Un Hiver à Paris, Jean-Philippe Blondel

hiver à paris blondelLe fils
L’amant
La pute
Je pouvais incarner ce que les autres voulaient que je sois. C’est dans leur besoin que je me construisais. Dans leur envie que je solidifiais.

Un homme rentre de vacances. Il a en tête la prochaine rentrée scolaire : il est professeur d’anglais depuis 20 ans et les veilles de rentrée sont toujours les mêmes. Retrouver son quotidien, son chez-soi, son courrier aussi. Tiens, oui, son courrier. Quelle est cette enveloppe manuscrite ? On n’en reçoit plus guère de nos jours… Une fois la maisonnée couchée, Victor l’ouvre, il la lit et des sueurs froides parcourent son corps. Patrick … Un prénom oublié qui revient de plein fouet …

20 ans auparavant … Victor est alors en prépa. Il brille par son invisibilité. Et, comme tout le monde, il voudrait qu’on le regarde, qu’on prenne en considération sa personne. Il voudrait tout simplement exister. Il n’a guère d’amis dans sa promo’, ses parents ne savent même pas vraiment quels sont les enjeux de cette année, aussi Victor vivote et voudrait bien se nouer des liens. Peut-être avec Matthieu ? Un élève d’un an plus jeune que lui, en hypokhâgne ? De temps en temps ils partent fumer ensemble : même si la discussion n’est pas des plus folles, un petit lien existe, Victor se sent mieux. Jusqu’à ce terrible accident : Matthieu se suicide …

Et là, Victor commence à exister aux yeux des autres : on le questionne, on le plaint, lui, l’ami de Matthieu. Victor ne dément pas, trop honoré d’exister enfin.

Un Hiver à Paris fait partie de ces romans qui accaparent le lecteur dès les premiers paragraphes. La narration sait capter l’attention : cette lettre qui déstabilise une vie bien rangée, ces sueurs froides ressenties par le personnage principal, le tout ancré dans un quotidien qu’on ne connaît que trop bien (surtout quand on est prof comme moi … Ah les veilles de rentrée …)

On pense au début à une banale histoire de vocation : le personnage reviendrait sur ses années d’études avant de montrer quel enseignant lui a permis de suivre la même voie que lui. Et puis, avec le suicide, on se dit alors qu’on suit la jeunesse d’un anti-héros, confronté à ses propres illusions, à sa propre quête identitaire, mais des événements extérieurs, d’autres personnages infléchiront alors un nouveau cours à ce roman.

Roman sur les illusions, sur la pression familiale, sur la place qu’on peine à trouver, sur nos souffrances, nos peines, notre envie de les combler, sur cette vie qui suit son déroulement avec ou sans nous, sur l’Homme et ce qu’il a de plus secret : Un Hiver à Paris est tout seulement à la fois, et encore plus. Un roman à lire en hiver, sous un plaid, avec une tasse de lapsang souchong fumant à côté.

Auteur Jean-Philippe Blondel
Éditeur Pocket
Date de parution 07/01/2016
Collection Pocket, numéro 16441
EAN 978-2266261609
ISBN 2266261606
188 pages

6 € 20

Valérie chez Mic Mélo :  Blondel y met les détails nécessaires en oubliant le superflu pour que le lecteur perçoive la réalité de ses scènes. Blondel nous fait réfléchir sur des évidences auxquelles on n’a pas toujours eu le bon sens de consacrer du temps

Saxaoul :  Je ne rentrerai pas plus dans les détails, c’est trop personnel, trop intime mais sachez que ce premier rendez-vous avec la rentrée littéraire de janvier a été très concluant !

Laure.

20 comments

  1. Stephie says:

    Je l’ai lu à sa sortie et il m’avait manqué un petit je ne sais quoi pour vraiment aimer 😉

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    • Leiloona says:

      Ah ? Compliqué de trouver des liens vers des billets sur un roman sorti en poche … tu avais écrit une chronique ?

      Bien aimé moi : sans doute l’ambiance des classes prépa (que je déteste), ou cette place que personne n’arrive à prendre. Il y a des thématiques qui nous parlent plus qu’à d’autres. 😉

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      • Stephie says:

        Oh le lien, on s’en moque. En fait, c’est l’écriture qui ne me fait rien.

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        • Leiloona says:

          Oh c’est super gentil, mais comment dire … je peine déjà à lire les bouquins que j’ai chez moi, donc là, je me vois dans l’obligation de refuser ! 😀 (Sinon je l’emprunterai à la médiathèque, ils aiment bien Blondel ! :) ) Mais merci de ta proposition.

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  2. Framboise says:

    déjà noté, erf, cet affreux billet diablement tentateur en remet une couche :-p

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  3. lilylit says:

    Je l’ai lu en diagonale, je me souviens surtout de la scène du début. Je n’aime pas trop les livres qui tapent sur les prépas, je trouve ça tellement facile alors que perso j’en garde de très bons souvenirs, et pourtant on m’avait dit que venant de ma province j’allais me faire manger toute crue !

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    • Leiloona says:

      Ah, je crois que c’est avant tout un ressenti de l’auteur, de sa propre expérience … Je ne trouve pas que le récit soit dur avec les classes prépa, puisqu’à un moment donné un des personnages montre un autre versant du prof tyrannique et montre bien que tout n’est qu’une question de point de vue (ou presque.)

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      • Alphonsine says:

        Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est qu’il a su saisir quelque chose des classes prépa, sans manichéisme (et je ne trouve pas qu’il le fasse avec facilité et raccourcis de pensée comme on le fait souvent), et pourtant très vrai : j’y ai, pour ma part, tout à fait retrouvé mon expérience, et j’ai mieux compris ce qui n’était pas passé à l’époque. En cela, Un hiver à Paris m’a aidée à comprendre beaucoup de choses et cela a donné plus de résonance encore à ce beau texte de Blondel. Je m’étais d’ailleurs fendue d’un billet beaucoup plus personnel que d’habitude.
        Bref, je suis heureuse qu’il t’ait touchée aussi, d’autant plus que ton billet en révèle une autre lecture, et que cela enrichit mon souvenir. :)

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        • Leiloona says:

          Oui, je partage entièrement ton avis ! Nul manichéisme avec les 2 points de vue qui s’opposent, j’aimerais bien lire ton article du coup ! :)

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    • Leiloona says:

      Oh je ne le sais que trop bien, du coup la sortie poche donne un nouveau coup de fouet à un roman qu’on aurait noté puis oublié. 😉

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  4. Edyta says:

    Un de mes auteurs préférés. J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai pu emprunter peu après sa sortie, j’adore ma médiathèque :-)

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    • Leiloona says:

      Effectivement quand elles sont bien fournies, c’est un pur bonheur ! :) Sans elles je ne serais pas la lectrice que je suis. 😉

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  5. Mimi21 says:

    C’est un auteur que j’ai découvert avec ce roman que j’ai bien aimé : plein de sensibilité, de justesse et une écriture sans fioritures.
    J’ai lu « Mariages de saison » et continue ma découverte avec « 06h41 » et « Le baby-sitter ».

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