Juste la fin du monde, Xavier Dolan

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« L’Enfer c’est les autres », écrivait Sartre. Et si l’Enfer, c’était sa propre famille ?

Louis, un écrivain à succès, revient chez lui après douze ans de silence. Dans la voiture qui l’emmène vers les siens, des questions. Que se passera-t-il ? Peuvent-ils se pardonner après autant de temps ? Ou au contraire s’acharneront-ils sur celui qui fut toujours si différent d’eux ?
Les images défilent …

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Arrivé chez sa mère, Louis est attendu comme le messie. Elle est pimpante avec son brushing et sa manucure, sa soeur qu’il ne connaît que peu est devenue une jeune fille tourmentée mais arbore son plus joli sourire pour ce frère inconnu, quant au plus âgé de la fratrie, il est resté fidèle à lui même : cynique, froid, autoritaire, violent. Et que dire de sa belle-soeur ? Une femme rabaissée qui n’a pas pourtant pas cessé de porter sur le monde un regard candide.
Mais au fait, pourquoi Louis est-il revenu ?

Juste la fin du monde, film adapté d’une pièce de Lagarce, est un huis-clos tragique. D’emblée, nous savons que la mort s’apprête à prendre Louis. Quand ? Peu importe … C’est d’ailleurs pour cette unique raison qu’il est revenu dans un giron qui n’a de famille que le nom. Autour de lui, la maison du chaos. Une mère à l’ouest, une soeur stone et un frère violent. Un concentré que les tragédies grecques envieraient presque …

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Effectivement rien ne semble pouvoir changer la trajectoire funeste de cette barque familiale déjà échouée. Nous assistons impuissants à cette tragédie, nous demandant qui est le plus à plaindre : cet homme sur le point de mourir ou ces êtres qui ne savent pas vivre ? Une tension permanente soutient le film « bandé comme un ressort » (Anouilh) : et nous n’attendons plus qu’une chose que cet arc lance sa flèche empoisonnée. Mais cela aurait été trop simple et facile.
Et si la tragédie était au contraire dans la tension permanente et continue ?

A 27 ans, Xavier Dolan signe avec "Juste la fin du monde" son sixième film.
A 27 ans, Xavier Dolan signe avec « Juste la fin du monde » son sixième film.

Élégance tragique

Juste la fin du monde possède une élégance tragique oxymorique. Sans tomber dans le voyeurisme ou le réalisme social, voici un film à la frontière de tout. D’une poésie rare, il démontre pourtant toute la bassesse et l’ignominie du monde. La violence, le mensonge, l’hypocrisie, l’intolérance, le harcèlement, et même la mort. Malgré tout, chacun tente de maintenir la barque hors de l’eau. Chaque personnage porte comme il peut le masque qu’il s’est choisi ou qu’on lui a attribué. Tout autour gronde, crie, hurle. La violence est surexposée quand les moments primordiaux sont atténués, dans un semblant de brume du passé. Quelques temps suspendus qui ne font qu’annoncer une tempête plus violente encore. Parfois, des instants de grâce magiques, puissants, troublants, qui nous propulsent en haut de la montagne russe dans le seul but de nous balancer tout en bas. Entrevoir le soleil avant de replonger.

Vous auriez tort de bouder le nouveau Xavier Dolan. Tout semble millimétré avec la plus grande des fluidités. Un reflet, une note de musique, une battement d’ailes : tout concourt à montrer la puissance et la beauté du monde alors que les hommes s’entre-déchirent. Les acteurs perforent l’écran, leur peur suinte sur la toile et rejaillit sur les spectateurs médusés.

Dur, haletant, poignant, poétique, beau, ravissant … Un film oxymorique où la mort ne serait plus le pire des châtiments.

La bande annonce :

Date de sortie 21 septembre 2016 (1h 35min)
De Xavier Dolan
Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux plus
Genre Drame
Nationalités Canadien, Français
Diaphana distribution

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon sac ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture que j'anime depuis plus de 5 ans, basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

3 commentaires

  1. Jamais je ne vais o cinoche, mais Xavier Dolan, ses films, toussa, suis amoureuse, toutafé amoureuse ! Alors oui je compte bien y aller, le voir, o ciné ou ailleurs il le faut, je suis bien d’accord avec toi ! Surtout ne jamais bouder son plaisir 🙂

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    1. Suis aussi tombée amoureuse de sa manière de filmer … fichtre quoi on en prend plein la figure, mais c’est beau, beau … tout réside parfois dans un reflet perçu dans un regard. Tant de précision ? Un génie !

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