Insuffler la psyché , souffle divin … Ecriture en atelier 246

© Kot

Au loin, le marteau entonne un chant de sons sourds et métalliques. En rythme, de manière lancinante, sans rater une croche, le forgeron façonne le métal et l’anoblit. De façon maîtrisée, il effleure la peau de cet objet en devenir, il lui porte un tel soin et pose sur son oeuvre un regard si profond qu’elle ne peut que naître belle.

A mains pleines, il prend l’objet, le tourne et le retourne habilement jusqu’à ressentir dans sa paume une chaleur conjecturale. Puis, soudainement, ses mains se font douces et effleurent délicatement l’objet lissé. Là, il sent alors la pulpe de ses doigts résonner encore sous les couleurs apportées par la frappe. Tel un divin démiurge, il hume et contemple les creux et les bosses de sa Galatée nouvellement formée.

De parts et d’autres d’elle, des lettres. Elles l’entourent, la portent, la protègent même. Chacune est une véritable épopée en devenir, chacune est un symbole crypté que seul l’œil averti saura percevoir, aimer, et transcender.
Là est le secret de l’Art, son exigence aussi.

Je suis cette oeuvre, et jamais je ne connus forgeron à l’aussi beau regard.

© Alexandra K. le 24 décembre

————————————————————————————

Le texte d’Anselme :
Mon père fut l’architecte de ce monument, qu’il acheva juste avant sa mort. J’avais à peine dix ans.
Sous la voûte, les arcanes de fer forgé projettent leurs ombres désordonnées sur le sol et se dessinent à terre des motifs improbables.
Je suis certaine que ce bric-à-brac cache un message secret qui m’est destiné. Mon père avait encore tant de choses à me dire.
Aussi, depuis trente ans, j’observe le mouvement complexe des ombres qui fluctuent au gré des heures dans l’espoir de trouver un sens à tout cela. Sur mon petit carnet vermillon, je fais des croquis et note tous les indices.

J’ai appris par coeur le dictionnaire des symboles, je me suis initiée au sanskrit et à douze autres langues mortes. Dans ces étranges arabesques de lumières et d’ombres, j’ai vu des X, des Y, des K, des roues de char romains et des méduses filandreuses. J’ai cru reconnaître mille détails et mille choses sans y trouver l’essentiel.
Et puis un mardi vers 21h, peu de jours après mes quarante ans, j’ai croisé cet homme sous le dôme. Les ombres avaient déserté la place.
Il m’a prise doucement dans ses bras et m’a guidée vers la vérité.
« Ces formes ne sont pas des symboles unitaires mais des pièces d’un vaste puzzle. Considère l’ensemble et non pas les entités distinctes. »
Ainsi parla l’homme.
Le lendemain, je retournai et je vis.
Mon instinct ne m’avait pas trompée.

J’aimerais tant être sa méduse et flotter voluptueusement dans ses limbes enchanteresses.

————————————————————————————

Le texte de Terjit :

Nous marchons depuis une demi-heure à petits pas vers cette grande dame posée au milieu de la Seine, main dans la main sans dire un mot pour laisser la place à l’émotion. De loin elle parait massive mais plus nous nous rapprochons plus les détails se dessinent. Les arcs-boutants se détachent les uns après les autres, ce qui paraissait monolithique devient dentelle, les ombres de la multitude de sculptures donnent un relief inimaginable, elle en devient légère, presque aérienne.

Juste avant de traverser la Seine, celui dont je ne connais même pas le prénom s’arrête et plante son regard d’un noir abyssal dans mes jolis yeux bleus. Pendant qu’un sillon glacial me pétrifie mon cerveau s’emballe : il va m’abandonner trouvant un prétexte futile pour me dire que notre histoire fut belle mais sans lendemain, ou même partir sans ne rien dire. Mais non suis-je idiote il va me prendre dans ses bras et tenter de m’embrasser, j’en meurs d’envie bien sûr mais c’est trop tôt, pas ici devant Notre Dame et sous le regard de mamie mésange. Mais comment lui dire sans qu’il se sente éconduit ? Ou alors il va aller m’acheter une boule à neige dans ce magasin de souvenirs clinquant ? Ce serait ridicule mais si adorable…

Ses lèvres s’ouvrent, un son va sortir, je suis en train de perdre pied, dépêche-toi de me dire pourquoi tu t’es arrêté s’il te plait pour que je puisse mourir en paix. Voyant mon inquiétude il prend son ton le plus suave pour me dire : vanille ou chocolat ? … Hein ? Quoi ? Il est venu jusque-là pour me dire ça ce crétin ? C’est tout ? Je ne lui inspire que ça ? Ou alors c’est un code de drague parisien qui m’échappe, une façon de dire « chez toi ou chez moi » ? Il éclate de rire en voyant ma tête et m’explique que la tradition quand on vient pour la première fois ici est de prendre le temps de contempler Notre Dame puis d’aller sur l’île d’à côté pour manger une glace chez le meilleur glacier du monde pour s’en remettre, un certain Berthillon. Que je suis sotte ! Je voudrais me cacher dans un trou de souris pour qu’il ne me voit pas rougir mais c’est trop tard, évidemment…

Qu’elle est délicieuse cette glace au chocolat ici avec lui, la meilleure de toute ma vie. Pour le remercier je dépose un baiser sur sa joue gauche, la droite je m’en suis déjà occupée tout à l’heure. Nous sommes assis devant la façade depuis des heures, il y a de moins en moins de monde, les lueurs du jour commencent à éclaircir le ciel. Je suis épuisée mais si heureuse d’être là avec lui. Il me propose de me raccompagner à mon hôtel, j’accepte. Arrivés devant l’entrée il me dit juste « thank you darling » et porte mes mains à ses lèvres en me souhaitant une bonne nuit. Puis avant de s’en aller il sort un morceau de papier et griffonne « Today 4 PM Georges Pompidou center, please ». Je n’ai pas besoin de lui répondre, mon regard est suffisant pour lui dire que bien sûr j’y serai. Dans ma chambre je m’écroule sur mon lit avec son petit mot dans la main, sans même me déshabiller.

J’ouvre un œil, le soleil entre de plein fouet par la fenêtre, je suis heureuse, si heureuse. Je regarde mon téléphone : notre rendez-vous est dans demi-heure et je ne sais même pas où il est ce truc Georges Pompidou. Je saute du lit, mes vêtements volent partout, je manque de m’ébouillanter sous la douche, j’éclate la bouteille de shampoing qui ne veut pas s’ouvrir, je me lave les cheveux de la main gauche et les dents de la droite, je me savonne avec le reste de shampoing, j’attrape la première serviette qui me tombe sous la main, c’est la minuscule pour les mains, tant pis, pas le temps de faire mieux. Je me regarde dans la glace, j’ai la mèche de Jolly Jumper en travers des yeux, j’attrape ma brosse  pour arranger ça dehors. Je m’habille avec ce que j’ai sous la main, j’attrape mon sac à main et je sors de ma chambre en trombe. Notre rendez-vous est dans 20 minutes. Arrivée devant le concierge je vois son regard amusé et je réalise que Jolly Jumper en jupe violette, t-shirt rose « I love L.A. » et Nike blanches… on est loin du chic parisien… Et je ne sais même pas ce que j’ai mis comme sous-vêtements… je n’ai pas le temps de remonter de toute façon. Je lui demande où il est ce Georges Pompidou, et comment je peux y être avant même de partir d’ici.

Avec le calme de celui qui maîtrise son sujet il fait signe à un homme en costume sombre et me dit que ça va être juste mais que Bernard est un faiseur de miracle. Je m’engouffre dans sa voiture et il démarre comme aux 24h du Mans. Je ne sais pas combien de feux on a grillé ni combien de piétons peuvent aller brûler des cierges pour remercier d’être encore en vie, mais le fait est que 12 minutes plus tard il pile, me dit qu’on est arrivés et que l’entrée est de l’autre côté. Je bondis sur le trottoir, j’évite de justesse un bus en traversant la rue comme une folle et j’arrive enfin sur le parvis, j’ai 6 minutes d’avance.

Il y a un miroir en vitrine d’un magasin, je plonge dans mon sac pour attraper ma brosse et bien sûr elle n’y est pas… J’essaie tant bien que mal de faire quelque chose en tirant pas ci, en collant pas là, frénétiquement, mais mon geste est arrêté net quand j’entends derrière moi sa voix me dire que je suis sublime comme ça… Il est là, à 10 centimètres de mon dos, je sens sa respiration sur ma nuque, son odeur m’enveloppe. Je me retourne, il me tend les bras, je m’y blotti, son visage se rapproche doucement, il dépose un baiser sur mon front, chacun de mes yeux, mon petit nez puis me démontre que le « french kiss » n’est pas qu’une légende. Ses bras me libèrent, sa main comme hier rejoint la mienne. Je regarde enfin autour de moi et j’ai à peine le temps de dire « c’est quoi ce truc immonde avec des tuyaux partout » avant qu’il me dise que c’est un musée consacré à l’art contemporain, qu’il porte le nom d’un ancien président de la république… et qu’il a le privilège d’y travailler comme commissaire d’exposition… j’ai toujours eu le sens du mot juste quand il faut… Confuse une fois de plus devant lui il s’en amuse et pour me détendre il me rassure sur l’harmonie de ma coiffure avec ma tenue  vestimentaire qui vont parfaitement avec l’esprit de ce lieu, un mélange très « art contemporain »… je ris, un peu jaune c’est vrai, mais c’est dit avec tant de gentillesse…

Il me dit que sa journée de travail est finie, que l’exposition sur l’art en résistance ferme dans 10 minutes et qu’il me réserve la surprise d’une visite seule avec lui. Il ne connait rien de ma vie, il n’a aucune idée de mon passé, de ce que peut représenter la résistance pour moi, j’ai peur que ce soit trop violent, que ça détruise toutes ces années à me construire une vie hors de la guerre, mais j’irai au bout du monde avec lui, je vais être forte.

Le début de l’exposition se passe bien, les premières œuvres traitent des vertus de la démocratie, c’est abstrait, même parfois abscons, mais supportable. Je me concentre sur le bonheur d’être avec lui sans trop réfléchir au sens des œuvres. Il ne dit que quelques mots pour ne pas m’influencer ou me donner le sens caché, c’est mieux comme ça.

Nous allons quitter la première pièce, il me dit que la prochaine est la plus importante pour lui, qu’il faut qu’il me dise pourquoi avant d’y pénétrer et me demande de m’assoir. Il m’explique que la première œuvre que je vais voir représente une partie de sa vie. D’un ton calme il me parle de sa petite enfance dans un pays qui était en paix mais qui a basculé du jour au lendemain dans la guerre, il avait 5 ans. Ses parents étaient du côté du nouveau pouvoir, son père était même devenu chef de la milice de son quartier. Du jour au lendemain la moitié du quartier est devenu ennemi, les plus prévoyants se sont sauvés très vite, comme ses voisins vers lesquels il a jeté des pierres avec son père sur leur voiture quand ils sont partis. Sous l’influence parentale il a été embrigadé et a lui-même participé à l’épuration en dénonçant des camarades de classe. Les familles les plus chanceuses ont pu fuir, les autres ont été arrêtées et ont disparu du jour au lendemain.

A 10 ans il a eu son premier M16 offert par son père le jour de son anniversaire, dès le lendemain il était posté à un barrage à l’entrée du quartier. Puis un jour le pouvoir a été renversé de nouveau, il avait 16 ans, et de chasseur il est devenu gibier. Son père a été fusillé dans le jardin de sa maison, sous l’amandier, lui n’étais pas là, heureusement. La nuit suivante il s’est glissé dans le noir pour voir sa mère et l’a emmenée avec lui, ils ont parcouru des centaines de kilomètres en évitant les rafles avant enfin de passer la frontière. Ca fait maintenant 10 ans qu’il est à Paris, il ne peut plus retourner dans son pays, le nouveau pouvoir pas plus démocratique que le précédent l’a condamné à mort. Je suis bouleversée par son récit, si proche de ce que j’ai vécu. Bien sûr ce n’est pas tout à fait la même chose puisque lui était bourreau alors que nous nous étions victimes, mais qu’importe, c’est ce qu’il est aujourd’hui qui compte, il ne m’a fait aucun mal et tout le monde a droit à une seconde chance, je souris intérieurement en me disant « surtout lui »… Dans la pièce suivante il me dit qu’il y a une énorme grille en fer forgé, qu’il l’a trouvée par hasard chez un artiste Bordelais. Cette grille c’est celle de l’école maternelle dans laquelle il était scolarisé avant la guerre et qui exposée ici avec le reflet sur le sol est une expression d’un endroit et d’un envers d’une même médaille, que les situations ne sont jamais immuables. C’est pour ça qu’il a voulu me faire venir ici, pour me livrer de cette façon une petite part de son histoire. Je trouve son intention si touchante que je dis que c’est un très beau cadeau qu’il me fait là, un bon début pour notre histoire. Je suis si heureuse avec lui.

Nous nous levons et passons l’angle du mur, la porte en fer forgé est devant moi. Mes jambes me lâchent, pour la première fois je quitte sa main, je suffoque, je pense à mes parents, je demande pardon à mamie mésange, je revis la peur, la haine que j’ai eue tant de mal à enfouir remonte. Je hurle en silence comme le fond les traqués pour ne pas être débusqués, je sais que si je le regarde maintenant je vais lui arracher les yeux. Il ne comprend pas ce qu’il se passe, il s’excuse de m’avoir amené ici, il me demande ce qu’il y a, il veut comprendre, il dit qu’il m’aime. Il veut me prendre dans ses bras mais je le repousse. Il recommence plus doucement encore, comme on vient au secours d’un animal à l’agonie. Je m’échappe de nouveau. Il ne se résigne pas, recommence à s’excuser, dit qu’il veut me consoler, que si je veux nous allons partir d’ici, qu’il a peur que tout soit déjà fini entre nous, il ne sait plus quoi faire, totalement désemparé par mes réactions. Retrouvant un peu de calme finalement c’est moi qui me retourne vers lui. Je pose ma tête au creux de son épaule et dit simplement « ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave, je t’expliquerai un jour, peut-être. Mais maintenant je veux sortir d’ici ». Il ne comprend toujours pas mais s’exécute immédiatement. Nous sommes dehors, dans la vie de Paris, je termine de me calmer. Il n’ose plus dire un mot, alors je prends de nouveau sa main, comme hier soir, et nous remontons le parvis calmement. Comment lui dire que je sais qui il est ? Comment lui dire que cette porte je l’ai franchie chaque matin en même temps que lui ? Comment lui dire que les pierres jetées sur ma voiture avec son père étaient des flèches empoisonnées ? Comment lui dire que j’ai espéré durant des années apprendre que lui, sa famille et tous ses semblables étaient exterminés jusqu’au dernier ? Comment lui dire que j’ai maudit toute sa famille chaque soir avant d’aller me coucher ? Comment va-t-il réagir si je dis la vérité ? Comment lui dire que je vais essayer de continuer à l’aimer malgré tout ?

————————————————————————————

Le texte de Bénédicte :

Pourquoi ai-je accepté de partir sans elle ?…J’aurai pu réduire le temps de ce séjour et insister pour qu’elle vienne. C’est cet éclair de détresse, de chagrin, que j’ai vu dans son regard qui aurait dû prendre le dessus sur les mots paisibles et tendres qui sortaient de sa bouche….

Je mets mes pas dans ma vie d’autrefois et tout me ramène à elle. Je sors d’une Galerie de Manhattan connue pour la sélection pointue de ses photographies, et tout ce que j’ai vu derrière ce travail sur les ombres portées ce sont ses jambes dans ses collants de dentelle !…

Elle me manque terriblement. Plus que je ne l’imaginais. Elle semble gaie quand je l’ai au télépnone, mais je la connais trop pour ne pas entendre les moments où sa voix se brise….Je me tourne et me retourne dans mon lit sans trouver le sommeil. Rien n’a changé dans cette chambre depuis que je suis parti : les fanions, les trophées, les étagères pleines de livres, les photos punaisées sur le mur, le bureau et sa chaise pivotante, les affreux rideaux…Ma mère me nourrit comme si j’avais besoin de prendre dix kilogs, et mon père me tape sur l’épaule à chaque fois qu’il me croise dans la maison…Ils sont heureux que je sois là, mais moi je suis ailleurs.

Je suis dans cet appartement que nous avons choisi, et dans cette vie commune si douce et si facile qu’elle en devient une évidence. J’adore être là quand elle rentre, la prendre dans mes bras, mettre ses mains fraîches sous mon t-shirt, et souffler dans son cou pour la réchauffer. J’aime l’entrainer sur le canapé, étendre ses jambes sur mes genoux, et suivre du doigt les dessins de ses bas sur sa peau en l’écoutant raconter sa journée…Nous ne sommes jamais pressés de diner ….

Souvent le matin je lui suggère de mettre un truc plus chaud, mais le regard en coin qu’elle me lance me fait comprendre que la féminité de son automne se trouve dans cette peau à la fois voilée et dévoilée entre les bottines et le bord de sa jupe. Et le sourire qu’elle me laisse me dédie par avance la promenade de mes doigts sur les arabesques de ses jambes….

————————————————————————————

Le texte de Manue :

Comme un instant suspendu. Un petit miracle au milieu d’une vie tumultueuse. Une seconde hors du temps.

Assise au bord de la flaque, elle ne pouvait pas en croire ses yeux. Autour d’elle, la tempête faisait rage et pourtant rien ne venait troubler l’eau. Le vent soufflait, grondait, mais pas une risée ne l’atteignait. Pas une ride. Etonnant. Très étonnant.

Elle avait ce pouvoir. Voir au fond des choses alors que dehors c’est le tumulte.

Mais c’était la première fois que le calme l’habitait elle, au point de voir au fond de son âme.

Dans la boue des villes détruites, elle lisait la déchéance du monde auquel elle appartenait, elle y voyait sa chance de vivre du côté des bottes en caoutchouc et pas du côté des pieds nus, engourdis par le froid.

Dans les flaques d’eau des cours de récréation ou des allées des jardins publics, un enfant à la main riant aux éclats d’éclabousser les passants, elle savait voir le ciel bleu qui bientôt reviendrait, jamais elle n’en doutait.

Dans son miroir, elle observait les autres et la vie qui s’écoulait au rythme des anniversaires et des manteaux qui étaient toujours plus nombreux sur la patère de l’entrée, preuve que la famille s’agrandissait.

Elle savait s’arrêter pour voir la rosée du matin lentement s’évaporer au soleil du printemps. Elle commençait à sentir le bonheur s’écouler dans ses veines et la peur quitter ses entrailles. Mais jamais elle n’avait vu si profond en elle, jamais l’échafaudage qu’elle s’était construit ne lui était apparu si solide alors qu’elle l’avait toujours cru fragile.

Non, vraiment, tout ça était très mystérieux. Etait-ce ça le bonheur ? Pouvoir pleurer sur ses désillusions, sentir la rage habiter ses doigts pour le dire au monde et réussir à pourtant s’arrêter un instant pour observer que tiens, oui, la vie, ta vie, la mienne, la sienne, est belle. Elle est douce et fragile, douloureuse parfois, éprouvante aussi, pleine de doutes et d’épreuves, éphémère. Elle s’écoule et s’évapore comme l’eau des flaques rencontrées au hasard d’un chemin.

————————————————————————————

Le texte de Valérie :

Ma formation touche à sa fin. Que j ai changé en trois ans !

En troisième alors que mes camarades s’interrogeaient sur leur orientation, mon choix était déjà fait. Depuis tout petit, j’étais attiré par l’art. Je dessinais souvent, je transformais tout ce que je trouvais…j’étais très créatif. Jouer avec les couleurs, les formes était un vrai plaisir. Une sortie scolaire m’a particulièrement marqué. Nous avions visité la cathédrale de Chartres en CM2 avec Mme Naudet et j’étais resté en admiration devant les vitraux : quelle finesse! Quelle prouesse! La lumière qui pénétrait par ces tâches de couleur me fascinait.
-« Oh! Oh! Fabien!! On y va ! Les autres sont déjà sortis.
– Ah ! pardon, Madame. J’arrive, désolé. Vous savez s’il existe encore des gens qui font des vitraux?
– Oui, sans doute un peu. Des vitraillistes, on les appelle. »

L’idée ne m’a jamais quitté. Mes parents auraient préféré que je fasse une seconde générale d’autant que mes résultats scolaires étaient très bons. Mais j’en avais décidé autrement. J’avais pris rendez-vous avec la conseillère d’orientation. On avait fait des recherches sur les études possibles et peu à peu mes parents s’étaient laissés convaincre par mon enthousiasme. Aussi lors des voeux de fin d’année avais-je postulé dans les 4 CAP arts et techniques du verre, option vitrailliste qui existent en France. Je fus pris à celui de Sainte-Luce-sur-Loire en Loire-Atlantique en alternance.

A quartoze ans j’allais quitter mes parents, mon frère et ma soeur, mon chien, mes amis, ma maison, ma banlieue. Je ne vais pas dire que je suis parti « comme une lettre à la poste ». J’avais souvent la gorge nouée et les larmes aux yeux les premiers temps.

Mais la formation est tellement riche et mon employeur Monsieur S très pédagogue et motivant. Je découvre un vrai métier. Chaque jour m’apporte une nouvelle découverte. J’apprends l’histoire des vitraux, le maniement des outils et des différents matériaux, le verre, le plomb…C’est passionnant. Nous faisons de la restauration de vieilles pièces. Nous sommes en contact avec des peintres dont les oeuvres doivent être transformées. Le soir en rentrant, après un repas vite fait, je me documente, je m’informe sur tel ou tel vitrail qui doit bientôt être amené à l’atelier et sur lequel j’aurais la chance de travailler. Je dessine aussi, en préparation de la création que je devrais produire de A à Z à la fin de la formation. Je m’épanouis de jour en jour ne regrettant jamais mon départ.

Devant vous mon dernier travail avant l’épreuve finale qui commencera la semaine prochaine et qui décidera de mon avenir.
La demande faite à l’atelier était particulière et Monsieur S m’a beaucoup sollicité. Il était lui même dérouté. Le vitrail commandé devait transmettre un message, aucune couleur n’était autorisée et il devait être positionné à l’horizontal…De quoi rendre fou le plus grand maître verrier! Nous avons travaillé des heures et des heures. Nous avons beaucoup échangé tous les deux, nous avons essayé beaucoup de choses mais nous n’étions jamais convaincus. Nous ne baissions pas les bras pour autant. Nous nous sommes accrochés. Nous avons sans cesse fait de nouveaux essais, de nouvelles recherches jusqu’à tomber sur des anamorphoses, procédé optique permettant de donner d’un objet une image déformée. Nous avions en particulier été interpellés par les oeuvres de Jonty Hurwitz un sculpteur sénégalais. De là, est née notre idée d’utiliser l’eau, en guise de miroir.  Nous avons eu encore de nombreuses heures de travail pour aboutir au résultat présenté. Le commanditaire du vitrail ne nous a jamais expliqué quel était le message qu’il voulait transmettre. Ce que je sais, en tous cas, c’est que pour moi les lettres que nous avons martelées avec monsieur S ont à jamais une résonance particulière : « le Maître Verrier est un Artiste qui Raconte des Histoires ».
Je veux être de ceux-là plus que jamais.

Fort de cette magnifique expérience partagée avec Monsieur S, je suis prêt à bâtir des cathédrales et à affronter sereinement la dernière épreuve de ma formation.
Merci à ceux qui m’ont fait confiance.

————————————————————————————

Le texte de Nady :

LA BEAUTE

Pour l’entrevoir, il faut parfois avoir vécu le pire ; pour la voir du premier coup d’œil, il faut souvent un esprit apaisé.

Une dépression, un chômage éternisant, un accident, une maladie parsemée d’espoir et de combats, et c’est alors, et seulement après un long parcours pas toujours empli d’or, qu’on l’aperçoit.

Sur le visage de l’amour de sa vie ou de son mini moi, dans les magasins de la place Vendôme, sur des objets d’Art… la beauté absolue s’offre à soi.

La beauté,

Jacqueline Sauvage la verra certainement prochainement la beauté de notre monde après des années de souffrances qui eurent en épilogue les barreaux sinistres d’une prison.

Les barreaux de Kot, eux, sont plus stylés et c’est sur ce beau cliché que notre belle prêtresse des lieux, Leiloona, nous a demandé de nous pencher. Vous me suivez ?

Terjit nous a promis d’y faire le cadre d’une suite de l’histoire de sa tendre narratrice et de l’inconnu du passage de relais…

En attendant, venez avec moi, approchons nous au plus près de ce cliché.

Vous percevez la signature de Kot en bas, au centre du cliché ? Ce K qui veut se montrer tout en sachant rester discret. A moins que cela ne soit un signe qui incitera Le mexicain jaune à nous parler de sa terrible et énigmatique K ?

Remontons notre regard vers le milieu de la photo. Sur la partie du haut, distinguez vous le symbole de la paix, engoncé pour l’instant dans un rectangle tant les relations diplomatiques mondiales ne sont pas au beau fixe actuellement ? Mais gardons espoir que tout cela s’arrondisse un jour car de chaque côté, il me plait à percevoir le H de l’espoir en anglais (en bas, à droite du signe de la paix si vous penchez un peu la tête à droite ou à gauche d’ailleurs), à moins que cela soit annonciateur de l’Humour de notre cher Claude dans un avant dernier texte de l’année… Et tout en haut, avant le V de la victoire que nous connaitrons contre le terrorisme, retournez complètement le cliché et vous y verrez le E de l’espoir qui se conjugue ici en plusieurs langues.

Maintenant, redressons la photo et dirigeons notre regard vers la droite de ce E à l’envers ; laissons le se poser sur un autre V de victoire qui semble soutenir les pieds de notre Tour Eiffel.

Vous me suivez toujours dans ce délire improvisé ? Soyez rassurés, je ne vous en voudrais pas si vous avez abandonné…De mon côté, le Père Noël vient de passer et il me plait à rêver à une future année pleine de Beauté.

En attendant, laissez moi vous remercier de votre lecture bien attentionnée et vous souhaite de passer de très belles fêtes de fin d’année.

————————————————————————————

Les textes écrits sur d’autres blogs :

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon tote bag ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture basé sur une photographie que j'anime depuis 5 ans. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

37 commentaires

  1. @Leiloona super texte ! en cette fin d année, j’en profite pour te remercier d animer cet atelier d écriture. Grâce à toi, K me lit chaque lundi et m’envoie un court message. « lu » ou « vu » . A mon âge, ces deux lettres me suffisent et sont comme une particule qui anoblit mes journées.
    Merci à toi, tolière.

    Répondre
    1. Sais-tu, le mexicain, que ces deux lettres forment déjà le début d’une histoire ? 🙂 Continue ainsi : K n’a-t-elle pas son coeur qui se ramollit avec l’âge ?

      Feliz navidad ! (et merci ! 🙂 )

      Répondre
  2. @Terjit : Encore une fois bravo. Ton texte est juste magnifique. L’histoire prend aux tripes. Comment va-t-elle pouvoir passer outre son passé? Pourra-t-elle continuer de l’aimer? Elle semble déjà tellement éprise. Comme dans tes précédents textes on aimerait une suite rapidemment …J’adore, merci beaucoup.

    Répondre
  3. seconde fois que ce genre d’image n’arrive pas à m’inspirer 🙁 mais bon j’espère être meilleure pour lundi prochain 😀 En tout cas belle fin d’année 😀

    Répondre
    1. Cela arrive, Mylène, et la période n’est pas propice à l’évasion et à l’imagination avec la famille. 😉

      Passe de belles fêtes de fin d’année !

      Répondre
  4. Anselme : Fichtre, avec un tel texte je serais presque prête à te donner mon âme …

    Des symboles et des thématiques qui me parlent, oui …

    Une histoire qui me donnerait envie de retrouver ces moments de l’enfance où, avant de dormir, on me racontait des histoires …
    Superbe !

    Répondre
  5. @Leiloona, comme dirait Vulcain :
    Iusta precor ; quae me nuper praedata puella est.
    Aut amet aut faciat cur ego semper amem.

    Répondre
    1. Anselme : Oh … Comme dirait Lesbie …

      Quod te restituis, Anselme, mi cupido,
      Restituis cupido atque insperanti, ipsa refers te
      Nobis. O lucem candidiore, nota !
      Qui me uno vivit felicior, aut magis hac res
      Optandas vita dicere qui poterit ?

      Répondre
      1. Mais oui bien sûr! !!!!…mes souvenirs de latin étant ce qu’ils sont serait il possible, gracieuse maîtresse des lieux , d’avoir une traduction? ….

        Répondre
        1. bien sur Bénédicte. en gros je dis à Leiloona que son texte est très joli et elle me répond que mon attention est délicate et me remercie pour cela.

          Répondre
        1. Ah ah, Béné et Manue, vous commentez les commentaires avant les textes, maintenant ? 😛

          (L’attrait du latin #jvouakssa )

          Répondre
          1. À Noël /à tire d’ailes /fais selon ton envie /oui, oui, oui ….!!!
            Et non je ne bois pas de champagne au petit déjeuner! !!
            Mais comment passer à côté de ce code mystérieux sans s’arrêter ?…..

            Répondre
  6. Terjit : Eh ben punaise, tu nous fais les montagnes russes ce matin ! 😮
    Tu nous embarques avec ta passion naissante, c’est mignon, tu mêles tout ceci à l’art, toujours mignon et sympa, avec une touche de culture qui élève la passion naissante, et paf ! Retour en pleine figure … un texte très cornélien, avec le dilemme de Chimène … J’espère juste que Rodrigue aura du coeur, comme dirait Pierre Corneille.

    Ton texte me fait penser à une réflexion qu’a eue Gaël Faye lors d’un déjeuner … Comment des pays comme le Rwanda ou le Burundi peuvent être habités de personnes qui un jour ont été les meurtriers des autres ? Comment accepter l’inacceptable ?
    Et pourtant ils le font, chaque jour, sans aucune inimité, car, une fois par an, il y a une semaine de deuil, une semaine de cris qui, telle la catharsis, expulsent les basses pulsions.
    Aussi, j’espère bien que ces deux là arriveront à dépasser l’histoire de leur pays pour vivre la leur. Guère facile, je me doute bien …

    Répondre
    1. Merci Leiloona de ton commentaire ! Tu parles du Rwanda et tu as raison, ce n’est pas un hasard si tu y penses. L’été qui a suivi le génocide Rwandais j’étais étudiant et je travaillais au ministère de la coopération. A la cantine du ministère un midi j’ai déjeuner avec ma mère et un jeune homme sensiblement de mon âge. Il était étudiant aussi au Rwanda et était arrivé en France exfiltré par je ne sais quel miracle. J’avais été prévenu par ma mère d’où il venait, je n’ai bien sûr posé aucune question mais une fois le déjeuner terminé nous avons continué à discuter autour d’un café et finalement nous avons passé l’après-midi ensemble dans le bureau qui m’avait été attribué. Mes antécédents familiaux avec les Affaires Etrangères et la Coopération faisait que je connaissais plutôt bien la situation de la région des grands lacs et particulièrement l’histoire du Rwanda et du Burundi. Voyant cela une proximité s’est vite créée entre nous deux et Il m’a raconté le déroulé des évènements qui l’ont concerné. Les massacres ont été d’une violence inouïe, tout le monde le sait maintenant, et bien sûr il n’était pas du bon côté de la barrière. Sa chance a été de travailler dans les locaux de l’ambassade de France à Kigali, il a donc un temps été épargné. Mais la France a quitté les lieux, et il n’a pas fait partie de ceux qui pouvaient être embarqués. l’ambassade a été saccagée, bien sûr, et les employés locaux non exfiltrés massacrés les uns après les autres, certains dans l’enceinte même de l’ambassade. Lui a eu la vie sauve parce qu’il s’est caché dans un faux plafond, il y est resté deux ou trois jours, je ne sais plus. Quand il est sorti de sa cachette il a enjambé les cadavres de ceux avec lesquels il avait travaillé. Il a continué à se caché quelques jours puis a réussi à fuir. j’ai probablement oublié beaucoup de détails mais qu’importe, ils étaient plus sordides les uns que les autres. Au moment où nous parlions il n’avais aucune nouvelle de sa famille, ni de son village. Il pensait être le dernier survivant, un miraculé qui n’en croyait pas ses yeux. En l’écoutant j’essayais de m’imaginer dans la même situation, et je voyais très facilement poindre le désir de vengeance, la revanche contre ces bourreaux, rendre coup pour coup, sang pour sang. Bien sûr j’ai posé la question de la suite pour lui, que veut-il faire ? Sa réponse m’a cloué sur place, et je le suis encore d’ailleurs. Il a juste répondu qu’il voulait continuer ses études en droit commencées là-bas, qu’il attendait que la situation se calme vraiment pour retourner à Kigali, et qu’il croyait dur comme fer à l’intelligence de son peuple. Il a pris comme comparaison l’Afrique du Sud pour dire que son retour là-bas serait celui d’un juste, pas d’un revanchard. Et que ses études de droit lui permettront peut-être un jour de participer à la réconciliation qu’il jugeait nécessaire, comme avocat des bourreaux ou juge impartial. J’étais sans voix, je l’avoue humblement. Je n’ai jamais eu d’autres nouvelles de lui, je ne sais pas ce qu’il est devenu ni même s’il participé activement à la réconciliation. Mais qu’importe, cette rencontre a été un tournant dans ma vie de jeune adulte. Tu as raison, c’est presque impensable une telle réconciliation mais pourtant elle existe vraiment. Alors pour répondre à ta dernière phrase : si les Rwandais et les Burundais y arrivent, pourquoi pas eux finalement ? En tous cas je l’espère !

      Répondre
      1. Merci, Terjit pour ce long commentaire …
        Effectivement, Gaël aussi disait qu’il était retourné vivre là-bas, pour la reconstruction de son pays, immensément riche. Il est donc parti avec femme et enfants, deux petites filles qui ne connaissaient que la France. Et j’ai trouvé cet acte tellement beau, tellement fort. Clouée sur place … Là est la véritable résilience, ne crois-tu pas ? 🙂

        Répondre
        1. Oui ! je suis d’accord avec toi, mais quelle force il faut avoir pour le faire !

          Répondre
          1. Oui … Ma grand-mère est de ces personnes, et elle m’a toujours dit que nous trouvons toujours la force dans ces moments-là. (Une sorte d’instinct de survie, se dépasser, et repartir, y croire … la force de la vie )

            #MaGrandMereMaDeesse

            Répondre
  7. Bénédicte : Ah, nous retrouvons les tourtereaux ! ♥ J’adore la phrase « la féminité de son automne se trouve dans cette peau à la fois voilée et dévoilée entre les bottines et le bord de sa jupe » … Je ne sais pas pourquoi ! 😛

    Plus sérieusement, le nombre de fois où l’on m’a suggéré de porter des choses plus chaudes (à cela je réponds que du moment que la tête est couverte, je n’ai pas froid) … ce paragraphe m’a bien fait sourire.

    J’aime beaucoup aussi tout le passage sur leurs discussions le soir dans le canapé, une belle sensualité …

    Répondre
  8. Manue : Qu’elle garde ce pouvoir en elle, c’est le plus précieux des biens.
    Très joli texte, presque japonais, tant dans l’évocation des sens que dans leur légèreté apparente, tout est un bel instant suspendu. (Et puis, ce sont ces petits atomes de bonheur qui créent les choses, envers et contre un monde qui a toujours été fou.)

    Répondre
  9. Valérie : Très joli texte sur ces vocations inéluctables. On avance, malgré les regards des autres, leur incrédulité, animé par ce feu dans nos tripes, oui, je vois bien. Et puis, quel joli duo tu nous croques là ! Avec ce professeur qui guide sans être intrusif, donnant juste ce qu’il faut de confiance pour que l’autre, son élève, transcende son art. Oui, très joli. #symbolique

    Répondre
  10. Nady : Penses-tu que ceux qui n’ont pas souffert ne peuvent pas voir la beauté ?
    Mais alors cela sous-entendrait qu’on ne peut considérer quelque chose que pour avoir vécu son contraire ?

    Un texte qui te correspond bien ! Tu allies l’actualité à ta générosité en évoquant les membres de l’atelier, dans leur belle singularité.

    Je pense que je reconnaîtrais tes textes sans que tu les signes, nul besoin de lettres quand on connaît bien la personne.

    Répondre
    1. Merci pour ta lecture Leiloona. Après m’être bercée par ton texte dans l’univers du forgeron, ta question active mes neurones vers plus de réflexion 😉
      En fait, par expérience avec mon entourage, j’ai l’impression que les personnes qui naissent avec santé, amour à profusion et en plus une cuillère d’argent à la bouche, si elle n’est pas d’or, ces gens là (dont certains sont pourtant des amis…) ont du mal à voir la beauté autour d’eux car il leur en faut toujours plus plus plus (peut être la beauté est elle sur Mars m’a t on sorti un jour ?) ou alors il faut que la chose qu’on regarde coûte un montant supérieur à 7 chiffres pour y déceler une once de beauté… Bon, je te l’accorde, les exemples de souffrances que j’ai listés sont aussi démesurés (mais réels pour certains) mais j’ai l’impression que quand on mène un petit combat dans la vie (n’en parlons pas de grands), notre regard autour de soi change, notre relation au temps aussi et sans chercher souvent, on s’étonne parfois de ressentir beaucoup de bonheur en soi devant une fleur qui nous offre sa plus belle couleur, un ami qui nous fait la surprise de passer une journée avec nous et pendant ces moments là la beauté arrive en force même dans la plus petite cacahuète qu’on partage avec une coupe de champ ;-).
      C’était mas minute philo du jour 😉 faut que je t’amène à un de mes cafés philos en 2017, suis sûre qu’on aurait plein de choses encore à partager. Belle dernière semaine de l’année ma belle et see you next year 😉

      Répondre
  11. @Alexandra : c’est le deuxième texte que je lis de toi depuis 1 an et 8 mois que je participe à ton bel atelier où tu décris à merveille le travail de ces hommes experts de leurs mains ! La première fois c’était du travail sur bois et là, la matière est plus froide mais le bonheur de te lire toujours aussi immense ! Quelle sensualité, quelle complicité entre le Maître et son oeuvre ! J’avais envie que ton texte n’en finisse plus, je m’imaginais ma Camille Claudel (j’en suis ultra fan) en train d’apprécier / juger ses sculptures… Éprouvait elle autant de plaisir que moi quand je scrute chacune d’elles dans le moindre détail ? Je n’ai pas la réponse à cette question même si je suppute qu’elle devait surtout y laisser l’empreinte de son âme qui était si tourmentée.
    Pratiques tu des activités autour de la sculpture ? Tu sembles maîtriser à merveille le sujet ou avoir vu des artistes à l’oeuvre avec beaucoup d’attention ! Merci pour ce moment de rêve absolu qui prolonge la douceur de Noël 😉 Gros smacks pluvieux

    Répondre
    1. Ah oui ? Le bois … alors je dois t’avouer que non je ne fais aucune activité du genre sculpture ou peinture (sauf avec mon fils) … Plusieurs choses me plaisent dans ce commentaire. Oui, il faut une complicité entre l’oeuvre et son créateur, les deux sont dans un partage constant, sinon la psyché n’est pas là … Les seuls artistes que j’ai vus travailler le bois ou la matière n’en étaient pas, puisqu’il s’agissait de mon père et de mon grand-père. Je n’ai des images que du second … aussi peut-être reviennent-elles au moment de l’écriture ? Je ne sais pas …
      Et tu évoques Camille aussi … Oui, grande artiste qui fut un « choc » pour moi lors d’une exposition en 2002 (ça remonte …)
      « Il y a toujours quelqu’un d’absent qui me tourmente ».
      Bon, après, sa vie, outch’ …

      Répondre
      1. Si tu aimes Camille, son Musée s’ouvre enfin le 27 mars 2017 à Nogent sur Seine 😉 on peut s’organiser une virée pour le visiter ensemble si ça te tente 😉 on en recausera. bises

        Répondre
  12. Bon, finalement, cette photo peu inspirante a fait vibrer bien des plumes! Je vous lis cet après-midi, je vous embrasse !

    Répondre
  13. @Leillona: très belle personnification de l’oeuvre néée belle,façonnée par les mains et le regard de l artiste. C’est très beau!

    Répondre
  14. @ Leiloona / Alexandra :
    J’aime beaucoup, beaucoup ton texte, le travail du fer me fascine, comme celui du verre, et tu as su trouver les mots et évoquer les gestes….J’entends même le bruit et je ressens la chaleur….
    Et puis j’imagine ces lettres secrètes et enfin le point d’orgue de cette dentelle de métal….Tu as de la chance d’être née sous un aussi beau regard….
    C’est vraiment un bel hommage à la photo je trouve, avec une belle écriture fluide et mystérieuse..

    Répondre
  15. @ Anselme :
    Un texte magnifique pour continuer le plaisir de ce lundi . Au plus près des ombres portées de la photo, mais avec un tel poids de signification…..Quelle est belle cette quête d’un message secret qui lui serait destiné pour atténuer cette peine immense causée par la perte bien prématurée de ce père adoré !
    Et puis un soir cette rencontre, ce messager que l’on imagine envoyé par son père quand il l’estime prête à entendre l’ultime verité, celle qui nous concerne tous en fait ….
    Mais j’aime me dire qu’entre temps elle aura bien grandi et beaucoup appris……

    Répondre
  16. @Terjit : … je suis voiceless à la lecture de ton texte et les questions finales me ramènent en mémoire une pièce de théâtre que j’avais vue il y a plus de 10 ans et qui m’avait plus que marquée sur une mère d’un élite politique africain qui se demandait pendant toute la pièce s’il était légitime / normal qu’elle continue à aimer son fils qui avait tué une partie de son peuple…. Il n’y a pas que ton héroïne à qui tu as fait perdre haleine avec cette fin tragique… Tu excelles avec ta plume, je ne cesse de te le répéter et ta réponse à Leiloona répond à ma question de savoir d’où peuvent te venir toutes ces idées si bien décrites qu’elles ont l’air si proches de la réalité. Avec le récit de ton expérience avec cet ami de passage que tu as eu le bonheur de croiser, je comprends aussi d’où te vient le recul que tu as sur la vie, en plus des connaissances extraordinaires dans plusieurs domaines ; toutes ces qualités font que tu m’es un ami très précieux 😉

    Sinon, pour plus de légèreté, j’ai beaucoup aimé le début de cette histoire en Lui et Elle. Comme je peux la comprendre Elle, car il semble quelqu’un de solide et de confiance avec toutes ses belles petites attentions et son non-jugement (mais il a là peut être des yeux amoureux) : « mais j’irai au bout du monde avec lui, je vais être forte. » Je suis curieuse de lire une suite à cette histoire car même si elle commence gentiment bien, chacun d’eux a un passé très très lourd mais est ce que l’Amour sera plus fort ? vraiment curieuse d’avoir la réponse à ma question avec une suite un jour même dans plusieurs années car y a pas à dire mais tes histoires marquent terriblement et restent gravées dans ma mémoire 😉 .

    Voilà, voilà, j’ai tellement été prise par ton histoire après la sensualité du forgeron de Leiloona que ma pause dej en est finie… Ne vous inquiétez pas mes autres acolytes, je vous lirai plus tard 😉

    PS : sinon, Terjit, concernant ND , sais tu qu’il n’y a pas de symétrie en haut sur les 2 tours ? C’est un guide parisien érudit (Claude Marti pour ne pas le citer ;-)) qui nous l’a sorti un jour et je pensais que tu allais nous le dévoiler dans sa description au début 😉 et je vois que Monsieur est un connaisseur des us et coutumes de ce quartier avec la Maison Berthillon, t’as raison un vrai Must dans le quartier et le parfum vanille est juste à tomber !! 😉 des bises

    Répondre
  17. @Alex : Tu as tellement raison, les artisans sont des artistes qui aiment et font vivre si délicatement la matière qu’ils manipulent. Très joli texte !

    Répondre
  18. @Anselme : Ton texte est d’une poésie … j’aime vraiment beaucoup. Ce message, si long à déchiffrer, si difficile à décrypter, fait pour qu’elle grandisse malgré tout avec son papa disparu trop tôt, cette absence qu’elle peut presque toucher du doigt… cette absence si présente finalement et la connaissance qu’il lui lègue, petit à petit à force de vouloir déchiffrer le message. Et cet homme, mystérieux, qui finalement lui donne la clef qu’elle avait toujours eu au fond de son coeur… Un très beau texte, bravo !!!

    Répondre

Commentaire :

%d blogueurs aiment cette page :