formats

vie dune autre degheltIl est des auteurs qu’on aime particulièrement. Frédérique Deghelt en fait partie. Une certaine douceur, des histoires qui me touchent …

La vie d’une autre ou comment une femme se réveille un matin sans se souvenir des 12 ans qu’elle vient de vivre. Le trou blanc.
Marie est vierge. Mais de souvenirs cette fois-ci.
De Pablo, elle se souvient de sa fougue. Elle le retrouve donc 12 ans après. Il est devenu le père de deux enfants. Un garçon, une fille.

Comment Marie a-t-elle pu oublier la naissance de ses enfants ?

Outre les situations purement pragmatiques : pourquoi une carte bleue fonctionne-t-elle avec un code ? Pourquoi une signature ne suffit-elle pas lors de l’achat ? Qu’est-ce qu’un téléphone portable, quel est le code pour rentrer à l’appartement ? etc … La position de Marie n’est guère évidente. Vers qui se tourner et se confier ? Doit-elle en faire part à cet homme qu’elle ne connaît que peu (puisqu’elle vient tout juste de le rencontrer …) ? Peut-elle se tourner vers sa plus proche amie, mais est-ce encore la même 12 ans après ?

Petit à petit Marie apprend à connaître cette nouvelle vie, celle d’une autre … Tel un puzzle elle reconstruira tous les blancs qu’elle a pourtant voulu enfouir. De nombreuses questions interpellent alors le lecteur : qui suis-je ? Que suis-je sans mémoire ? Peut-on à ce point changer en si peu de temps ? L’amnésie peut-elle permettre au contraire de réparer certaines fautes commises par le passé ? La rancoeur accumulée par le quotidien peut-elle disparaître avec la mémoire ? La vie n’est-elle faite que de compromis et de concession ? Peut-on vraiment vivre ainsi ?

La situation manque parfois de vraisemblance, notamment dans l’enquête menée par Marie, mais le couple formé par Pablo et Marie fonctionne bien, et l’action ne subit aucun temps mort … Le lecteur se demande, tel un enquêteur, ce qui aurait pu pousser Marie à quitter ainsi sa mémoire pour ne se souvenir que de la rencontre avec Pablo. Très vite, toutefois, le lecteur se rend compte qu’il ne s’agit pas là d’une histoire glauque issue d’un fait-divers, mais plutôt d’une peinture de notre société actuelle, avec ses travers surtout.

Et s’il suffisait d’un coup d’éponge sur les accrocs du couple pour repartir à zéro ?

Est-ce vraiment si simple que cela ?

Des personnages touchants, autant Marie dans sa quête de soi, que Pablo dont le lecteur appréciera au fil des pages son humanité et sa vitalité. Les enfants, de véritables bijoux de fantaisie, ainsi que les amis, tous très compatissants, ne font qu’ajouter une touche toute douce à ce livre qui au final soulève plus de questions qu’il n’y paraît au premier abord.

Encore une fois, Deghelt revient sur notre rapport à l’autre, sur notre incapacité à vivre sans, mais aussi notre incapacité à vivre avec. Et si le bonheur résidait dans cette absence de mémoire ? Aime-t-on davantage au premier jour qu’une fois la relation établie ?
Mais est-il vraiment possible de vivre avec autrui sans accumuler des reproches, des blessures ? Et peut-on réellement se contenter de ne plus se souvenir de tout ?
Une jolie réflexion aussi sur les liens entre une mère et ses enfants.

Auteur Frédérique Deghelt
Editeur Lgf
Date de parution janvier 2010
Collection Ldp
ISBN 2253125776
EAN 978-2253125778
 256 pages
6 € 60

Le Point : On dirait du Marc Levy, c’est autrement plus réussi.

Antigone : Je dois avouer que les tribulations de Marie et Pablo m’ont tenue assez tard dans la nuit… Ce livre pose avec justesse la question de la durée dans le couple, et du regard éveillé sur l’autre que l’on perd parfois en cours de route.

Stephie : Un livre qui rappelle que la vie est faite de compromis et que pour durer il faut savoir composer, tempérer, voire accepter. Et quand on ne peut plus, doit-on souhaiter l’oubli ?

Noukette : C’est aussi une belle réflexion sur le mariage, la maternité, le fait d’être une femme, une épouse, une mère… ou tout ça à la fois. Des questions que je me pose moi même souvent et qui ont donc trouvé écho en moi…

Moka :

L’Irrégulière : Ce roman m’a totalement cueillie, envoûtée, transportée. C’est une des meilleures réflexions sur le temps qui passe et qui use, sur l’amour et le quotidien, qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps. Je l’ai lu très rapidement, avec gourmandise.