Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose, Edouard Moradpour

nous parlions d'amour moradpourChaque fois que j’ai écrit un billet ici c’était pour vous parler d’un livre que j’avais aimé, et que j’avais envie de vous faire aimer. Mais aujourd’hui, je termine nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose d’Edouard MORADPOUR et je ne sais qu’en penser …

Alors à un moment où je surveille les réseaux, les commentaires, les blogs dans l’attente de commentaires sur mon propre livre, je me demande s’il faut publier des chroniques quand on a moins aimé ou se contenter de n’en rien dire? (Surtout que les billets assassins sur ce livre ne sont pas rares… ) Je n’en sais rien, mais si je profitais de ce billet pour comprendre pourquoi je suis mitigé…?

Le livre raconte l’histoire de Julien, avocat brillant, amateur d’art, à qui l’enfance avec sa mère a laissé des traces et des questions, et d’Eléonore, premier violon dans un grand orchestre, qui a mis sa vie entre parenthèse pour la musique, et qui a souvent été déçue par les hommes autour d’elle. Tous les deux ont décidé de faire appel aux services d’une agence de suicide assisté en Suisse avant que la maladie qui les touche ne les rattrape complètement ! Mais alors qu’ils ne se connaissent pas, ils vont se croiser dans la salle d’attente et, français perdus dans ce pays germanophone, vont décider de passer les 3 jours d’attente du délai légal, ensemble… Et si cette décision infléchissait la suite, et leur envie de mourir ?

L’histoire ainsi posée m’avait intrigué, et le livre était dans ma PAL depuis un bon mois. J’en attendais beaucoup trouvant l’idée extraordinaire de possibles, projetant beaucoup dessus… La fameuse attente de lecteur! C’est peut être une des raisons de ma déception!

Le livre commence par la prise de rendez vous de Julien dans la clinique, puis, par un retour arrière, on découvre la vie des 2 personnages bien avant leur décision. On comprend ce qui les a construit, la frustration d’Eléonore de ne pas avoir eu d’enfants, la peur de Julien d’avoir la maladie qui a emporté sa mère… Cette partie m’a semblé un peu longue parfois… Je ne m’attendais pas à revenir en arrière ainsi, et même si ces histoires de vie permettent de justifier les décisions de mourir qu’ils prennent, je n’ai pas toujours trouvé que c’était utile…

La deuxième partie narre leur rencontre et ces trois jours fous, les trois derniers, pendant lesquels ils doivent profiter sans se poser de questions, parce que le temps est compté maintenant. Ils s’approchent, se jaugent, se découvrent dans une ivresse de vie, d’empressement. L’amour s’en mêle et fait éclater leur certitude… Là aussi, j’ai été dérangé par la langue, très travaillée, très écrite. Les longues descriptions des tableaux qu’ils voient dans le musée qu’ils visitent m’ont souvent perdu par exemple, parce que je ne connaissais pas forcément ces tableaux, parce que j’y trouvais des longueurs et des « manières » dans l’écriture, comme si c’était un exercice d’écriture, une obligation de faire une belle description, très littéraire. Et peut être aussitôt, parce que je ne suis pas assez sensible à l’univers de la peinture, je l’admets.

Et puis, dans ce passage, ces trois jours fous, les personnages ont plutôt l’air en forme, et on se demande pourquoi ils avaient décidé d’en finir… Bref, le propos de départ se dilue et se perd un peu… Ce que l’on prévoit depuis le début arrive, ils s’aiment follement, reprennent espoir, et hésitent donc ! Une nuit d’amour, de discussions, d’échanges, d’espoir, scelle un pacte entre eux !

Jusqu’à la dernière ligne le lecteur ne saura pas quelle a été leur décision finale ! J’ai plutôt aimé ça, là aussi, projetant des envies, des attentes, des espoirs pour eux ! Mais encore une fois, la langue m’a parfois dérangé, et cette partie est très courte alors qu’elle méritait d’être beaucoup plus développée je pense, plus que les deux autres parties qui m’ont parfois semblé longues.

Alors ? Je ne déconseille pas le livre, je crois que j’en attendais beaucoup, trop peut être, et que nous avons raté notre rendez vous! Mais ça reste un roman dont le sujet est très porteur, une excellente idée mais pas exploitée comme je l’avait imaginée, et attendue! Je n’ai pas été assez sensible à la langue et à la construction du roman, et à l’univers artistique (pictural et musical) qu’il développe pour dire que je l’ai aimé.

Mais cela reste une jolie histoire d’amour, de rencontre, d’espoir. Est ce suffisant ? A vous de juger !

Broché: 270 pages

Editeur : Michalon
(5 mars 2015)

ISBN-13: 978-2841867790

18 €

17 comments

  1. Leiloona says:

    @ Ludo : Tu en parles bien, tu te poses les bonnes questions, cet avis est constructif, pas comme d’autres que j’ai vu sur ce roman qui le démontaient complètement en faisant preuve (à mes yeux de fille de Candy) de méchanceté gratuite.

    Là au contraire, tu expliques ton ressenti …

    Tu as bien fait d’écrire ce billet, après tout un blog est le reflet COMPLET de nos lectures, un peu comme lorsqu’on parle de livres autour d’un dîner entre copains.

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  2. alexmotamots says:

    Cela ne me dérange pas d’écrire un article sur un roman que je n’ai pas aimé, car il est toujours argumenté. Et puis les avis discordants sont toujours appréciables.

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  3. Ludo says:

    Merci pour ton avis leiloona. Ça me semblait inconcevable de juste dire j’ai pas aimé! Alors j’y ai réfléchi! Et je crois que j’en attendais beaucoup, je trouve l’idée de départ tres tres bonne! Du coup j’avais presque écrit dans ma tête màpropre version de cette histoire… Et la rencontre avec le texte est ratée… Et l’écriture, la langue et les univers décrits y sont aussi sûrement pour beaucoup!
    Mais il aura un lectorat je pense!

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    • Leiloona says:

      Peut-être aussi parce que tu écris pas mal, et tu te mets aussi dans la peau de l’écrivain : « comment aurais-je abordé ce thème ? »

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  4. L MARIANNE says:

    ha oui j’aurais envie de lire ce roman après ces bonnes explications de Ludovic !!
    on aurait moins de déception— pourvoir survoler les longs détails sans importance— et mieux apprécier les bons passages-
    cet avis n’est pas médisant !! bravo c’est bien dit !!
    bon week-end à vous !!

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    • Leiloona says:

      Marianne : Voilà, tu es la preuve qu’avec une chronique mitigée on peut donner envie ! Merci !

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  5. Anne de Louvain-la-Neuve says:

    L’idée dans la critique est aussi non seulement de faire découvrir un univers d’auteur mais également de trouver sa familles dans la lecture. J’adore partager avec mes amis le même amour, la même passion, la même haine, la même déception pour une histoire… Une de mes sœurs ou ma meilleure amie partageront à quelques exceptions près tout ce qui m’emporte ou me révulse, ce qui m’ennuie ou m’insupporte. Nous en discutons mieux et je pense pouvoir dire que si nous restons proche du cœur, c’est aussi parce que nous sommes sur la même longueur d’ondes à ce sujet ! Donc, oui, si j’évite de passer mon temps à lire des bouquins qui me tombent des mains et dont je ne dirai rien, j’apprécie de lire les critiques positives ou négatives dans les blogs que je suis et que j’apprécie pour cela… Merci.

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    • Leiloona says:

      Merci à toi pour ce commentaire : je crois, oui, qu’il est important de tout écrire, de façon mesurée. J’ai déjà vu des avis qui descendaient des bouquins, et là je ne comprends pas trop l’intérêt, si ce n’est de pouvoir se défouler derrière son écran. Au contraire, un article argumenté pourra même donner envie à d’autres de le découvrir (comme l’a bien montré Marianne au-dessus.)

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  6. monesille says:

    Et bien oui, ce qu’en dit Ludovic donne envie de découvrir ce livre ce qui prouve qu’il l’a rendu intéressant. Au niveau technique, comme je lis toujours trop vite, j’ai d’abord cru que c’était toi Leiloona qui avait écrit un livre et qui cherchait les avis sur les Blogs, je ne savais pas que Ludo aussi écrivait des chroniques sur ton blog.
    Bises

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    • Leiloona says:

      Hi hi, non mes publications ne concernent « que » de la poésie. Pas de roman, non …

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  7. Ludo says:

    Bon finalement tout cela est tres positif, merci pour vos retours! Maintenant je suis curieux de savoir si vous y trouverez plus que moi!

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  8. elea1688 says:

    Un très beau billet. Le sujet me tente, mais les descriptions de tableaux et les longueurs beaucoup moins. Mais je garde ce titre en mémoire et si jamais je le trouve …

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  9. Ludo says:

    Je trouve aussi que le sujet est tres beau, une formidable idée! C’est dans le traitement de l’idée que j’ai des choses qui m’ont gêné…

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