Retour à Killybegs – Sorj Chalandon

Si je parle aujourd’hui, c’est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. parce qu’après moi, j’espère le silence. 
Tyrone Meehan, à Killybegs, le 24 décembre 2006 

Devient-on un traître ? Est-ce déjà en nous dès les premiers temps ? La faille a-t-elle toujours été là ? Ne peut-on pas se cacher derrière certains pretextes ?
Après Mon traître, récit largement autobiographique revenant sur la traîtrise de son ami, il fallait à l’auteur prêter sa plume à Tyrone Meehan, le faire parler.
Le traître avait besoin d’une voix. 
Retour à Killybegs est donc le récit de la vie de Tyrone Meehan, tel qu’il aurait pu le faire … 

Tyrone a alors 80 ans, il revient sur ses terres, à Killybegs.
Que reste-t-il de sa vie ? Il est revenu ici pour mourir, voici qu’il n’a plus peur. Ils peuvent venir, il sera prêt. 
Tout commence par une enfance marquée par un père brutal. De cet homme, il retiendra surtout un amour irraisonné pour l’Irlande dont il héritera. S’ensuivront des départs vers d’autres villes, d’autres régions, mais jamais cette peur au ventre ne quittera cette famille. 
Leur crime ? Être irlandais. 

A 16 ans, déjà convaincu par la cause irlandaise, Tyrone ne souhaite qu’une chose : infiltrer l’IRA. De petits défilés anodins et pacifiques ou actions plus brutales, Tyrone mène sa barque, cahin-caha. 
Marié, puis père, sa famille le soutient : rien ne semble pouvoir les détourner de leur juste cause. 
L’emprisonnement, la souffrance, l’absence même de soutien du « monde extérieur », rien ne les empêchera de mener ce combat. 
Rien ? 
Et si un geste involontaire pouvait causer le plus terrible des effondrements ? 

Peut-on tout dire aux siens ? Peuvent-ils comprendre notre silence ? Et si c’était à refaire ? 

Avec Retour à Killybegs, le lecteur accède à cette partie de l’Histoire par la petite porte, même si c’est par celle d’une figure emblématique. 
Année après année, le lecteur prendra conscience de l’évolution de la cause irlandaise. Il ne pourra que s’offusquer, à rebours, de cette situation complètement ahurissante et pas si lointaine que ça. Les mots sont justes, percutants parfois, émouvants souvent. 

Mais ce récit n’est pas seulement un roman historique. C’est avant tout le récit d’un homme, et derrière son histoire, en filigrane,  transparaît aussi tout en finesse le portrait qu’un auteur fait à son ami. 
Malgré la trahison, malgré l’incompréhension. 

Mais l’émotion palpable n’empêche pas ce roman d’être bluffant d’objectivité et de neutralité : Retour à Killybegs est un excellent portrait d’un révolté. Le roman se passe en Irlande, mais Tyrone Meehan pourrait incarner n’importe quel autre homme qui se met en retrait pour défendre sa patrie. 
Le récit d’un simple au service d’une nation. Un véritable héros tel que sait en créer la littérature. Ne l’oublions pas, ce livre est avant tout un roman, dernier hommage et ultime pardon qu’un auteur pouvait faire à un ami. 
 

Retour à Killibegs
Auteur : Sorj Chalandon
Editeur : Grasset Et Fasquelle
Date de parution : 17/08/2011
EAN13 : 9782246785699
Genre : LITTERATURE FRANCAISE ROMANS
Nombre de page(s) : 333
20 € 

Emmyne, celle qui m’a donné envie de découvrir cet auteur : Avec Retour à Killybegs, il me semble que Sorj Chalandon est parvenu à la perfection de son écriture romanesque, à l’aboutissement de ses motifs, la fidélité, la personnalité et le rôle du père, le devoir de mémoire, ce refus que l’histoire soit reécrite et pourtant cette pudeur malgré les mots parfois crus et cruels. Je crois qu’il a tout donné. Parce que ce livre relève du don. Talent et partage.
Clara :  Dans une écriture aux mots justes qui colle au plus près des émotions, Sorj Chalandon décrit la vie de Tyrone. Celle du militant et celle de l’homme. Tout en finesse et sans jamais prendre parti, il nous amène sur le terrain de la conscience, du poids de la trahison et de celle de l’amitié bafouée. Un grand livre !
Choco :  Un roman où l’auteur tente d’offrir de manière juste et non manichéenne son Irlande qu’il aime tant et qu’il refuse d’oublier. Un roman où Sorj nous donne sa propre douleur, tentant par là-même d’en atténuer la force en l’enterrant dans un magnifique cercueil de papier. Un grand roman assurément.
Pour Enna  c’est un livre poignant, elle a eu du mal à en parler et nous met en lien la vidéo de l’auteur. 


23 comments

  1. Mango says:

    Une lecture à faire, certainement et j’en ai très envie mais je ne sais pas pourquoi je me suis mis en tête qu’il doit être très long à lire et qu’il doit falloir beaucoup de temps pour le terminer.

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  2. Leiloona says:

    @ Mango : Il se lit tout seul. Peut-être un a priori sur les romans inspirés de faits réels et de l’Histoire ?
    Mais je t’assure, il se lit bien.

    Krol : je m’en veux un peu de ne pas avoir lu cet auteur avant.

    Emmyne : Si l’on compare ce roman à celui de Martinez, il est plus fouillé, plus abouti. Loin de moi l’idée de dire que le Martinez ne l’est pas, hein … Peut-être est-ce la concision du Martinez qui me fait dire cela. En tout cas, celui-ci possède ce petit plus qui le fera, je pense, passer à la postérité. Le Martinez est plus contemporain, moins profond aussi (mais là encore la voix féminine d’Esclarmonde avait aussi des choses à dire, des paroles assez modernes pour que les lycéennes y voient un message actuel.)

    pour ton anecdote sur « mon traître » : effectivement c’était du lourd dès le début.
    Dans mon trio de tête pour le prix du roman ELLE pour l’instant (avec Fargues et Maggie O’Farrell.)

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  3. emmyne says:

     » bluffant « , j’aime bien ce mot -)

    Je viens de lire tes com’ sur mon billet, absolument d’accord avec toi, ce roman aurait dû obtenir le Goncourt des lycéens, j’y croyais trop à celui-là !

    Ce qu’il a de bien avec le Prix Elle, c’est que ce livre apparaît de plus en plus sur les blogs, entraîne d’autres lectures.

    ( pour l’anecdote : le premier roman que j’ai reçu lorsque j’ai participé au Prix Elle en 2009 a été  » Mon traître  » … Et là, je me suis sérieusement demandée comment j’allais faire pour avoir un minimum d’objectivité pour les suivants ! )

    @ Mango : il n’est absolument long ou difficile à lire, il est terriblement prenant au contraire.

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  4. enna says:

    je suis vraiment contente qu’il soit sélectionné pour le prix de Elle… j’aimerai qu’il gagne! et comme ça tu le rencontras à la remise des prix!

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  5. Natiora says:

    C’est un roman qui m’attire et me rebute en même temps. Qui m’attire par le thème, mais lorsque j’ai entendu l’auteur en parler je me suis dit que ça allait trop me chambouler. Mais après tout ça fait du bien aussi d’être chamboulée. Je me laisserai tenter un jour

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  6. valou says:

    un de plus qui m’intéresse depuis un moment… il faut que je trouve aussi « mon traître »…

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  7. constance93 says:

    j’ai beaucoup aimé ce livre aussi. presque encore plus émouvant que mon traître avec ce retournement, ce changement de point de vue. et l’écriture de Sorj Chalandon a quelque chose de brut, de physique et de sensible en même temps. l’émotion est là, à fleur de mots.
    j’aime bien que tu rappelles que ce livre est un roman avant d’être une fiction biographique, ce qu’il n’est pas vraiment de toutes manières (années décalées, noms transformés, reconstitutions, inventions pour combler les vides et l’incompréhension…) : je crois que nous avons tendance à l’oublier. quand je vois les interviews qui ont été faites de l’écrivain, elles cherchent toujours à ramener le roman à la réalité du romancier ! la richesse des romans de Chalandon est ailleurs à mes yeux, peut-être dans sa langue, son style, et dans l’humanité qui en ressort.

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  8. Anne says:

    Je dois seulement faire connaissance avec cet auteur, et je commencerai par Mon traître. Mais je sens que cela me plaira et je lirai forcément celui-ci

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  9. Emma says:

    J’ai beaucoup aimé ce livre, un coup de coeur, j’ai d’ailleurs prévu de lire Mon traître prochainement, même si j’aurai dû lire Mon traître en premier…

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  10. Manu says:

    Il faudra bien que je finisse par lire cet auteur. Ses romans sont à la bibliothèque, je n’ai pas d’excuse !

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  11. Karine:) says:

    Aaaahhhh…. ça a un rapport avec Mon traitre… il faudrait que je le lise avant hein… ça fait tellement longtemps qu’il est dans ma pile!

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