Commentaires sur Kolia – Perrine Leblanc

Kolia ou le destin d’un homme peu ordinaire.
Né dans un goulag en 1937, il perd très vite sa mère. C’est alors qu’il fait la connaissance d’un père de substitution : Iossif. Il lui enseigne les règles de base pour se débrouiller dans ce camp, mais aussi le russe et le français.
Et puis, Iossif disparaît aussi du jour au lendemain.
Kolia continue alors sa petite vie dans ce camp  : il est maintenant en âge de se débrouiller tout seul, et les bases apprises par Iossif l’aident à survivre dans ce monde brutal et inhumain.
Mais pour Kolia, cette vie est la norme, puisqu’il n’ a connu que le goulag.
A la mort de Staline, les camps sont ouverts, et Kolia découvre alors le monde …

Après avoir travaillé dans les égouts de Moscou, il sera embauché dans un cirque. Le voici clown !
Mais derrière ce masque circassien, on sent les fêlures d’un homme, à jamais hanté par le goulag et Iossif.

Le lecteur suit les pas de cet homme étrange, que le goulag aurait pu anéantir.
Mais une belle force de vie s’échappe de Kolia.
Il accepte tout : la mort de sa mère, la disparition de Iossif, mais aussi le goulag, son unique foyer jusqu’à la mort de Staline. Rien ne semble pouvoir anéantir cet homme au visage si particulier.
Bien entendu, le camp de travail a laissé des stigmates sur lui. Kolia est quelqu’un de très introverti, presque sans sentiments. Il a déjà accepté l’inacceptable, alors tout peut couler sur lui sans l’imprégner. Travailler dans les égouts de Moscou ne lui fait pas peur.
Mais lorsque l’opportunité de découvrir le cirque arrive, le voici qui redevient un véritable enfant. Emerveillé.
Lorsqu’il l’intègre, c’est une nouvelle vie qui commencera pour lui.
Même si de vieux démons viennent le chatouiller. Comme si son enfance, traumatisante, l’avait marqué au fer rouge aux yeux des autres. Kolia est un être à part pour autrui. Un homme sans femme et sans enfant, un homme qui ne s’encombre pas de sentiments.

Malgré tout, derrière cette façade, Kolia est à fleur de peau. Et une certaine poésie émane de lui.
Il fait partie de ces personnages mystérieux qu’on n’arrive pas à distinguer. Et le maquillage du clown n’est pas là pas hasard, car derrière chaque clown se cache une personne triste et tourmentée. Kolia n’échappe pas à la règle.

Voici un premier roman touchant. Malgré les différentes atrocités, une certaine légèreté s’échappe de la narration. Elle aussi est assez ambigue, à l’image de son personnage principal.
Oscillant entre la dure réalité et la recherche d’un être cher disparu, Kolia est aussi une peinture de l’URSS et de son effondrement, le portrait d’un homme candide aussi.

On déboucha une bonne bouteille de vin de pomme,et, dans les jours qui suivirent cette rencontre, Kolia se prit à rêver, parce que c’est gratuit et permis.

 

Kolia
Auteur Perrine Leblanc
Editeur Gallimard
Collection La Blanche
Date de parution 05/11/2011
ISBN 2070134288
EAN 978-2070134281
160 pages
14 € 50

Ce roman a remporté le grand prix du livre de Montréal 2010



3 comments

  1. Marie says:

    Ce roman a l’air très beau ! Ca tombe bien, j’ai une grande envie en ce moment de relire des livres sur la Russie, avant et après la révolution communiste !

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