L’apport sensible et subjectif de l’artiste est-il au contraire un indispensable matériau de témoignage ? Le talent du peintre réside-t-il dans la force et la justesse de sa contribution personnelle, ou, à l’inverse, dans une capacité de retrait afin de mieux se consacrer à la vérité, ses détours, ses irisations ?
Un des romans de la rentrée littéraire que j’attendais, fébrile, le coeur papillon … Antoine Choplin est un des auteurs contemporains que j’affectionne particulièrement. Un phrasé incomparable, un style qui m’embarque dès les premières phrases englouties, et une humanité explosive.
Une forêt d’arbres creux est une merveille. Et pourtant, le contexte n’est guère enjôleur. Nous sommes à Térézin, l’antichambre d’Auschwitz. Des hommes ont été recrutés pour leur habileté à faire des plans. Ces hommes seront les architectes de la mort : jour après jour, on leur demande de faire le sale travail, de construire les plans du crématorium.
Comment, comment rester humain quand on élabore une solution finale ? Comment prendre son crayon et tracer ces traits à la noirceur nauséeuse ?
Alors, ces hommes, comme le poing d’un seul homme, vont se rassembler le soir afin de dessiner la cruelle réalité de ce camp pour les générations futures. Un devoir de mémoire, un vibrant éloge du pouvoir de l’Art.
Rien n’est dit, l’horreur ne sera pas étalée, en revanche le narrateur s’attache ici au quotidien de ces hommes, et à pointer du doigt leur lumière. Et au-delà des barbelés, fixer un point rempli d’espoir.
Le roman d’Antoine Choplin possède la grâce des Justes. Dans un monde où l’horreur ne semble plus avoir de limites, dans notre monde où les valeurs sont bafouées et piétinées du talon, voici un livre humaniste et beau. Un de ceux qui nous redonnent foi en l’homme. Après tout, s’il en existe pour écrire de telles merveilles, tout n’est pas totalement fichu.
Merci monsieur Choplin.
Et pour poursuivre le travail commencé, voici pour prolonger encore la vie de Bedřich Fritta (condamné en 1944 pour « propagande de terreur ») un de ses dessins.
Titre : Une forêt d’arbres creux
Auteur : Antoine Choplin
Éditeur : La fosse aux ours
Parution : Août 2015
120 pages
Prix : 16€
Choco : Avec une langue à la fois tragique et poétique, Antoine Choplin évoque avec sobriété le combat d’un homme, l’espoir qui ne le quitte pas, la force de la vie sur la mort.
Noukette : J’aime ce style épuré, très visuel, tissé de non-dits et de silences… La concision au service de l’émotion
Jérôme : Tout ça pour vous dire qu’une fois de plus cet auteur aussi rare que précieux signe un texte fort et poignant avec la patte qui le caractérise.
14 / 18 – 3 % de la rentrée littéraire



J’ai visité le camp de Terezin au cours de mon voyage à Prague. Rien qu’à te lire j’ai à nouveau les larmes aux yeux. Pas sûre que ce soit pour moi…
Ah oui, je peux comprendre … Mais rien n’est évoqué, même si l’on sait … un texte d’une belle pudeur.
Je ne connais pas cet auteur, et je crois que je vais craquer pour ce livre. En tout cas tu me donnes envie de le découvrir
Ah chouette alors ! D’autres de ses romans sont en poche, déjà, si tu veux le découvrir.
Merci pour le dessin terrible qui clôt ton article,
Antoine Choplin, ce taiseux amateur de montagne, avec sa phrase épurée et son humaniste qui nous fait entrer sans fioritures dans les douleurs de notre siècle, cet écrivain magnifique nous éloigne des auteurs nombrilistes qui tiennent le haut du pavé parisien mérite ton bel article..
Oui, voilà, c’est tout à fait ça. Choplin est un grand doté d’une belle âme, j’en suis certaine. On ne peut pas écrire ainsi sans être un grand.
Je ne connaissais pas l’auteur.
Certains de ses romans sont sortis en poche, si cela te tente de découvrir. Je dois avoir d’autres chroniques de lui sur mon blog.
J’attends avec impatience que ma BM se le procure.
Ah oui, je te comprends ! Belle découverte.
ça ne me tentait pas, mais pourquoi pas finalement 🙂 Le livre me semble plus poignant, plus fort que ce que je m’étais imaginée
Dès les premières phrases je suis embarquée, et vu les billes élogieux je ne suis pas la seule … après c’est vrai que cela reste une affaire personnelle. 🙂
Tu vas me taper sur les doigts, je n’ai jamais lu Antoine Choplin. Mais les mots que tu emploies pour parler de ce roman me donne complètement envie de le découvrir.
Oh non je ne te tape pas sur les doigts, mais si tu étais devant moi je te prêterais un bouquin de ses bouquins ! 🙂
Un billet qui sort des tripes, écrit comme on parle …
Déjà noté, ton si joli billet me donne envie de franchir le pas ! merci <3
Merci Framboise ! ♥
C’est un des titres de la rentrée qui me tente le plus, même si le sujet n’est pas facile..
Je ne comprends pas d’ailleurs que cet auteur ne soit pas davantage mis en avant lors de cette rentrée. Des choses m’échappent … 🙁
Noté pour un peu plus tard, je suis dans une période « léger, léger »…
Oui, il y a des périodes, effectivement. Je ne l’ai pas ouvert tout de suite, on sait en l’ouvrant qu’on navigue dans une sale période oui…
Un auteur que j’affectionne particulièrement, je t’avoue que j’avais peur de celui-ci et de son thème mais si tu dis qu’il reste pudique, je vais revoir mon a priori !
Non, tu ne dois pas en avoir peur, vraiment…
Encore un texte magnifique de cet auteur que j’adore, tout en dignité je trouve.
Oui, une belle dignité et une belle humanité. ♥