Il n’y avait que son utérus, les bulles caressaient la paroi de son ventre. Elle était comme une équilibriste, aux prises avec un écart instable, entre son intérieur menacé, affligé, qu’elle aurait voulu pouvoir chérir, et les centaines de fragments de la réalité au-dehors d’elle, qui n’étaient que des débris de bouée auxquels elle s’accrochait espérant pouvoir se sauver.
Il a fallu 4 mois pour Bénédicte pour se rendre compte qu’elle était enceinte. 4 mois sans faire plus attention que cela à la cuisson de la viande ou au lait cru du fromage. Aussi, quand, stupéfaite elle apprend sa grossesse, elle n’arrive pas vraiment à se réjouir. Guillaume, lui, explose de joie, et trouve que c’est une très bonne nouvelle, même si l’arrivée de ce nouvel enfant risque de chambouler l’équilibre de cette petite famille, surtout Emilie leur petite fille de 2 ans.
Malheureusement, très rapidement les retours sanguins sont mauvais. Au début de la grossesse, elle aurait mangé de la viande crue et contracté la toxoplasmose et le cytomégalovirus. Il y aurait de forts risques pour que l’enfant à naître soit très lourdement handicapé, voire même non viable. Mais malgré tout, l’interruption médicale de grossesse est soumise à certains principes de précaution, et c’est une longue attente qui commence pour Bénédicte.
Comment ressentir les mouvements de ce foetus sans se projeter ? Comment les annihiler quand on sait à 90 % qu’une fin est inévitable ?
Le nouveau roman d’Anne Révah ne se lit pas le coeur léger. On suit, dans le noir, comme les personnages, le chemin douleur de cet enfant qui restera à jamais sans visage. Le déni, l’attente, la douleur, la souffrance, la colère aussi.
Dans son souvenir, si Bénédicte avait dû être précise, c’était à partir de cet entretien qu’elle avait commencé à avoir des sanglots impossibles à contenir, d’abord à lui couper le souffle, puis des larmes continues, qui avaient coulé seules, lui couvrant le visage, sans un spasme, sans une plainte. Rien qu’un écoulement de douleur liquide.
Une roman difficile servi par une écriture sensible, sans emphase inutile. Une belle justesse pour parler de ce sujet délicat. On le lit en retenant son souffle, soulevé de temps en temps par une musique douce des mots renforçant alors encore plus le gouffre dans lequel a été jeté Bénédicte.
152 pages
Genre : Romans et récits
Catégorie Littérature française
Romans et récits
Époque : XXIe siècle
ISBN : 9782715241411
Gencode : 9782715241411
Code distributeur : D23234
15 €
15 livres lus de la rentrée littéraire (3 %)



Oh lalalala, dis, tu me l’amènes ce soir s’il te plait ?
Hi hi, ok ! 😀 Hop dans ma besace.
Tu es merveilleuse !!
Merci, merci ! ♥
Je ne doute pas de la qualité de ce texte. Mais je crois qu’il me renverrait à des moments douloureux, même si je pense les avoir surmontés…
Je peux comprendre tout à fait, oui.
Je suis bien tentée par ce texte, c’est un sujet qui m’intéresse, et dont on ne parle sans doute pas assez… Et puis je me souviens avoir bien aimé Le Manhattan d’Anne Révah. Je note !
J’ai retrouvé le style que j’avais aimé dans « Manhattan », l’an dernier son roman ne m’avait pas convaincue. Et effectivement c’est un sujet peu traité en littérature.
Un sujet difficile, en effet.
Je passe mon tour, trop dur pour moi. Mais je note que l’auteure a choisi d’infliger à son héroïne les deux maladies qu’on redoute quand on est enceinte ! Avec ça, l’issue est sans surprise.
L’écriture semble très belle. Je ne le lirai pas… je vis en live les soucis de cytomégalovirus non détecté durant la grossesse, un vrai calvaire pour une de mes amies…
Oh oui, je pense que lorsque le sujet nous touche personnellement il est difficile de le lire, oui. 🙁