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Publié le 27 mai 2013, par dans # Parfois j'écris ..., Atelier d'écriture, Une photo, quelques mots.
poussette

@ Romaric Cazaux

Les contes n’ont jamais vraiment raconté la fin d’une histoire. Après le fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », le néant, le vide. Rien, nada. Et alors, après avoir eu des enfants, que deviennent les personnages ?

Emma avait le regard dans le vague. Son bébé s’était enfin endormi. Deux heures qu’il braillait. Pour rien. Le manuel sur la mère parfaite avait bien stipulé qu’un bébé n’avait que des besoins primaires. Avoir le ventre plein, la couche propre … Qu’aurait-il bien pu vouloir d’autres ? Elle l’avait alors emmitouflé, sous les pleurs incessants, l’avait collé dans son landau, n’avait pas regardé dans la glace ses cheveux hirsutes et ses cernes interminables.
Un chapeau ferait l’affaire, il camouflerait cette tignasse devenue indomptable par manque de soin, et ce masque de fatigue qui ne l’avait plus lâchée depuis la maternité.

Emma était seule. La journée passait lentement et se déroulait au rythme du bébé brailleur. Trois fois par nuit encore, il la réveillait. Elle se levait alors, fantomatique,  et entrait dans la chambre douillette. Agressée par les cris, elle prenait machinalement ce bébé et le collait au sein. Elle se risquait à lui chanter des chansons imaginaires qui devaient remonter à sa propre enfance. Parfois elle s’endormait sur ce fauteuil. Elle risquait alors de recoucher cette petite forme pleine de confiance, puis retournait dans son lit, à côté de celui qu’elle haïssait aujourd’hui.

Les femmes sont seules avec le foetus dans leur ventre, mais Emma ne savait pas qu’elles étaient seules aussi par la suite.
Le pire était les copines devant lesquelles il fallait faire bonne figure. Oui, le bébé était mignon, oui il faisait déjà des risettes à qui passait devant, oui ses petites mains étaient à croquer. Oui, oui, oui.

Et elle, qui s’occupait de voir ses cernes, ses habits informes, son rire absent ? Il fallait faire illusion, puisqu’on venait tout juste de donner la vie.
Ces fichus contes de fée …

Une dame aux cheveux blancs vint s’asseoir à côté d’Emma. Une dame bon chic bon genre du quartier. Notting Hill n’avait rien d’un ghetto pour bandes sanguinaires.
La dame posa alors à peine les yeux sur le landau ; en revanche elle s’attarda sur les cernes d’Emma et lui lança alors sans prendre de pincettes qu’elle était la directrice d’une association qui s’occupait des toutes nouvelles mamans. Ces dernières parlent de leur quotidien, ne sont pas jugées, et bien souvent reviennent plusieurs fois par semaine. Elle lui tendit alors une carte de visite.

Emma regarda alors cette dame partir.
Finalement, oui, les contes de fée existaient peut-être vraiment : une bonne fée venait de se pencher sur le banc d’Emma. Elle ne serait plus jamais seule.
Elle se pencha alors sur le landau et sourit à Peter pour la première fois.

©Leiloona, le 26 mai 2013

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Le texte de Jacou : 

Boulot- Métro- Nono

 

J’ai voulu être écolo,

Ça m’a rapporté que des bobos.

J’ai voulu aller au bistrot,

Mais j’aimais pas le goût du sirop.

J’ai acheté une moto,

Pour faire pas comme il faut.

J’ai fait tous les boulots,

Mais il fallait se lever tôt.

J’ai inventé des robots,

C’était très rigolo.

J’ai épluché des noix de coco,

Quand il faisait trop chaud.

 

Je t’ai voulu, toi mon p’tit nono.

Et si, ni avec un bel hidalgo,

Je n’ai pu te faire, en duo,

Ni même avec un aristo,

Je t’aime mon tout petiot,

Peu importe le zigoto.

Je sais que si tu n’es pas héros,

Jamais tu ne seras un zéro.

Je t’offre ce concerto,

Un jour entendu dans le métro,

Je crois que c’était, de Mozart, l’adagio,

Et maintenant, fais bien dodo.

 

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 Le texte de Morgane : 

MATERNITE

 

Enfin elle s’est endormie ! Ça m’a tout de même demandé trois tours de parc au grand galop ! Ce banc libre est une aubaine pour que je puisse me poser un peu … J’entends crier un petit garçon derrière moi : Bonne fête Maman ! Tu parles d’une première fête des mères ! Je suis seule dans ce parc pendant que MONSIEUR est parti à l’aube accompagné de son meilleur pote pour une énième partie de pêche d’où ils reviendront bredouilles mais enchantés comme à leur habitude : Pfffff … … N’empêche que j’aurais aimé qu’en ce dimanche quelque peu particulier, Antoine soit prêt de moi et prenne le relai pour que je puisse m’aérer, me reposer, souffler. Que c’est difficile les nuits hachées, les multiples biberons, les lessives de bodies, l’appartement qui ressemble à un champ de bataille et les pleurs, toujours les pleurs … Je n’en peux plus de cette fatigue toujours présente, de ce mal être que je ressens au plus profond de moi. Je devrais être aux anges, la plus heureuse des femmes mais c’est tellement loin d’être le cas … Je m’en veux, je tente de prendre sur moi, de me raisonner mais j’ai l’impression de me trouver en bas d’une montagne infranchissable …

« Que du bonheur ! » m’avait prévenu mes collègues de travail : Tu parles !! Si c’est ça la vie de maman, je crois que je suis prête à rendre mon tablier !

« On n’est pas prête de sortir en boite ! » me disait amèrement à la maternité ma meilleure amie célibataire : Tu m’étonnes ! Je suis épuisée !!! Je me couche à 21H après le dernier bib pour avoir un soupçon de répit avant de devoir me relever la tête dans le gaz entre minuit et 1 heure direction la cuisine et la boite de lait en poudre …

« Maintenant qu’elle est là, il faut que tu assumes ! » m’a balancé ma mère la semaine dernière avec son tact et sa délicatesse légendaire … Prend ça dans les dents ! En tout cas, elle peut se brosser pour que je lui téléphone pour sa fête !!

Bien sûr que je l’ai désirée ma petite Luna ; Evidemment que je l’aime de tout mon être ; Je suis heureuse d’être devenue mère grâce à elle et seuls ses gazouillis me réchauffent le cœur et me font sourire en ces temps où mon humeur est plutôt à la grimace ; Je déborde d’amour pour ce petit mélange de nous deux. Il m’arrive même de l’embrasser si fort que je m’imagine la manger toute crue pour qu’elle retourne dans mon ventre : là où elle était si bien, là où elle avait bien chaud, du temps de mon ventre bien rond où ma main était confiante en ces caresses incessantes et apaisantes.

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 Les liens vers vos textes : 

Stéphanie : mon enfant

Jean-Charles : Elle et Louis

Yosha : La femme à la poussette

Cécile : Dans le parc ce matin

Lucie

une photo quelques mots