89 mois, Caroline Michel

Jeanne est contrôleuse dans les trains, 33 ans, et toutes ses dents. Fraîchement larguée et célibataire, son envie d’enfant dans le ventre, elle prend la décision de le faire toute seule, comme dans la chanson de Jean-Jacques Goldman …

Il lui reste donc 89 mois (puisqu’elle considère qu’à plus de 40 ans le corps ne voudra plus lui donner de bébé) pour tomber enceinte. Pari facile ?

Elle met tout en place pour procréer. Surveiller son cycle, manger du sucré pour avoir une fille, saisir les opportunités masculines et « baiser » au moment le plus fertile … 

Désir d’enfant

Le message est éminemment contemporain … Combien de célibataires autour de moi, avec l’envie d’enfanter ? De nos jours la cellule familiale est une expression bien désuète et on ne compte plus les familles monoparentales ou recomposées. Aussi, 89 mois se situe bien dans cette mouvance de l’éclatement, de la mise à mal de la famille. Et effectivement pourquoi une jeune femme seule ne pourrait pas avoir un enfant ?

Jeanne enchaîne donc les rencontres masculines, et elle les préfère à un donneur de sperme qu’elle ne connaîtrait pas  … un choix qui ne fait pas l’unanimité auprès de ses amis. Ce qu’on peut aisément comprendre quand faire l’amour avec un inconnu sans être protégée se révèle risqué … (surtout quand on a été biberonnée comme moi aux IST et au spectre du SIDA). Mais Jeanne aime sans doute jouer à la roulette russe, ou bien est trop submergée par ses hormones reproductives …

Le ton se veut résolument léger et drôle. Le principe étant que des femmes trentenaires célibataires en mal d’enfant s’y retrouvent. Les pages tournent, les situations se suivent plus ou moins, les digressions existentielles ont souvent une touche d’humour, et je suis persuadée que bon nombre de lectrices se retrouveront dans cette histoire … On en oublierait presque que s’offrir ainsi à des inconnus sans protection véhicule un message un peu douteux …

Un roman contemporain ?

J’ai surtout pensé à mes jeunes lecteurs pour qui ce roman est présenté comme une nouvelle voie contre la société conformiste. Était-il obligatoire vraiment de passer par des sexes de presque inconnus pour procréer ? Les pays comme la Belgique proposent une solution, pourquoi alors prendre des risques de tomber malade quand on veut donner la vie ?  S’élever contre une partie de la société pour qui un enfant doit être issu et élevé par un père et une mère, je suis plus que d’accord, mais ne tombons pas non plus dans une course effrénée qui n’a pas lieu d’être. Puisque vous vous doutez bien qu’il ne faudra pas 89 mois à Jeanne pour arriver à son but …

89 mois se lit vite, malgré quelques longueurs qui auraient mérité des coupes certaines. Bon nombre de femmes seules se retrouveront en Jeanne, une jeune femme moderne, déterminée, et assez sarcastique, avec cette envie d’enfant plus forte que tout. Le ton est souvent léger, mais n’oublie pas de comporter quelques digressions justes et percutantes sur une société bien trop souvent tournée vers le Moi.

Parution 04/05/2016
Format 132 x 200 mm
Nombre de pages 288
EAN 9782253107750
14 € 90

11 comments

  1. monesille says:

    Difficile pour moi de commenter là ! Un désir d’enfant ! n’est ce pas un peu égoïste de faire un enfant pour soi ? « les enfants ne sont pas vos enfants, ils sont l’appel de la vie à elle-même… » Un couple n’est pas qu’un cadre éducationnel, il permet qu’en cas de coup dur, l’enfant ne se retrouve pas seul face au monde, les « anciens » prévoyaient même parrains et marraines pour doubler les chances, maintenant fini, l’enfant et sa mère, ou son père. Plus de couple parental, plus de fratrie ? Plus de prévoyance, juste l’instant. A oui, on parle compte épargne, assurance vie mais solidarité familiale ?
    Sans parler comme tu dis du risque de transmission de mst. Jusqu’à l’époque incontournable du mariage, il existait l’examen prénuptial où une prise de sang était obligatoire prévenant bien des risques et permettant de soigner les maladies non encore décelée ; Inconscience actuelle qui parle des besoins de la mère et pas de ceux de l’enfant. Des désirs et pas des responsabilité. Je me sens très vieille en disant cela, mais après tout, je le suis ! Je peux me permettre, hein 😉

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    • Leiloona says:

      Je te comprends, cela dit … A mes yeux (et heureusement vu la taille de la famille de mon fils) la cellule familiale est extensible aussi aux amis choisis et bienveillants … c’est une vaste question que tu poses là. Là effectivement la fille pense surtout à son envie, et son désir, sans penser aux réelles conséquences (élever un enfant seule demande une sacrée force, mais pourquoi pas après tout … mais je n’ose l’imaginer les premiers temps, surtout si la mère est vraiment isolée … Ce qui m’a surtout dérangée ce sont les risques pris et vite balayés d’une phrase pirouette et sarcastique … Adulte et responsable ? Pas vraiment là. 🙂

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  2. Ch.B says:

    C’est un point de vue contemporain.
    La grossesse est tout de même un moment de partage… Après la vie est ce qu’elle est .
    Tu as raison aussi de rappeler les risques à jouer ce petit jeu s’il en est un, en vaut il la chandelle ?
    Peut être faut réfléchir aux autres solutions, ce livre finalement pourrait ouvrir le débat, mais pas sûr que ce soit l’idée de départ…

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    • Leiloona says:

      Oui, voilà c’est tout à fait ça. Le roman est présenté comme un feel good book, donc il n’est guère là pour engendrer une réflexion, du moins ce n’est pas son but premier … J’aurais aimé que la narratrice garde ses réflexions sur ce désir d’enfant, et cette volonté de l’élever seule (pourquoi pas, après tout ?), mais de là à sauter sur toutes les occasions sans prendre la peine de réfléchir aux conséquences, non, ce n’est pas possible. Et même au-delà, c’est un message douteux qui est véhiculé ici. Peut-être suis-je réac, je ne sais pas, mais au collège et au lycée j’étais en plein dans les années SIDA, et en ce moment la nouvelle génération ne se protège plus comme avant, on retrouve des IST en hausse, et lire de tels propos sur un roman soi disant feel good m’a fait bondir, oui … Je tenais donc à en parler, même si les foudres s’abattent sur moi (aucun article ou billet sur ce propos là sur le net, c’est dingue, non ? Suis-je la seule à avoir eu ce malaise lors de ma lecture ?)

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      • Ch. B says:

        Je n’ai pas encore lu de commentaires, je vais aller voir comment on traite cela ailleurs , vraiment pas sûr que ton propos soit réac.
        J’aimerais pouvoir ouvrir ce débat avec mes grands enfants qui tirent parfois un trait sur ce genre de réflexion.
        Par ailleurs le père célibataire que je suis maintenant et qui ne va pas à la messe le dimanche, se verrait mal en géniteur non avisé…

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  3. trezjosette2 says:

    je bisse le commentaire précédent… exit le père juste qq gouttes de sperme !
    tu écris : « s’offrir ainsi à des inconnus. ».. on peut aussi : s’offrir des inconnus… un A qui change tout.

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    • trezjosette2 says:

      c’était le premier commentaire auquel je me référai.. le suivant me parle aussi… un vrai débat, (je n’ai pas lu ce livre… j’espère que les candidats pères évoqués étaient consentant)

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      • Leiloona says:

        Alors non pas consentants puisqu’elle ne les prévient pas … Elle leur dit qu’elle prend la pilule et de toute façon ne les préviendra pas si elle tombe enceinte, donc bon … Léger, non ? Ou bien c’est moi qui deviens vieille ? 😮

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  4. dan says:

    Non tu n’es pas vieille 😉 J’ai eu ce roman entre les mains… et je l’ai reposé tout de suite.
    Bon week-end!

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