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Ils étaient seize à prendre le Transsibérien, seize auteurs qui faisaient partie de ce voyage organisé pour l’année France-Russie, Tangente vers l’est est né de ce voyage, et il fut un régal de lecture pour la slave que je suis. 

Tout commence par un groupe de jeunes hommes. Ils partent vers l’est, vers un ailleurs dont la destination est inconnue. En treillis, pâlichons, ce sont de jeunes soldats qui partent loin de chez eux. Ils se déplacent déjà en groupe, on dirait presque que leur personnalité s’est déjà effacée au profit de leur union.
Tous, vraiment ?
Non, il y en a un qui se distingue. C’est Aliocha.
Jusqu’au bout il a bien cru qu’il ne prendrait pas le train. Mais voilà, il est bien là. Il s’est bel et bien engagé à suivre ces soldats, il en est même devenu un. Mais le coeur n’y est pas. 
Lors d’une halte, sur le quai, il croise une jeune femme bien particulière. Une chemise d’homme, une classe folle, mais que fait-elle là, sur ce quai ?
Il ne le sait pas encore, mais il fera une partie du voyage avec elle …

Tangente vers l’est pourrait presque être un huis-clos s’il n’y avait pas quelques arrêts sur le quai des gares. Et encore, peut-on vraiment dire que ces quais mènent quelque part ? 
Tel un petit animal pris dans la lumière des phares, Aliocha ne peut s’échapper de ce train. Pour un peu la destination finale ferait peur, elle mènerait presque vers le néant.
Notre jeune homme trouve alors réconfort auprès des femmes, une en particulier, celle qu’il a croisée lors d’un arrêt. La rencontre est complètement incongrue, mais ces deux-là se sont bien trouvés.  Ils sont tous les deux dans ce train, complètement perdus, et ils ne savent pas où ils vont. Que ce soit dans ce train, comme dans la vie. 
De cette rencontre particulière naîtront de nombreux sentiments ambivalents. Et le huis-clos rendra cette union très forte.
Gare aux étincelles. 

En arrière-plan de cette rencontre singulière, de grandes étendues, la Russie sauvage qui ne fait que rendre plus mélancolique la solitude de ces êtres, mais aussi plus sauvage ce huis-clos. 
Liberté ? Solitude ? A quoi nous renvoie ce paysage ? 

La narration joue alors sur l’ambivalence de ce décor, tout comme elle s’amuse sur l’ambiguïté de cette rencontre. L’écriture, quant à elle, mime la langueur de ce train. Longues phrases qui se juxtaposent, entrecoupées de nombreuses virgules, la cadence du train s’étale alors sous les yeux du lecteur.

Un court récit à l’écriture fine et enjôleuse, un véritable condensé d’émotions. Violence, amour, amitié, trahison, entraide : c’est la vie qui s’étale sous nos yeux, dans ce transsibérien, train mythique et propice à faire naître une certaine urgence vitale. 

 

 

Auteur : Maylis de Kerangal
Editeur : Gallimard
Collection : Minimales
Date de parution : 12/01/2012
EAN13 : 9782070136742
Genre : LITTERATURE FRANCAISE ROMANS
Nombre de page(s) : 127
11 € 50 

Télérama : une littérature de voyage magistralement renouvelée. 

Constance : un coup d’éclat.