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Publié le 6 mai 2013, par dans # Parfois j'écris ..., Atelier d'écriture, Une photo, quelques mots.

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Il m’arrive très souvent de te rêver statue. La ligne parfaite de tes traits à jamais dessinée et figée dans cette peau de marbre. D’autres après ma mort te regarderaient, se pâmeraient devant ta beauté évidente et éclatante.

Ce soir, pourtant, tes traits sont tirés, fatigués par une guerre lasse et sans paroles. Je suis redevenue vierge de toi. Ton regard baissé ou bien tourné vers un ailleurs, tu rêvasses. Ton index parcourt alors la fine arête de ton nez et à mon tour je me plais à te transcender.

Le fusain m’aurait permis de croquer cet instant, les ombres seraient ressorties plus brutes. J’aurais alors accentué ces nouveaux sillons autour de tes lèvres, accentuant le défilé des âges. La ride entre les deux yeux aurait marqué une frontière que je ne peux plus dépasser.

L’aquarelle n’aurait pas rendu grâce à ton caractère fait de relief et de tourments, elle n’aurait que délayé de façon antithétique ton visage d’aiglon et t’aurait fait autre.

Le marbre, au contraire, cette matière noble d’un autre âge, fixerait tes courbes et déliés. Ma décision est prise : ce soir commencera ma dernière oeuvre. La tienne.
Une ultime fois, je parcourrai l’ovale de ton visage, la boucle de tes cheveux. Je leur ferai violence pour leur donner forme : je taillerai dans la masse et esquisserai tes contours, puis le ciseau viendra suppléer à la masse, pour finir je polirai chacun de tes recoins. Je t’enfanterai dans la douceur : un autre Toi naîtra alors …

Voilà plusieurs décennies maintenant que tu m’as quittée. Je suis une vieille dame aux doigts décatis, aux cheveux gris et désordonnés.
Mais dans mon jardin tu veilles toujours. Le regard, toujours fixé vers un ailleurs que je n’ai jamais compris.

© Leiloona, le 6 mai 2013

Crédits photo © Leiloona

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 Le texte de Jacou : 

 

Heures de gloire

 

Figé pour l’éternité

Avec ma gueule au nez cassé

Que je n’ai pu faire arranger.

 

J’étais beau, comme un dieu grec

Jeune et en bonne santé,

Cheveux bouclés, si joliment,

Que d’Athènes, tous les bergers,

D’envie, en palissaient.

Pour le concours du plus bel homme

Que la terre n’eut jamais porté

Inscrit je m’étais.

Ma gueule, à l’égale de celle des dieux d’Olympe,

Avait juste ce qu’il faut

Nez aquilin, lèvres ourlées.

Tenter ma chance, je décidais.

Succès féminins et masculins,

Me laissaient à penser

Que ce concours, pour moi, était fait.

 

Le jour dit, il y avait foule.

Phénomènes de foire, musculatures hypertrophiées,

Des gominés, aussi, il y en avait.

Cohorte de coachs, admirateurs, admiratrices.

Chacun roulait les mécaniques,

Gonflées aux anabolisants

Tablettes de chocolat,

C’en était même indécent.

Et moi, au milieu de tout cela,

Aucun ne m’arrivait à la cheville,

Tous sur-vitaminés, surentraînés.

Ephèbe, dans toute cette splendeur,

Dont la nature m’avait doté

Sans rien y ajouter.

Ni aide, ni  artifice,

J’étais moi, le seul, l’unique.

Je regardais cet étalage de chair virile,

Pressentant bien qu’aucun,

Face à ma beauté naturelle,

Ne ferait le poids.

 

Je jouissais à l’avance du moment

Où, fièrement triomphant,

J’arborerais l’écharpe du vainqueur.

De mon avenir glorieux, j’en étais là,

Lorsqu’ un petit avorton m’apostropha.

De métèque me traita.

Un violent coup m’assomma.

 

Etourdi, innocent,

Vers le concours je me hâtais.

Quel ne fut pas mon dépit

De constater que celui-ci

Etait fini.

Un badaud, qui traînait là

Alors, me dit :

« Ne regrette pas

De ta mine outragée

Tu n’avais rien à espérer.»

Interloqué, de me mirer,

Je demandais.

Piètre figure, je découvrais.

Au visage me sauta la vérité,

Dans toute sa trivialité.

De ce béotien, en un instant

Le juif errant, j’avais été.

 

C’est ainsi, qu’aujourd’hui

De ce pâtre grec, que vous admirez,

C’est son sosie que vous voyez,

Figé pour l’éternité

Avec sa gueule au nez cassé

Qu’il aurait bien voulu faire arranger.

 

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 Le texte de Roswelette : 

Nous ne nous connaissons pas.

Que se cache-t-il derrière ce visage impassible ?

Nos regards se croisent

Nos vies s’effleurent

Tout vacille, mais dans quel sens ?

Angoisse du doute…

Peut-être oserais-je faire un pas vers toi

Peut-être oserais-je prendre t’entourer de mes bras

Et déposer sur tes lèvres le souffle d’un baiser

Pour sceller la promesse silencieuse

D’un bonheur à venir

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Voici vos liens : 

K Mill : Statue

Lucie 

Yosha : Vestige

Céline : Retour sur Terre

Cardamone : Prendre l’air

Cécile : La statue de l’amant