Eva Besnyö, l’image sensible (au Jeu de Paume – Paris)

De cette photographe, je ne connaissais rien encore voici quelques semaines. Mais j’ai tout de suite été sous le charme de ses photos.
Comme l’an prochain je serai amenée à travailler de façon étroite avec la photographie, il ne m’en a pas fallu davantage pour avoir envie d’en savoir plus sur cette artiste née à Budapest.

L’exposition revient sur les temps forts de cette femme qui a eu une vie tellement riche qu’elle aurait pu en vivre plusieurs.
Dans la première partie, des photos de la Hongrie, avec ce qu’elle possède de traditionnel. Des paysannes, de vieilles femmes, des fermes, mais déjà l’artiste s’intéresse aussi à la vie moderne et photographie des ouvriers en plein travail. Les images reflètent le contexte politique hongrois : de nombreuses images de murs, d’autres dont les ombres font penser à des barreaux. Le fascisme apparaît bien en filigrane.

Eva Besnyö part ensuite de la Hongrie :  elle quitte un gouvernement répressif. Elle a 20 ans et atterrit à Berlin.
Très vite elle s’inscrit dans le mouvement de « la nouvelle objectivité » qui fait suite à l’expressionnisme allemand. Une vision assez clinique et cynique de la société qui prône un retour au réel. Se démarquant du pictoralisme (recherche esthétique, refus de tout ce qui est documentaire etc.), l’artiste inclut davantage une dimension sociale à ses photographies.

Mais  l’artiste ne reste pas à Berlin. D’origine juive, elle s’exile en 1932 aux Pays-Bas, où elle sera pleinement reconnue.
Les photos, davantage tournées vers l’architecture, délaissent pour un temps ces corps qu’elle se plaisait à photographier. Alors les œuvres jouent davantage sur la lumière et ses ombres, mais aussi sur l’espace, vide ou plein.
En 1940, elle photographie Rotterdam qui a été bombardé. L’artiste oppose alors les époques : en premier plan des ruines, en arrière plan le moulin. Toujours debout. Fier. On a presque l’impression d’avoir sous les yeux les ruines d’un temple grec. La tragédie n’est pas loin.

Un peu plus tard encore, Eva Besnyö revient à ses premières amours, à ces corps nus qu’elle aimait mettre en scène. Engagée dans un mouvement féministe, la voici qui donne une image aux manifestants du groupe « Dolle mina ».

L’exposition qui donne à voir 120 tirages d’époque rend compte des différentes « vies » de cette femme.
Sur chacun des pans se dégage une belle unité : les regroupements sont toujours sensés et chronologiques, aussi donnent-ils une certaine harmonie à toutes ces photographies réunies ici.

Mais cessons le blabla, admirons plutôt quelques photographies d’Eva Besnyö.

Et puis, si le cœur vous en dit, vous avez jusqu’au 23 septembre pour découvrir cette artiste sensible.

Garçon au violoncelle, 1931

Nu – Matyasfold- près de Budapest-1932

Charbonnier, Berlin, 1931


Sans titre, 1933

Narda, Amsterdam, 1937

Crédits photos © Eva Besnyö / Maria Austria Institut Amsterdam

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon sac ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture que j'anime depuis plus de 5 ans, basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

8 commentaires

  1. Je n’ai jamais entendu parler de cette photographe. C’est très très tentant, Paris est une mine de tentations inépuisables ..

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    1. Tout à fait ! 😀 Et en ces derniers temps, j’en ai profité ! 😀 Il faut encore que je fasse les billets … 😉

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  2. Ben alors, toi aussi tu te mets à la photo ?! 😉
    En tout cas, je ne connaissais pas mais j’adore !

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    1. Oui, m’dame, je m’y mets ! 😀
      Si tu as l’occasion de passer sur Paris, n’hésite pas à y aller, l’expo vaut le détour ! 😉

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  3. Je ne connaissais pas cette photographe mais j’ai maintenant très envie d’aller voir cette expo !

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