Ami, entends-tu … (atelier d’écriture)

© Marion Pluss

© Marion Pluss

Coeur dansant, pieds de ballerines
Bouche vermeille et boucles emmêlées
Je fixe et j’intimide de mon regard troublant

Je joue et j’embobine
Mes journées de guirlandes
Et barbouille mon visage
De grimaces chocolatines

Petite fée aux pieds
Libres et sans attaches
Je danse et martèle
De mes pas cette terre
Qui ne m’appartient pas

Pourtant résonnent en moi
Des chants venus d’ailleurs
Des chants d’exilés
Pour qui la patrie n’est pas seulement
Un pays.

© Leiloona, le 11 mai 2014

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 Le texte de Pauline : 

Déclinaison(s) autour d’une même photographie

Premier prix du concours de photo amateur Pérignat-lès-Sarliève 2014

Regarde comme elle est belle, et ce regard, elle va faire des ravages plus tard !

Quel bout de chou, elle est craquante ! Tu as lu la légende ?

« Notre peuple a traversé les siècles, nous sommes libres, nomades par choix, ne l’oubliez pas, la France, patrie des Droits de l’homme, est un  bon pays, elle va nous accueillir, soyons patients. »

Rom Bidonville Lille 2014

Pourquoi veut-elle la photographier ? En quoi est-elle différente ?

Et ma grand-mère qui l’agite comme un trophée !

« Allez Yéléna, sois gentille, regarde la dame, elle ne nous veut pas de mal ».

Finalement, pas si hostile que ça la photographe, on ne la sent pas comme ces journalistes avides d’émotions faciles…

Elle a donné des livres, des crayons, des jouets pour les enfants, des vêtements chauds pour nous les ados. Elle ne cesse de sourire, mais je sens bien que c’est un sourire de compassion, de gêne, comme pour mieux cacher son désarroi.

Car la misère est là, nous avons faim, nous avons froid, nous n’avons même pas d’eau pour nous laver.

Lorsque nous sortons du camps les gens nous regardent comme des bêtes curieuses, mais leur regard est fuyant, notre présence les dérange, pas évident de côtoyer la misère, peut-être ont-ils peur de la contagion…

La misère est un peu comme la maladie, on a tendance à la préférer chez les autres !

Depuis que nous sommes arrivés en France, ma grand-mère se flétrit.

Je l’ai entendue pleurer cette nuit. Hier pleine d’espoir, aujourd’hui elle déchante…

Nous, les blessés, chassés, vilipendés, survivons, serrons la mâchoire et avançons.

Certains se battent encore pour nous !

A l’école, chaque matin, les maîtresses viennent un peu plus tôt, pour nous préparer un petit- déjeuner, elles nous permettent d’utiliser les douches afin que nous soyons tout simplement comme nos copains, propres.

Oui, maintenant, je sais pourquoi, elle a photographié Yéléna.

Lorsqu’elle est venue nous donner la photo, j’ai compris.

Dans le regard  noir et profond de ma petite sœur il y avait tout, la dureté, la colère, l’interrogation, la tristesse mais ce qui crevait la photo c’était sa beauté, la beauté d’une enfant victime de l’injustice des hommes…

  Yéléna, notre petit ange  07-02-2014 

C’est vrai qu’elle est belle notre Yéléna avec ses grands yeux noirs. Elle semble interroger en permanence le monde. Lorsqu’elle plante son regard dans le tien soit tu craques, soit tu baisses les yeux…

Volontaire, elle ne scille pas. Elle semble demander ce qu’elle fait là, dans la boue, le froid, la crasse…

J’ai insisté pour que l’on mette cette photo dans ce cadre.

Je suis émue de voir chacun de ses petits camarades déposer une rose tout autour.

« Un problème d’électricité », ont supputé négligemment les gendarmes.

Un badaud a ajouté : « Si cela pouvait les faire partir ! »

J’ai mal… Mais en même temps je suis contente, car lorsque cet homme a vu la photo sur le tas de cendres, il s’est tu et a baissé la tête …

Yéléna est morte le sept février,  brûlée vive dans la caravane.

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 Vos liens : 

Jacou : Mon enfance passa

JAK

Josette

Cléo : L’ange

Stephie rattrape son retard et publie sur d’anciennes photos. 

Dame mauve

 Eva

une-photo-qqes-mots

 

 

27 comments

  1. devenirecrivain says:

    Merci pour le partage de toutes ces émotions…

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  2. trezjosette2 says:

    la misère un fléau éternel… que d’émotions dans tous les textes

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  3. jacou33 says:

    Pauline, ce texte témoignage, bouleversant; ce fait réel, que l’on ne devrait pas banaliser, et surtout qui n’aurait pas dû être. Tant d’ humains subissant cette inhumanité, indifférence ou incompréhension.
    Leïloona, l’exil raconté d’un ton léger, mais l’ émotion accompagne les pas dansants de cette petite ballerine venue d’ailleurs. Très beau

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  4. Caro says:

    @Leiloona : comme d’habitude, je suis fan ! J’aime beaucoup les grimaces chocolatines 🙂

    @Pauline : ton texte m’a mis les larmes aux yeux…

    J’ai encore passé mon tour cette semaine, cette photo ne m’inspirait que de choses sombres et tristes et je n’ai pas envie d’écrire ce genre de choses en ce moment 🙂

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  5. bene89 says:

    Bonjour,
    débordée de travail, je participerai à nouveau à l’atelier lorsque tout ça sera un peu décanté.
    @ Leiloona: j’aime bien cette façon que tu as de faire parler cette petite fille. A nouveau, thème de l’exil.
    @ Ludovic: Oh, que l’atmosphère de ce texte est dure ! Une petite fille qui voit mourir son amie, et en même temps qui se rend compte de la méchanceté (l’ignorance?) des propos de l’homme…

    Très beaux écrits !

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      • bene89 says:

        Oh, pardon ! « L’habitude » est une seconde nature…
        Les compliments s’adressent à Pauline, donc !

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  6. Ludovic says:

    Que d’émotions exprimées cette semaine, bravo a toutes les 2!
    Leiloona, un sens de la formule. C’est superbement écrit, On est jaloux de ne pas y avoir pensé!:)
    Pas de texte pour moi, sa frimousse ne m’a rien inspiré!

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  7. cleoballatore says:

    Tout a été dit je crois. Leiloona, tu parviens à rester légère dans cet atmosphère bien sombre. Pauline, c’est un texte écrit avec les tripes. Très poignant.

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  8. mamido55 says:

    Deux beaux textes tout en émotion, celui de Pauline émouvant et fort met la chair de poule, celui de Leïloona emprunt d’une douceur désespérée et cependa

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  9. mamido55 says:

    mauvaise manip, j’ai édité mon texte avant de l’avoir terminé:
    … et cependant joyeuse.

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    • Pauline says:

      @ Leiloona : Un beau texte entraînant et touchant.
      Promis j’ôterai mes semelles de plomb et chausserai des ballerines une prochaine fois, ceci dans la concision ! (sourires)
      La chute de mon texte est malheureusement un fait réel survenu en 2014, passé dans les faits divers…

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  10. Pauline says:

    Merci pour vos commentaires et votre accueil, cette photo a généré des traitements divers, de beaux écrits empreints d’émotion…

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