Cher Pays de notre Enfance, Davodeau, Collombat

Cher Pays de notre Enfance

Sac à dos, sac à patates, course en sac, sac à malices, le mot « sac » semble bien anodin. Le SAC, c’est aussi le Service d’Action Civique, la milice du parti gaulliste. Quand Etienne Davodeau, auteur de BD, et Benoît Collombat, grand reporter à France Inter enquêtent sur l’assassinat du juge Renaud en 1975, ils mettent les pieds dans un incroyable et terrifiant SAC de nœuds…

SAC qui ces deux gars ?

Davodeau-Collombat enquêtent sur un sacré sac d’embrouilles…

Etienne Davodeau est une des figures de proue de la BD documentaire. Un de ses plus gros succès en fiction Lulu, femme nue, a été récemment adapté au cinéma.
Benoît Collombat a couvert de nombreux événements internationaux sur les ondes de France Inter. Il effectue désormais de nombreux travaux d’investigation, comme une (contre-)enquête sur la mort de l’ancien ministre Robert Boulin ou l’affaire Bettencourt.

Un album à lire pour ne surtout pas oublier…

La trajectoire d’Etienne et de Benoît vont se croiser pour réaliser une enquête sur les circonstances de la mort du juge Renaud dans La Revue Dessinée. Cet album reprend ce docu-BD et le complète par deux chapitres où il est, entre autre, question de la mort de Robert Boulin et des rapports du SAC avec le patronat.

Jouer avec les SACros-saintes règles de la Bande Dessinée

J’avoue avoir une profonde admiration pour le travail de Davodeau, parce que faire du docu-BD ou du reportage BD, ça n’est pas simple. Arriver à tenir le lecteur en haleine pendant des centaines de pages, en laissant la parole à des agriculteurs (Rural), un viticulteur (Les Ignorants) ou à la mémoire familiale (Les Mauvaises Gens), c’est un sacré tour de force.

« Le SAC, c’était une zone grise de la Vème république dont on n’aime vraiment pas se souvenir. »

Pour nous plonger dans les plus sombres heures de la Vème République, cet album nous propose de nombreux témoignages autour des affaires entachées (de sang) par la présence du SAC, mais aussi les dialogues et réflexions des deux investigateurs. Cette astucieuse combinaison de points de vue, rend le reportage passionnant, ponctué d’humour et de témoignages qui font froid dans le dos.  Yves Boisset raconte, par exemple, ses mésaventures suite à la réalisation du Juge Fayard, dit « Le Sheriff » , film mettant clairement en cause le SAC dans l’assassinat du juge Renaud : procès, bastonnade, menace de morts sont au menu.

Davodeau et Collombat ont plus d’un tour dans leur SAC pour nous révéler des informations importantes, comme cette astucieuse page 48 où ils contournent astucieusement la volonté de certains témoins de « lisser » leur propos via un dialogue entre les deux enquêteurs, joli clin d’œil à la roublardise du SAC 😉

On vous dit ça, on ne vous dit rien ;-)
On vous dit ça, on ne vous dit rien 😉

Lire pour que jamais, SAC ne recommence…

Je n’en révélerais pas plus sur cette impressionnante (et terriblement édifiante, hélas…) enquête. Cher Pays de notre Enfance est la bande dessinée à lire, pour ne pas oublier qu’en France aussi, politique et grand banditisme ont couché dans le même lit.

Dessinateur : Etienne Davodeau
Scénario : Etienne Davodeau et Benoît Collombat
Editeur : Futuropolis
Date de parution : 08/10/2015
Collection : Albums
EAN : 978-2754810852
ISBN : 2754810854
Nombre de pages : 224
24 €

Cette bande dessinée fait partie de la sélection Prix BD Fnac 2016, votez pour votre BD préférée !

Nimentrix ○
Explorateur d'imaginaire. Accro aux séries, la scifi, la fantasy, les comics, la BD et plein d'autres choses... Ecrit, un peu, beaucoup, passionnément, aussi. ;-)

7 commentaires

  1. Rhoooooo com’ ça me dit cette BD et com’ elle devarit aussi follement plaire à mon poilu !
    mille mercis pour ce joli billet qui donne une folle envie de découvrir cette édifiante enquête !

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  2. Deux hommes que j’apprécie, le résultat doit etre à la hauteur. J’ai entendu récemment encore une émission avec Collombat sur l’affaire Boulin et je suis assez âgée pour me souvenir de la mort du Juge Renaud. Les affaires n’avaient rien à envier à celles d’aujourd’hui.

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    1. J’ai 50 ans, la mort du juge Renaud, la mort de Boulin je m’en souviens aussi. On parlait moins des affaires à l’époque parce que l’ORTF était muselée, comme l’explique un des témoins dans l’album. Mais en effet, les affaires ont toujours existé et voir certains politiques très âgés n’avoir quasi jamais été inquiété file le tournis…

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