Couloir de la mort (atelier d’écriture)

couloir

© Romaric Cazaux

Pas claqués sur le carrelage
Douleur glaciale sur l’échine
Perte des sens

Marionnette sans fils
Chacun de mes pas est un supplice
Mes poumons me brûlent
Ma gorge est un étau

Je t’ai perdu

Oserais-je encore rire de nouveau ?
Oserais-je un peu t’oublier ?

Un voile s’est posé sur ma peau
Celui du deuil

Mon double, mon aimé, mon âme soeur
Mon corps s’atrophie de ton absence
Et se mue en peau de chagrin

Et voici qu’à jamais ma vie se change en noir et blanc.

Au bout du couloir
Une silhouette
La tienne
Mirage de ma folie

© Leilona, le 15 septembre 2013

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 Le texte de Jacou : 

 De l’ombre à la lumière

 Je le revois là, comme si c’était hier…Il m’avait dit : « Je n’irai pas plus loin. ». Je l’avais laissé devant la porte, dans la ruelle.

J’avais continué mon pèlerinage, sans lui, pénétrant sans hésiter dans ce hall, un peu sombre.

Au retour, il n’était plus là.

Ce voyage était, pour moi, un retour aux sources. Je lui avais raconté mon enfance, mes parents, bourgeois dépaysés, dans ce lieu, s’habituant, tant bien que mal à la pénurie, ayant accepté, résignés, ces changements radicaux et brutaux, voulus par l’l’Histoire.

Je l’avais entraîné, confiant, sur les traces de mon passé.

Je crus un instant l’apercevoir parmi la foule des manifestants. Je rentrais à l’hôtel. Il n’avait rien laissé, si ce n’est une lettre : «  Je te quitte. Je n’arrive plus à te suivre dans ce dédale de rues, je ne me sens plus à l’unisson de ta pensée. Tu as changé. Je peux le comprendre. Tu te sens chez toi, ici. C’est ta nourriture. Et elle est en train de devenir ta raison de vivre. Mais même s’il est dur pour moi de ne plus rester avec toi, je me sens étouffer. Cette atmosphère est trop lourde, angoissée. J’ai besoin de lumière, de rires. Ici, à chaque coin de rue, on rencontre la tragédie, le mystère de terribles secrets.

Je te laisse. Ta vie est ici. Ton futur est ici. Je m’en voudrais de t’imposer mon présent. Je l’ai compris, à peine avions-nous posé le pied sur le sol de ce pays. Sois heureuse. Peut-être qu’un jour… »

Nous avions découvert une ville, la capitale, en pleine effervescence ; banderoles, manifestations.

Il avait raison ; je ne pouvais me passer de cet endroit. Ailleurs, je survivais. Ici je respirais à pleins poumons, satisfaite de peu, un signe sur une pierre, des rues étroites bordées de bâtisses. Chacune me rendait un souvenir, m’interpelant pour me raconter une anecdote.

Ces témoignages, je les retrouvais dans la statuaire, dans les frémissements du fleuve, dans la courbe d’un nuage. Oui, j’étais de retour chez moi.

Malgré les terribles évènements qui suivirent, je décidais de rester quand même. Ce ne fut pas simple. Beaucoup de suspicion pesait sur moi. J’étais suivie, contrôlée. Mon nom n’incitait pas à la confiance. Mais on finit par me laisser en paix. Je trouvais du travail dans une librairie. J’accueillais les rares touristes venus de l’Ouest. Je les conseillais sur ce parcours que François n’avait pas voulu terminer avec moi. Parfois, je leur servais de guide. Certains revenaient ravis, voulant en savoir un peu plus ; d’autres préféraient consacrer leur temps à Mozart.

Grâce à eux, je connaissais ce qui se passait dans mon ancien pays.

Ici, on vivait sans grand changement apparent. Mais bientôt, le bouleversement tant attendu fut dans tous les cœurs, sur toutes les lèvres.

Un matin, une silhouette se découpait devant la porte, en pleine clarté. On aurait cru la sienne.

La lumière diffusée par les lanternes de l’entrée, m’offrait une obscurité suffisante, où virevoltaient mes pensées. J’approchais lentement, craignant, à chaque pas, que l’apparition ne s’évanouisse.

Je franchissais la porte : « Bonjour ; on m’a dit qu’ici, je trouverai la grande spécialiste de Kafka. »

Nous parcourûmes la ville, en long, en large et en travers.

Nous fîmes un tour complet, fidèles à Kafka disant, je le cite : « Ce cercle restreint englobe toute ma vie. »

C’est en quittant le cimetière que François me proposa d’aller à l’Opéra. Ce soir-là, on y jouait : « Les Noces de Figaro. »

Pour nous, une nouvelle vie commença, sous les accents joyeux et lumineux du « divin Mozart », musicien tant aimé à Prague.

 

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 Les liens vers vos textes : 

Stephanie : Obsession

Cécile : C’est terminé

Nanilou (bienvenue ! :D) : Quelle frayeur ! 

Yosha : Soleil d’automne 

Cécile : Peut-être aurais-je dû ? 

Stephie 

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15 comments

    • Leiloona says:

      Hop, je me suis de nouveau transformée en lapin d’Alice, mais ton lien a été ajouté voici quelques minutes ! 😀

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    • Leiloona says:

      Merci Cess ! 😀

      Ton lien a été ajouté ! Oui, c’est une photo qui a inspiré des textes bien sombres ! 🙁 Et je ne suis pas certaine que celle que je viens de poster change de ton …

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  1. Soène says:

    Coucou Leiloona,
    Hélas, je n’ai pas trouvé le temps d’écrire un texte et pourtant j’avais colorisé la photo, trouvant celle de Cazaux un peu sinistre et trop sombre 😉
    Ton texte est très beau. Tu as été bien inspirée. Comment fais-tu ton choix de photos ? Marches-tu au feeling ou au pur hasard ? C’est peut-être ton secret le choix :roll: 😆 J’suis peut-être trop curieuse 😉
    Bonne semaine
    Je ne te promets plus rien… j’ai une période professionnelle un peu compliquée qui me prend tout mon temps.
    Bisous d’O.

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    • Leiloona says:

      😆

      Tu me fais rire ! Tu avais sorti tes pinceaux déjà ! 😛 Bon, la nouvelle photo ne sera guère plus joyeuse …

      Sinon, surtout au feeling, oui ! 😀

      Bises !

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  2. Kmill says:

    Leiloona ton texte est bouleversant, je l’ai relu plusieurs fois et je l’aime du début à la fin.
    Jacou, j’apprécie l’atmosphère qui se dégage de ton texte et je trouve qu’elle colle très bien à l’image.

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