce ne sera pas pour tout de suite, trop à lire en ce moment et surtout déjà assez de romans tristounets…

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  5. Waou, tu confirmes ce que je pense de ce livre, il faut très vite que je trouve le temp de le lire… Je pense que cela sera une lecture marquante…
    Bon week end Leioona

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  6. Je crois que c’est un livre qui va marquer les esprits. Tu as raison, malgré les actes odieux d’Aliide, on arrive pas à la détester, elle a elle-même était trop meurtrie.

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  7. J’ai bien cru que j’allais le recevoir avec Masse critique, mais j’ai reçu : Fugue. Bon, je le lirai bien sûr. Mais je voulais lire celui-ci aussi d’abord. Si tu en fait un livre voyageur, je suis tentée.

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  8. Un titre lourd qui laisse entrevoir un roman éprouvant…

    Sinon hier mon homme a acheté « Vies et destin » de Vassili Grossman, l’as-tu lu?

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  9. J’avais repéré de bonnes critiques dans la presse. S’il te plaît aussi, alors je vais pouvoir me lancer! J’aime les romanciers qui se penchent sur leur époque, leur histoire…

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  10. Ahhh, encore un avis positif ! Je sais qu’il faut que je lise ce roman !
    J’ai vu qu’il est également sélectionné pour le prix Fémina du roman étranger…

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  11. j’ai noté ce titre sur ma LAL car j’ai vu qu’il avait eu le prix Fna*, ton billet confirme la qualité de ce roman.

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  12. Un gros choc mais une lecture vraiment difficile, dense et poisseuse. Enfin, c’est un auteur à suivre, sans aucun conteste!

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  13. Bonjour Leiloona, je suis peut-être un peu moins enthousiaste que l’ensemble de la blogosphère mais le roman vaut la peine d’être lu pour l’histoire et le destin tragique de ces femmes. Bonne après-midi.

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  14. Bref, y a que chez nous qu’on a pas aimé quoi…

    (ça fait un peu honte sur le coup…)

    J’ai quelques exemplaires de livres à offrir. De préférence à des blogueurs belges pour limiter les frais d’envoi. Celui ou celle que ça intéresse…….. Me contacter via mon site à cette adresse :

    http://livrogne.com/contact/

    (je ne donne pas mon mail pour éviter le spam)

    Je peux livrer si c’est pas trop loin (province de Liège)

    Amitiés Leiloona

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  15. Bref, y a que chez nous qu’on a pas aimé quoi…

    (ça fait un peu honte sur le coup…)

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    (je ne donne pas mon mail pour éviter le spam)

    Je peux livrer si c’est pas trop loin (province de Liège)

    Amitiés Leiloona

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  16. Enfin lu… Après 100 premières pages à la lecture laborieuse, j’ai accroché et je n’ai plus lâché! Merci pour cette critique, là mienne viendra bientôt…

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  17. Contrairement à Eloo, je n’ai pas passé les 100 premières pages. Le roman m’a semblé froid et ennuyeux, de sorte que j’ai fini par l’abandonner. Un roman de plus de la littérature qui m’a déçu.

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  18. C’est vrai, le personnage d’Aliide pourrait être absolument détestable si on ne comprenait son caractère à partir de cette blessure qu’elle porte en elle.

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