La chance que tu as, Denis Michelis

la chance que tu as denis michelisImaginez un livre qui vous jette d’emblée dans un univers étrange, à la limite constante du cauchemar … La Chance que tu as joue sur nos repères et nous jette dans un univers où les êtres humains en traitent d’autres de manière bien particulière.

Tout commence par un entretien d’embauche, ou plutôt par une embauche directement. Un jeune homme arrive dans un parc hôtelier pour devenir serveur. Ses parents lui ont bien répété qu’il avait une sacrée chance d’avoir été sélectionné, vu son manque d’expérience dans ce domaine.
Le personnage arrive donc un peu penaud, sentiment qui va aller crescendo quand son chef s’apercevra qu’il n’a aucune formation.
On tombe alors de Charybde en Scylla. Les collègues sont vraiment étranges, et les clients ont très envie d’avoir un service irréprochable vu le prix du repas.
Une chape de plomb : tel est notre sentiment en poursuivant cette histoire. Un terrible huis-clos où tout semble être possible.
On navigue alors en eaux troubles, qui sont ces collègues ? Quels sont ces plats dont raffolent les clients ? Pourquoi le personnage accepte-t-il d’être rabaissé de la sorte ?
Le malaise se poursuit et devient plus profond. Est-on vraiment prêt à tout pour trouver du travail ?
Grâce à des champs lexicaux ciblés, le lecteur se demande même quels sont réellement ces plats servis, hésite même avec des cas de cannibalisme …
A l’instar du lecteur, le personnage étouffe dans ce restaurant, et quand on commence à le maltraiter, un glissement s’opère, on tombe avec lui sur ce terrain boueux, d’une noirceur terrible.

Quel roman étrange !
Dès les premières pages, on ne sait pas vraiment quel est l’espace-temps de ce récit, on basculerait presque dans le conte ou la fable. On avance dans la mélasse, on flirte avec le fantastique sans jamais l’atteindre, à moins que ce ne soit le merveilleux : le personnage est-il le Petit Poucet ? A-t-on des ogres en face de lui ? Et ce prétendu allié, l’est-il vraiment ? Et quid des parents ? Ne l’ont-ils pas jeté dans la gueule du loup consciemment ?

Au fil des pages, pourtant, un message se dessine. Celui de la cruauté des hommes envers leur semblable : le personnage est réifié, ou plutôt animalisé et il n’y aurait qu’un pas pour que tout bascule vers l’horreur.
Mais, alors qu’une voie sans issue semble se profiler, le fantasme ou le rêve font alors leur apparition.

Une chose est sûre en tout cas, voici un livre OVNI, quasi hypnotique, qui joue avec son lecteur.
Une fable des temps modernes sur le monde du travail qui fait froid dans le dos … Un Kafka à la sauce contemporaine.

(Pour la petite anecdote : je l’ai fini dans l’avion, au retour de Cracovie, et je n’ai pu m’empêcher d’en parler à mon ami, lui aussi interpellé par l’intrigue : comment aurait-il pu en être autrement ?)

D’autres ont lu ce roman de la rentrée littéraire :

JérômeUn premier roman inclassable. Inclassable parce qu’au réalisme le plus cru, Denis Michelis a préféré une forme plus énigmatique, proche du conte fantastique

BlablablamiaDenis Michelis signe une redoutable métaphore qui donne à réfléchir sur sa propre place, sur ce que l’on accepte par la force des choses, et ce qui doit changer si l’on ne veut pas se retrouver en miettes.

Caractéristiques numériques
Format ePub
Editeur Stock
Date de parution 20/08/2014
Collection La Forêt
EAN 9782234077089
Type de DRM Adobe DRM
Droit d’impression Non autorisé
Droit de Copier/Coller Non autorisé
 12,99 € en numérique
3 heures de lecture

Challenge de la rentrée littéraire 5 % (28/30)

challengerl2014

20 comments

    • Leiloona BricaBook says:

      Spécial, oui, c’est le mot. On en ressort un peu hébété. Un livre qui suit longtemps son lecteur, pour son ambiance très particulière.

      J’ai regardé une interview de l’auteur, tout jeune, tout mignon, le décalage est grand ! C’est marrant de voir à quel point (mais ça j’enfonce des portes ouvertes) la personne réelle est très différente de l’auteur. (Bon, je ne sais pas si mes propos sont clairs ce matin.)

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  1. Une ribambelle says:

    L’ambiance que tu décris et ton ressenti me font vraiment penser à l’ambiance de « Extraits des archives du district » que j’ai lu il y a peu !!!

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  2. jerome says:

    oui, il y a du Kafka dans ce texte. Et j’aime que les premiers romans soient aussi originaux, aussi « risqués ». Pour le coup, ici, ça fonctionne parfaitement en plus.

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    • Leiloona BricaBook says:

      Oui, un joli pari en effet ! Et comme c’est fait avec finesse, on ne peut qu’applaudir et recommander. Bon, j’avoue que le résumé que je donne à l’oral n’arrive pas à conquérir des coeurs. Je comprends que certaines aient plus envie de léger en ce novembre morose. Mais c’est dommage, d’autant plus qu’il se lit vite.

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  3. alexmotamots says:

    Pas trop envie d élire un roman kafkaïen su le monde du travail, pour le moment.

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  4. LADY MARIANNE says:

    j’imagine aisément le livre avec tes propos, les sous entendus, mélange d’intrigue, de rêve ou de réalité- le lecteur imagine lui-même avec ses mots qui amorcent les idées de chacun-
    oui un livre à lire- je note –

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    • Leiloona BricaBook says:

      Il est tellement particulier … tu verras. Je crois qu’il y a des ressorts de l’intrigue tellement à part qu’on ne peut même pas les imaginer avant de les lire sans ce roman.

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  5. Mélo says:

    Intéressant. Et ton billet fait déjà froid dans le dos, brrrr. Je le lirai peut-être un jour mais pas dans l’immédiat, c’est sûr.

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    • Leiloona BricaBook says:

      Bon, tant mieux si mon billet fait déjà des frissons, parce que le bouquin est super particulier … Tu verras, je n’ne dis pas plus. :)

      Jérôme en dévoile beaucoup plus, si tu veux … :)

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