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Publié le 17 décembre 2012, par dans # Parfois j'écris ..., Atelier d'écriture, Une photo, quelques mots.

venise

Carnaval de Venise.
J’avance masquée. Mon visage est nu pourtant.
Rien n’a vraiment changé. Ni ma coupe de cheveux, ni leur couleur, ni mes lunettes. Pourtant je suis devenue une autre.

J’ai choisi Venise pour ce baptême. Son eau me lavera et finalisera ma métamorphose.

Au loin, un carillon sonne.
Mes pas automatiques. Vers cette gondole. Vide de toute vie.

Je ne suis qu’une marionnette dont on a coupé les fils : j’avance libre vers mon destin. La gondole face à moi. Un pied sur l’embarcation. Flottaison.  Un autre sur le ponton. Stabilité.

Un nouveau pas en avant. Je suis une équilibriste. Je joue avec l’eau. Et sur l’eau.

De mon sac, je sors alors cette enclume. D’elle parviendra ce chant de la liberté. Une attache fine mais ferme autour d’elle. Mille fois j’ai répété ce geste. Pour le parfaire, pour en finir.

Puis, tel un haltérophile, soulever ce poids, comprendre sa symbolique.

Puis le jeter.

Voir alors disparaître cette boîte à souvenirs.

Être toujours instable sur cette gondole, mais percevoir déjà une belle stabilité.
Voir remonter des bulles à la surface.
Je suis comme elles.

Légère.

© Leiloona, le 16 décembre 2012

Crédits photos © Romaric Cazaux

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 Morgane : 

REMORDS

Roberto s’est figé là, pour un instant, perdu dans ses pensées, perdu dans ses souvenirs amers.

Chaque année, au mois de septembre, ses pensées vont et viennent … Son passé le rattrape à l’ouverture du prestigieux et célèbre festival cinématographique : La Mostra de Venise.  La foule bigarrée qui arpente la place Saint Marc aujourd’hui lui rappelle ce jour maudit : Seize ans plus tôt, sa vie fut bouleversée à jamais. Depuis, il n’est plus le même homme, il se hait lorsqu’il ose scruter son reflet dans le miroir. Sa vie est rythmée par son emploi de concierge dans cet hôtel  3 étoiles où il s’applique à être consciencieux. Tiens, comme en ce moment où il passe un coup de balai devant la porte d’entrée : tâche ne faisant absolument pas partie de ses attributions. Un employé modèle et irréprochable, telle est l’image qu’il renvoi alors que la vérité sur le fond de son âme est bien sombre …

1996 – Cela fait seize ans mais tout est ancré dans sa mémoire.

Il entend encore résonner les fous rires de cette soirée insouciante destinée à fêter l’ouverture du Festival.

Il se souvient de sa chemise trempée par la sueur collante suite à ses déhanchés endiablés sur la piste de danse.

Sur ses papilles, il reste le goût tourbé des excès de whisky.

Il ressent encore la fraîcheur de l’aube sur son visage à la sortie de la discothèque.

La voix de Fiona, sa collègue ouvreuse de l’époque, résonne à son oreille : elle lui déconseille vivement de reprendre sa voiture et lui propose, non sans regards évocateurs et battements de cils, de venir terminer la nuit chez elle.

Il se souvient de sa difficulté à introduire la clé dans le contact et de la sensation de ses yeux qui ne demandent qu’à se fermer, ses paupières intensément lourdes.

Figé dans sa mémoire, le regard à la fois étonné et effrayé du jeune homme dont il connaîtra l’identité deux jours plus tard dans « Il Centro » à la rubrique Faits Divers.

Le bruit sourd et lugubre du corps contre son capot, son atterrissage quelques mètres plus loin sur le bitume tel un pantin désarticulé : Cette scène est restée à jamais gravée dans son esprit éveillé et dans ses cauchemars nocturnes.

Ses mains sont moites : Comme il ya 16 ans, lors de cette nuit où il a décidé d’appuyer à nouveau sur sa pédale de droite pour fuir ! Fuir ces bruits, fuir ces horribles images,  fuir ses responsabilités en taisant cette nuit pour tâcher de l’oublier à jamais …

Le cœur lourd, Roberto, homme lâche et coupable d’avoir ôter la vie, retourne travailler au fond de son hôtel, à l’abris du regard du Lion, symbole de force et de courage, juché encore et toujours en haut de sa colonne, tel un juge dominant les accusés du haut de son estrade.

 

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 Ludovic nous livre la suite des aventures de la semaine dernière : 

Où aller?

Arrivé à l’aéroport, la question s’était posé. Il était évident pour Pierre qu’il se rendrait dans un des endroits photographiés sur l’une des 18 cartes qu’il avait reçues. Il n’avait pas besoin de les revoir, il les connaissait par cœur.

Le panneau lumineux annonçait un départ pour Venise dans 3h. Venise, la carte numéro 5!

Venise, la ville des amoureux, celle où il aurait dû emmener Sylvie, avant qu’elle ne décide de partir.
Avec Sylvie il avait vécu 10 ans, mais les 2 dernières années, ils n’étaient déjà plus que des colocataires. Tous deux absorbés par autre chose, tous deux ailleurs, ils vivaient côte à côte, sans se voir vraiment, sans régler leur emploi du temps l’un sur l’autre.

Le début avait été fort, une rencontre au hasard, mais de celles qui laissent un goût d’exceptionnel, celles dont on sait qu’elles vont changer votre vie, en un regard, on sait que ce sera elle. Ils se sont tout de suite aimé, ca a été immédiatement très fort entre eux.  Ils ont fait des projets, ils ont vécu des moments intenses, d’une complicité parfaite. Et la pierre s’est usée, l’amour s’est érodé, l’habitude a pris le pas, le quotidien et ses problèmes les a rattrapés. Ils ont vécus sans se voir, mais en étant incapables de franchir le seuil de cette nouvelle vie, incapables de trouver la force de partir vraiment. Rester, être là sans y être vraiment, à moitié, pendant 2 longues années. Des années froides, où l’on n’ose construire sans l’autre, mais durant lesquelles on est incapable de construire quoi que ce soit avec l’autre.

C’est Sylvie qui a trouvé le courage de tout détruire, de se séparer de ce qu’il restait d’eux. Elle a fait sa valise, elle a quitté l’appartement, en laissant juste un mot, sur la table. Lorsque Pierre est rentré ce soir là, il ne restait d’elle qu’une effluve de son parfum dans l’air, et ces quelques mots d’excuse sur la table. Ces mots qui exprimaient le regret du bonheur perdu, la déception de n’avoir réussi à conserver ce qui s’annonçait déjà tellement merveilleux, dès le début…

Alors, pour un nouveau départ,  lui qui a eu si mal à cause du vide laissé par Sylvie, s’est dit que la ville des amoureux, c’était un beau pied de nez à la vie!

Arrivé à Venise, sa première envie a été de se rendre à l’endroit photographié sur la carte numéro 5. Là, dans un anglais approximatif, il a demandé à un touriste de le photographier, lui, face à l’objectif, mais pas au centre du cliché. S’amusant du regard plein d’incompréhension du touriste photographe (un cliché sur lequel Pierre n’est pas au centre? A quoi bon?) Pierre réfléchissait déjà au destinataire de cette photo.

Pourquoi pas à Sylvie justement? C’était aussi un peu grâce à elle qu’il était là!

Avec Sylvie ils avaient gardé un contact, comme de vieux amis que la distance a séparés. Les souvenirs du bonheur des début avaient été plus forts que l’amertume de ces 2 dernières années de cohabitation froide et sans sentiment. Ils s’appelaient pour les grandes occasions, Pierre lui faisait porter des fleurs pour son anniversaire, Sylvie lui donnait des nouvelles. Pierre donnait les coordonnées de Sylvie lorsque qu’on lui demandait qui prévenir en cas d’accident…

 

Cette première carte de sa nouvelle vie serait donc pour Sylvie.

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 Roswelette :

Le vieil homme s’arrête net de balayer devant l’hôtel, happé par la lumière qui se dégage de la place Saint Marc.

Venise. En ce jour d’hiver ensoleillé, Elle est inondée par le flot des touristes. Ils gesticulent tels des parasites, faisant crépiter le flash de leurs appareils photos, pour un instant volé à une ville dont ils n’ont pas saisi l’âme. Oui, ils se souviendront des gondoles ou du carnaval, au mieux de quelques mots gravés dans les cœurs et dans les pavés, mais qu’auront-ils retenu d’Elle ? Ils n’auront pas perçu sa majesté dans chaque monument, n’auront pas senti la caresse de son souffle le long des canaux, n’auront pas entendu son murmure dans les dédales des ruelles, n’auront pas goûté sa générosité dans la finesse de ses mets, n’auront pas reconnu sa sensualité dans l’accent de chaque vénitien, n’auront pas senti son appel délicat dans ce rayon de soleil. Lui, il ne voit qu’Elle, sa Venise fantasmagorique, sa seule et son unique…

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Jacou : 

Petite mort à Venise

 

Je suis à Venise, s’émerveille son cœur.

Je la vois, disent ses mains ardeurs

Je la sens, pensent ses yeux conteurs

Je la touche, rêve sa bouche couleur.

 

Je suis Venise, s’enivre son corps

Je m’embrase union dans ce décor

Je m’enfièvre dévotion de tous mes pores

Je m’emplis passion de ce trésor.

 

Je moi-Venise, s’éblouit son âme

Je obsession, je l’aime

Je envoutement, je me damne

Je ardeur, je me pâme.

 

Venise, tu es à moi.

Je unique, je suis toi

Je amoureuse, tutoies

Je langoureuse, toi et moi.

 

Venise mienne

Je revienne

Ferme les persiennes

Je vénitienne.

 

Je suis tienne, Venise

Je toi, exquise

Je moi, gourmandise

Se referment les persiennes

Venise, la mienne.

 

Gazinet, le 13 décembre 2012

Jacou

 

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 Voici les liens vers vos textes : 

Stephanie : Giacomo Casanova

George : Le lion aîlé

V.beLecteur : Le boss

Jean-Charles : Vedere Venezia e …

Cardamone : Pourquoi était-il revenu ?