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cerise

© Romaric Cazaux

Tourne tourne entre tes doigts la voluptueuse
Grise la, enchante la
Puis d’un geste sec

Ôte-lui sa queue

Garde la encore entre tes doigts fins
Sens palpiter dans ta pulpe
Sa vie encore intacte

Lisse, ferme et douce
Toucher exquis
Dont la fraîcheur redonne vie

Gobe la alors
Le O de tes lèvres accueillant
Ce délice juteux

Remplissant ta bouche
Percutant ta langue
Joue et fais la rouler
Avant de la croquer

Coeur explosé, sens en alerte
D’elle ne restera qu’un pauvre noyau

Lundi 8 juillet 2013, © Leiloona

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 Le texte de Morgane : 

LES MIENS

Nous en sommes toujours au dessert alors que l’église du village de mon enfance va bientôt sonner 17H. Je me dis que ces repas dominicaux n’ont pas beaucoup changé depuis tout ce temps mis à part un peu plus de cheveux gris autour de la table et quelques têtes blondes supplémentaires à gambader partout dans le jardin. L’ambiance est bonne ; les sujets qui fâchent n’ont pas été abordé … Papy Paul a prétexté une partie de sudoku sous le tilleul pour piquer une ronflette. Mamy Jeanne est elle restée à table mais elle n’est plus dans la conversation depuis un moment et sa tête dodeline vers le sommeil. Tonton Jean-Louis va devenir aussi rouge que le contenu de son verre s’il continu sur sa lancée et les regards assassins de son épouse Solange ne lui font pas cesser ses blagues situées en dessous de la ceinture … Ma sœur aînée souffle, court et crie sur Marius et Manon qui ont l’air bien décidés à profiter de leur après midi en inventant des bêtises inoubliables sous l’œil rieur de leur papa qui ne bougera pas de sa chaise apparemment … Heureusement que Julie n’a pas remarqué que je donne mes noyaux de cerises à Marius pour qu’il les lancent sur le caniche idiot du voisin !

Ce qu’ils m’ont manqué finalement … Moi qui jugeait leurs vies bien trop tranquilles et qui les regardait de haut avec mon diplôme de pédiatre en poche … Quelle sotte étais – je !!! Je voulais une vie différente, une expérience qui n’appartienne qu’à moi, alors je suis partie le plus loin possible de ma famille. J’avais l’espoir d’être utile voir indispensable donc direction l’Afrique et le soin aux enfants sous alimentés. Cinq années riches en émotions et en horreurs : j’en suis revenue certes différente mais sûrement pas enrichie bien au contraire. Je me sens comme sonnée, déconnectée du monde qui m’entoure. Je n’ai personne pour partager mes nuits à part des cauchemars récurrents. Des vies j’en ai sauvé bien sur durant cinq ans mais j’ai loupé des événements importants de ma famille comme le dernier accouchement de ma sœur ou l’attaque cardiaque de mon père …

Alors me voici de retour parmi les miens qui tentent d’apprivoiser une Gaëlle qu’ils ont du mal à reconnaître. J’ai obtenu un poste de pédiatre au service maternité où ma propre mère m’a donné naissance. J’ai promis à mon frère de l’accompagner à son cours de squash mardi prochain. Je suis invitée Samedi pour l’anniversaire des 4 ans de Manon : objectif tresse africaine pour la demoiselle et ses invitées. Ma fratrie m’a pardonné mes remarques hautaines d’antan et ils semblent bien décidés à m’apprendre à être heureuse simplement dans la région de mon enfance.

Ma sœur vient de se rendre compte de notre petit manège de noyaux à Marius et à moi et sort ses yeux noirs … Marius me prend la main et nous courons vers le fond du jardin où nous effrayons les poules au passage par le fou rire qui ne veut plus nous quitter … Je sers encore plus fort sa main : Je suis bien …

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 Vos liens : 

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Yosha : Renouer

Jean – Charles : L’amour est cerise

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