Huet : des plumes, des poils, du sang, des mignons chiens et des lapins

Jusqu’au 5 juin, au musée Cognacq-Jay, a lieu une exposition qui met en avant dans un style naturaliste la nature et ses animaux grâce aux toiles et autres objets d’Art de Jean-Baptiste Huet, peintre du XVIIIè.

Quand on entre dans l’expo Huet, on tombe d’emblée sur un gigantesque tableau de scène de chasse domestique : « Un dogue se jetant sur des oies ». Le tableau, alors présenté lors de l’Académie royale, étonne : de par sa grandeur, mais aussi la scène comme prise sur le vif.

Jean-Baptiste Huet, Un dogue se jetant sur des oies, 1768-1769 © RMN Grand Palais

Lyrisme des toiles

Effectivement, le musée Cognacq-Jay a choisi, pour cette première exposition monographique du peintre trois grandes catégories : « Sur le vif », « Au bonheur des bergers » et  » Décors au naturel ». 70 tableaux qui rendent compte donc du bonheur de la nature, de s’y promener, d’y croiser moult animaux, l’ensemble auréolée d’un regard sur l’âge d’or de l’Antiquité. Une ambiance pastorale, mais pas vraiment fleurie ou nunuche. Ici, il s’agit de représenter le vrai, à l’instar du loup percé d’une lance, les yeux exorbités, blessé au flanc : véritable symbole christique … L’émotion est alors palpable, trois siècles après. Le loup n’en finit pas de souffrir …

Regard d’un enfant sur le peintre

La toile interpelle forcément : l’adulte que je suis fut étonnée par ce formidable rendu de l’instant juste avant la mort, TroGnon fut quant à lui choqué par autant de violence visuelle … Le XVIIIè siècle sait finalement encore parler aux plus jeunes. L’Art n’est-il pas aussi un étonnement qui nous pousse dans nos retranchements ? Même si, force a été de constater que mon fils a eu vraiment du mal à se plonger dans cette exposition, il est intéressant de voir à quel point son oeil encore naïf et non averti de scènes violentes (du moins, j’ose l’espérer) fut en total rejet des tableaux agressifs (les mêmes que nous  mettrions justement en avant pour leur précision …).

Émotion non feinte de la part de l’animal, chaque toile possède alors un message implicite, comme le fut par exemple Jean de La Fontaine avec ses Fables. Le coq n’est-il pas un peu trop fier et peu fidèle avec ses deux poules ? Et ce mignon chien sur son coussin ne symbolise-t-il pas la fidélité à toute épreuve ?

Les toiles de Huet se focalisent sur un bestiaire peu étendu : chiens, coqs, loups, lapins, lions … Mais quelle variété dans les techniques utilisées ! Encre, sanguine, pierre noire, gouache … Le visiteur voit face à lui quel était le rythme effréné de l’artiste, éminemment présent sur le marché de l’Art de son vivant.

Un âge d’or renouvelé ?

Outre cette volonté de peindre l’animal dans un instant particulier, les peintures de Huet s’attachent aussi à renouveler le mythe de l’âge d’Or déjà présent dans l’Antiquité et renouvelé au XVIIIè (pensons notamment à Rousseau et son rapport à la Nature). Reprise de scènes mythologiques et bibliques, mais aussi de scènes bucoliques, les peintures idéalisent ce berger proche d’une nature apaisée et bienveillante.

Les toiles de Jouy

La dernière partie de l’exposition se focalise davantage sur les arts décoratifs, avec notamment la toile de jouy, dont Huet est un représentant. Ici, point de meubles (faute de place ?), mais seulement des dessins et des cartons qui illustrent toute la créativité de l’artiste, aujourd’hui surtout connu pour ses créations pour la Manufacture de Beauvais.

Fontaine et animaux (modèle de toile de Jouy), vers 1803-1806, plume et encre brune, lavis de brun et gris, rehauts de gouache sur papier, Paris, musée des arts décoratifs © Les Arts décoratifs, Paris/ Jean Tholance

Une exposition courte, comme pour chacune des événements temporaires au musée Cognacq-Jay, mais comme à chaque fois une scénographie choisie avec délicatesse et classe. A voir pour enfin se frotter à un peintre phare du XVIIIè, mais méconnu aujourd’hui (alors qu’il participa à des salons au même titre que Fragonard, resté lui un incontournable.)

Jean-Baptiste Huet, le plaisir de la nature
Du 6 février au 5 juin 2016
Musée Cognacq-Jay
Du mardi au dimanche, fermé le lundi
Commissaire de l’exposition : Benjamin Couilleaux
6 ou 4,50€.

 

2 comments

  1. Ch. B says:

    Malheureusement pour les enfants , les peintres naturalistes ont trop souvent égorgé ou pendu les animaux de basses cours . Il existe quand même quelques toiles aux tendres bergers admirant leurs brebis . C’est le souvenir que j’en ai .

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    • Leiloona says:

      Oui, voilà, c’est exactement ça … il a été dans un rejet total en voyant les toiles d’une agressivité non feinte, du coup j’ai eu du mal à l’intéresser aux mignonnes brebis … sa réponse fut sans appel : je n’aime que les chats. Ah ah ah … 🙂 Mais c’est une expérience toujours sympa de voir quel est le ressenti d’un enfant. 🙂

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