Imaginez un pays où alternent prairies et forêts de pins (…) Au loin un miroitement gris : la Baltique. Un pays où traverser des villages fantômes pourvus de leur vieille germanique et de quelques maisons de bois est possible. Là, dans ces bourgs déserts la présence d’ensembles modernes toujours délabrés.
Ce pays n’est pas sorti tout droit de l’imagination d’un auteur prolixe, non, il s’agit de la Courlande, contrée lettonne complètement improbable. C’est là que Jean-Paul Kauffmann entraîne son lecteur, dans « la poche de Courlande ».
Mais bien sûr, tout commence par une histoire d’amour. Une histoire de jeunesse sans lendemain mais qui a marqué à vie l’auteur. Elle a pour prénom Mara, vit au Canada avec ses parents tout droit venus de Courlande, et elle symbolise pour l’auteur la perfection même. Elle possède en effet cette beauté de certaines nordiques lumineuse et timide, un premier amour des plus séduisants, mais des plus éphémères aussi puisque l’auteur doit à terme rentrer en France.
Malgré la séparation, l’auteur gardera au fil du temps un souvenir ému de Mara, de sa passion pour Sartre, Beauvoir, Camus. Mais surtout Beauvoir. La littérature de l’après-guerre n’avait que peu de secrets pour elle.
Tous les mois passés avec Mara comptèrent parmi les plus insouciants de mon existence. J’aimais l’entendre chanter. Elle fredonnait des airs de son pays d’une voix caressante et mélancolique. J’adorais cette langue inconnue, ses inflexions à la fois dures et voilées.
« Il n’y a rien de triste dans ces chants. Ils racontent le bonheur de l’homme en harmonie avec la nature. »
Il y était question du soleil, du vent, de l’eau.
La Courlande, pays d’origine de sa belle, restera dans l’esprit de l’auteur comme une contrée énigmatique.
La Courlande, pays au nom poétique mais régi par les Soviétiques, avec ses châteaux autrefois détenus par des barons baltes qui se mêlent aux bâtiments staliniens, aux frontières fermées jusqu’en 1991 aux yeux du monde entier.
La Courlande, pays d’une vieille europe, entre deux mondes encore. Un pays qui se cherche, mais qui souhaite avant tout rester tel qu’il est.
Quand Kauffmann parle à son ami de cette région mystérieuse, il ne s’attend pas à ce qu’il lui propose de s’y rendre. La Courlande est le pays de son premier amour, un pays nimbé de brumes, et il serait peu judicieux d’en lever le voile.
La réalité peut-elle suirvivre au fantasme ?
Ainsi le lecteur découvre vraiment la Courlande en même temps que l’auteur : ni un essai, ni un roman, Courlande est davantage un récit de voyage accompagné d’anecdotes pétillantes.
Loin de lasser ses lecteurs par ce voyage, Jean-Paul Kauffmann a su donner de la fraîcheur à ce récit. On aime cet amour de jeunesse plus profond qu’on ne pourrait le croire, et on découvre un pays étrange, délabré, qui vivote, mais avec une merveilleuse force d’esprit.
Ce voyage n’est bien sûr pas seulement touristique. L’auteur est parti avec la ferme intention de découvrir un résurrecteur (une personne chargée d’identifier des soldats allemands ou alsaciens), et si ce dernier aime jouer à cache-cache, cela n’entame en rien l’envie de découvrir ce pays. Jean-Paul Kauffmann fera en skoda rouge pétante, et avec sa femme, de nombreuses rencontres toutes instructives.
De ce récit de voyage s’échappe une belle couleur, emprunte d’une certaine nostalgie. En refermant ce livre, on a envie de découvrir cette région perdue et qui semble avoir arrêté le cours du temps.
Un très joli voyage teinté en vrac de châteaux en ruine, de Yourcenar, de Louis XVIII, d’épaves rouillées, de barons baltes, de soldats alsaciens, ces « malgré-nous ». Un lieu de désolation chargé d’histoire, mais terriblement optimiste.
Auteur : Jean-Paul Kauffmann
Editeur : Lgf
Collection : Ldp
Date de parution : 08/06/2011
EAN13 : 9782253133438
Genre : LITTERATURE ROMANS POCHE
317 pages
6 € 95
Et je ne suis pas la seule à être tombée sous le charme des mots de Jean-Paul Kauffmann :
P. Assouline : Il a le don de nous rendre attachants les habitants de ce non-pays improbable.
M. Payot pour L’express : Courlande, un formidable récit littéraire, entre enquête jounalistique, chronique historique, grand reportage et méditation sociologique.
R. Solé pour Le monde : un livre usperbe, dont chaque mot semble avoir été cueilli d’amour.
Ce récit a reçu le Prix de la langue française.


Asphodèle m’avait déjà mis le goût à la bouche
http://leslecturesdasphodele.wordpress.com/2011/07/28/la-citation-du-jeudi-avec-courlande-de-j-p-kauffmann/
Et ce livre a l’air intéressant !
Arff, oui, j’aurais dû te demander si tu l’avais fini … Je pensais que tu n’en étais qu’au début quand tu as posté ta citation.
@ Ys :
L’écriture est fluide, et nous sommes effectivement loin du guide touristique sans âme.
Cela dit, quand l’auteur arrive en Courlande, c’est bien la réalité qui lui saute au visage.
@ Gwenaelle :
Oui, hein, pourquoi se priver ?
@ Lisbei :
Justement on en parle de cette Dorothée de Courlande, qu’on appelle aussi la Circé de l’Europe.