Poussière d’homme, David Lelait

Sans tes mains posées sur moi, je suis désert. Je me souviens, et soudain ce sont mes doigts qui ont de la mémoire. Il me semble qu’à jamais j’emmêlerai mes doigts dans tes cheveux d’argent, caresserai ta nuque de bas en haut, empoignerai la peau douce et blanche de ta taille que je dérobais sous ton tee-shirt …

Sublime. Exsangue. Tragique.

Le roman commence par une perte, la plus terrible : un homme, son homme, est mort un dimanche d’avril. Tenir entre les mains l’urne de ses cendres fait remonter à la surface des souvenirs. Ceux qu’ils ont eus ensemble dans leur courte vie commune.

Avec une puissance narrative assez torrentielle, ce « je » raconte « l’avant », remonte de ses bras nus et endeuillés les rives du Styx, pour déjouer les aiguilles du temps. Leur première rencontre (assez ratée) puisque leur route ne fera que se croiser, puis la vraie ensuite, celle qui noue de véritables liens … Une écriture sensuelle et sensorielle sur la force des émotions puis des sentiments. Le récit respire la sincérité et l’authenticité : voici deux hommes qui profitent de ce que la vie leur offre sans se poser de questions, ils vivent et s’aiment. Une belle philosophie de vie.

Alors bien entendu, dame la roue de la Fortune ne leur fera pas de cadeau et les Parques emporteront l’un des deux entre leurs griffes ailées, mais qu’importe, le lecteur là encore retiendra cette force qui lie ces deux êtres.

Inutile de vous dire que j’ai aimé ce récit (autobiographique ?). Des pages cornées, des passages lus et relus pour leur beauté et leur musicalité, des larmes aussi, forcément, puisque les émotions en montagnes russes sont à la fois très belles, mais aussi d’une grande tristesse. Une histoire qui est un véritable microcosme de la vie, avec ses hauts et ses bas, mais avant tout une belle ode à ces jolis échanges entre deux êtres …

Alors, après les hoquets du deuil, il est temps de reprendre les rênes de la vie, de garder en soi les stigmates de ce que fut cette relation, puis de vivre :

Où que tu sois, ailleurs ou nulle part, tu vibres à jamais en moi, cours dans mon sang, palpites dans mes veines. Tu t’écoules en moi comme l’eau de pluie ravine, lente et délicieuse, une terre asséchée. Je te porterai haut tant qu’un peu d’air me gonflera la poitrine. Je ne serai plus jamais moi, je suis nous. 

Et effectivement ne sommes-nous pas la somme de ce que nous avons vécu ?

Poche: 128 pages
Editeur : Pocket (12 juillet 2012)
Collection : Pocket
Langue : Français
ISBN-10: 226623028X
5 € 95

Stephie (dont j’ai séquestré le livre pendant au moins … 4 ans si, si …) : Ce roman dit comment on peut, ou pas, continuer à vivre après que celui qui faisait le sel de notre existence a cessé de respirer. Il dit la fragilité du monde mais la force de l’amour. C’est un hymne à l’amour, à la vie et à la beauté.

 

Leiloona
Épicurienne culturelle, je sillonne villes, pays et musées, toujours un livre dans mon tote bag ... Chaque lundi, je publie mes textes dans un atelier d'écriture basé sur une photographie que j'anime depuis 5 ans. Museo geek l'hiver, sirène l'été. J'aime les bulles, le bon vin et les fromages affinés. View all posts by Leiloona →

11 commentaires

  1. Coïncidence : je viens de découvrir David Lelait-Helo avec son très joli roman « D’entre les pierres »… Et j’avais déjà noté celui-ci, que je surligne donc !

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    1. Tant mieux … si « je le vends » bien. Disons qu’écrire ce billet fut super simple, il n’y avait qu’à retrouver les sensations lors de ma lecture ! 🙂

      Merci ! 🙂

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  2. Stéphie me l’a offert et je l’ai englouti 😉 Bon ai eu un peu peur au début et puis, la magie a opéré héhé <3 Pas encore fait de billet mais ça ne saurait tarder (et le tien, mhuuuuuum donne autant de frissons que l'extrait choisi <3 )

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    1. Cela faisait longtemps que je l’avais dans ma bibli’ (si on se réfère au billet de Steph : 2012 … c’est dire). Chaque livre a son moment qui lui est propre …

      En tout cas, j’ai été plus que ravie de le lire, même si outch’ à certains passages j’ai dû le poser …

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