Réparer les vivants, le film

Sortir au cinéma « Réparer les vivants » le jour de la Toussaint, moment où il est de tradition de se recueillir sur la tombe de nos défunts est assez … ironique. Quoiqu’il en soit, sur nos écrans aujourd’hui ce film éponyme du roman de Maylis de Kerangal. Malgré le sujet peu joyeux, vous auriez tort d’avoir peur d’y aller.

Comment la jeune réalisatrice Katell Quillévéré déjà remarquée dans le lyrique et dramatique « Suzanne » a-t-elle adapté ce roman à l’écriture froide, aseptisée et presque hachurée ?

Tout commence dans une chambre, la nuit. Deux adolescents, à moitié réveillés, se regardent et se sourient. Leur amour éclate à l’écran, dans un silence royal et serein. La jeune fille se rendort, le garçon se lève et file par la fenêtre rejoindre une autre passion : le surf. Un moment bleuté, beau, plein de lyrisme et de joie contenue. Puis, au retour, sur la route, le drame. Une plaque de verglas, le conducteur qui s’endort ? Les conséquences seront les mêmes : Simon est en mort cérébrale.

Commence pour les proches un long parcours. Avant de porter le deuil, ils devront donner leur accord ou désaccord pour un don d’organes. Comment accepter que ce corps encore chaud, avec un rythme de coeur régulier n’est plus qu’une enveloppe sans vie ?

Pendant ce temps, dans une autre région de la France, une femme attend un nouveau coeur …

« Réparer les vivants » est un film tout en pudeur retenue. Nous traversons durant le film une myriade de sentiments : inquiétude, souffrance, deuil, attente, joie … Une sorte de microcosme de la vie.

Les acteurs d’une sincérité éclatante nous touchent de par leur histoire respective. Emmanuelle Seigner joue une maman sans fards, écrasée par la nouvelle, accompagnée d’un Kool Shen méconnaissable, le père de Simon. Des parents séparés mais unis une dernière fois face à une perte incommensurable. N’oublions pas non plus le pendant du film, celle qui reçoit le coeur, incarnée par Anne Dorval, actrice fétiche de Xavier Dolan. Les médecins ne sont pas en reste dans ce casting, ce sont même eux les protagonistes principaux. Une mention spéciale à Tahar Rahim, dans le rôle du passeur, cet homme qui suivra tout le dossier : du donneur d’organes jusqu’à la transplantation. Là, au dernier moment, c’est sur lui que tout repose. Un métier éprouvant, mais ô combien important et essentiel, qu’il nous est donné de voir ici.

Katell Quillévéré, à l’instar de Maylis de Kerangal a travaillé avec une équipe médicale : accompagnée et portée par les conseils de plusieurs médecins, elle livre là un film animé d’une criante vérité. Aussi, bien entendu, le film peut faire peur, notamment à cause de son sujet, mais n’est-il pas au contraire essentiel de nous familiariser sur ce qu’est le don d’organes ? N’a-t-on pas peur de ce que nous ne connaissons pas ?

Ténu comme le fil de la vie, un film tout en délicatesse et humanisme vrai. Une sincérité et un engagement qui font du bien, et au final un espoir et un merveilleux sourire sur la vie. Une belle ode à tous ces magiciens de notre quotidien : les chirurgiens.

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Pour lire ma chronique sur le roman de Maylis de Kerangal, c’est par là.

Titre : Réparer les vivants
Réalisation : Katell Quillévéré
Scénario : Gilles Taurand, d’après le roman de Maylis de Kerangal Réparer les vivants
Distributeur : Mars Production
Production : Les Films Pelléas, Les Films du Bélier
Co-production : Frakas Production, France 2 Cinéma
Producteur délégué : David Thion, Justin Taurand
Pays : France
Durée : 90 minutes
Sortie : automne 2016

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon sac ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture que j'anime depuis plus de 5 ans, basé sur une photographie. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

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